Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis : les candidats du déclin

En analysant ce duel comme celui de deux candidats qui allaient perdre ou gagner, les journalistes de Radio-Canada sont passés à côté d’un fait majeur : le deux protagonistes sont en fait les candidats du déclin.

On est loin de la glorieuse Amérique qui se battait contre le communisme en Corée ou au Vietnam. Son ennemi disparu entraîne sa perte. Ce ne sont plus les USA qui proclamaient l’égalité des droits pour endiguer l’influence des Black Panthers. L’Amérique de la jeunesse maître du monde. La folle créatrice du Roch’n Roll.

Non les candidats se contredisent. Ils s’affrontent dans un jeu qui annonce le début de la fin. Pas un mot sur la chasse gardée de « Notre Amérique ». Le Venezuela est pourtant déclaré « danger pour la sécurité nationale » et on est bien loin du petit El Salvador insurgé. Le président proaméricain du Brésil provoque le départ de l’Assemblée générale de l’ONU de six représentants de l’Amérique du Sud, pays d’où provient une grande quantité d’immigrants aux États-Unis.

Les 800 bases militaires réparties dans le monde qui symbolisaient la puissance ne sont plus qu’un fardeau au budget national et les 37 % du produit intérieur brut consacré à l’armement pèsent lourd et s’insinuent dans le débat sans s’avouer tout le tort qu’ils font au pays.

Pendant qu’un candidat affirme que les États-Unis sont le dindon de la farce en payant pour la défense de la planète, en jouant les « gendarmes du monde », l’autre supplie les pays alliés de ne pas perdre confiance et qu’ils continueront de dépendre des milliards pour assurer leur sécurité.

Pendant que Trunp déclare qu’il y a des milliers de morts à Chicago parmi les noirs, Clinton parle de mieux armer les policiers et néglige de promettre, au contraire de Trump, de désarmer les gangs de rue.
Pendant que Clinton accuse la Russie d’attaque cybernétique, Trump assure qu’il n’y a aucune preuve.
Sur l’Iran, Trump parle de la pire entente pendant que Clinton se vante d’avoir cédé à ce pays pour empêcher la prolifération nucléaire.

Sur la Russie encore, Clinton parle d’un ennemi et Trump d’une dépense pour la parité nucléaire.
De l’Arabie Saoudite Clinton dit que c’est un allié. Trump renchérit qu’elle ne paie pas la facture de défense tout en étant riche comme Crésus.

Pendant que l’un se vante de brasser de grosses affaires, l’autre veut taxer les riches.

Si Trump fustige le discours politicien, Clinton y va d’une nouvelle promesse.

En abordant l’État islamique, Trump rappelle son opposition à la guerre en Irak et le vide laissé par le retrait des troupes étasuniennes et Clinton plaide pour sa liquidation catastrophique de la Libye, mais peu pour la cible islamique et la Syrie.

Trump dénonce les traités de libre-échange et Clinton dit qu’il y a des choses à changer, mais personne ne sait comment arrêter l’hémorragie des emplois perdus.
Trump a parlé des femmes comme des « cochonnes », mais Clinton n’ose pas s’annoncer comme la première femme élue malgré ses appuis féministes.

Voilà la triste Amérique et un monde qui, malgré les apparences, se trouvera soulagé du poids des surenchères présidentielles de notre jeunesse à cause des paradoxes qui apparaissent au coeur des discours des présidentiables d’aujourd’hui. Sa puissance amochée annonce ce monde multipolaire où l’impérialisme sera encerclé de contre-pouvoirs de pays indépendants, ou d’association de tels pays comme les BRICs ou l’ALBA, et son sommet taraudé de contradictions insolubles, mais de plus en plus visibles.

Guy Roy

Guy Roy

l’auteur est membre du collectif PCQ de Québec solidaire à Lévis.

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