Édition du 2 décembre 2025

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Faire la part des choses

Chaque fois que se produit un conflit de travail dans le secteur public ou parapublic, les commentateurs de droite (comme Richard Martineau dans le Journal de Montréal, entre autres exemples) qualifient ce mouvement de revendication ou de « prise d’otages » par les grévistes.

Ils se font ainsi la courroie de transmission du patronat dont ils répètent le discours comme des perroquets. Le présent conflit de travail à la STM en fournit un exemple parfait.
Ces gens qui défendent d’habitude le système capitaliste et minimisent le plus souvent ses abus et méfaits se découvrent soudain une grande commisération pour le pauvre peuple, et en particulier les petits travailleurs victimes de l’intransigeance ou du fanatisme syndical, ce qui confine de leur point de vue, à une forme de criminalité. Pas question pour eux de blâmer la partie patronale (ou alors, si peu), dans ce cas-ci la Société de transport de Montréal, ou STM, et surtout le gouvernement du Québec pour des années de négligence dans le financement des transports publics. Tout au plus, ils affirment que les politiciens n’ont pas toujours assumé leurs responsabilités.

Mais tout d’abord, qui finance les transports publics à Montréal ? Avant tout l’Autorité régionale de transport métropolitain (ou ARTM) qui verse à la STM les montants que lui fournissent les deux paliers de gouvernement, avant tout celui du Québec, mais aussi les municipalités, et les usagers et usagères quand ils paient pour emprunter métro et autobus, puis finalement les automobilistes par le biais de la taxe sur l’immatriculation des véhicules automobiles (celle-ci gérée par la Ville de Montréal). L’ARTM subit un déficit d’investissement important, due à l’insuffisance de la contribution gouvernementale. La STM subit donc les contrecoups de cette déficience de financement par l’ARTM, ce qui a une incidence majeure sur les salaires et les conditions de travail des employés et employées.

Les chauffeurs et opérateurs exigent des horaires plus stables, les employés d’entretien veulent l’élimination, du moins la réduction de la sous-traitance dans l’entretien et la réparation des véhicules et dans la question de la maintenance. Ils réclament la fin des plages de temps non rémunérées. Tous visent à obtenir des augmentations de salaires pour compenser les méfaits de l’inflation. Jusqu’à maintenant, on assiste à un dialogue de sourds entre les parties en conflit. La STM se montre inflexible sur ce qu’elle considère comme essentiel : la « flexibilité » (c’est-à-dire l’acceptation de la sous-traitance) par les syndiqués. On ne fait état d’aucun progrès dans les « négociations ». La rigidité de la direction de la STM provient sans doute du budget serré dont elle dispose. D’ailleurs, depuis des années, sinon des décennies, les travailleurs et travailleuses doivent affronter des reculs à divers degrés dans leurs conditions de travail et leur rémunération. Ce qui se passe présentement à la STM n’a donc rien d’inédit.

Il faut garder en tête ce contexte défavorable et ne pas juger trop vite les employés de la STM. Ils sont victimes de politiques budgétaires et financières restrictives. Ils savent bien aussi qu’ils sont l’objet de la vindicte populaire ; en effet. les usagers et usagères sont frustrés dans leur liberté de mouvement, et ce, à juste titre. Mais il est trop facile de s’en prendre aux syndiqués sans tenir compte de la responsabilité des administrateurs et administratrices de la STM et de l’ARTM, et en définitive des gouvernements, en particulier celui du Québec.

Mais par ailleurs, l’actuelle situation ne peut s’éterniser, pour des raisons que plusieurs commentateurs ont déjà mentionnées, entre autres parce qu’elle nuit à plusieurs travailleurs peu payés aux horaires atypiques et à bien des aînés qui ont du remettre leur rendez-vous médical faut d’être en mesure de se rendre à la clinique ou au bureau de leur médecin. Des événements importants comme le Salon du Livre de Montréal se trouvent aussi menacés cette année à cause de ce conflit de travail. S’il ne se règle pas dans les meilleurs délais (on est déjà le 11 novembre), la tenue de ces événements sera compromise, ce qui constituerait une perte majeure pour la métropole.

Comment s’y prendre alors pour régler ce problème à temps ? Il n’existe pas de solution facile qui satisfasse tout le monde. On peut avancer une suggestion : que la nouvelle administration municipale réunisse au plus tôt les deux parties et fasse pression sur elles afin d’en arriver à une entente rapide, quitte à ce que chacune mette de l’eau dans son vin (surtout la patronale). Si cela s’avère impossible, la mairesse et ses conseillers devront imposer un règlement aussi équitable et équilibré que possible, qui refléterait un « préjugé favorable aux travailleurs » pour reprendre la formule utilisée durant son mandat initial de premier ministre entre 1976 et 1980. Mais cette fois, pour vrai.

Jean-François Delisle

Nota bene

Dans mon analyse parue la semaine dernière (numéro du 4 au 10 novembre) et intitulée : « L’indépendance, dépassée ou pas ? », j’ai commis une erreur. En effet, le cinquième paragraphe de mon texte débutait par la phrase suivante : « La réforme progressiste du marché de l’emploi... », alors qu’il aurait fallu lire : « La réforme restrictive du marché de l’emploi... ».

Désolé pour cette faute due à la fatigue et à la distraction. Elle contredit mon propos qui attaquait au contraire les politiques néolibérales menées à divers degrés par les différents gouvernements tant péquistes que libéraux et conservateurs, que ce soit à Ottawa ou à Québec.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d’avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d’avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Syndicalisme

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...