Édition du 22 juin 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Nucléaire

G-2 Consensus or not to be

Le petit caporal Lévesque de Trois-Rivières est offusqué : Marois ne l’a pas consulté avant de décider de fermer G-2. Réaction plutôt cynique venant de quelqu’un reconnu pour sa non consultation citoyenne, qui est même allé se vanter devant un auditoire d’élus beaucerons de ses entourloupettes pour éviter la consultation populaire pour son projet Trois-Rivières sur St-Laurent, au point même que certains de ces élus ont ouvertement exprimé leur dégoût pour ce déni de démocratie ; quelqu’un qui récemment encore rabrouait un citoyen venu lui demander très poliment ses sources pour déclarer que la majorité des citoyens appuient la réfection, suggérant même à ce citoyen de changer de région ; quelqu’un qui, non seulement n’a pas consulté la population, mais a même caché à ses collègues échevins la démarche d’un regroupement de quelque 350 municipalités (RMQ-FÉSR) demandant au gouvernement de renoncer au nucléaire et de lancer un vaste chantier pan-québécois d’économie d’énergie et d’exploitation d’énergies renouvelables. Le maire semble se dire : si je ne les regarde pas (les citoyens), ils ne me verront pas. Nous le voyons justement. Mais laissons le petit guignol à ses élucubrations schizo-parano-hystériques et parlons entre grandes personnes.

Concernant G-2, deux faits sont absolument incontournables : la nécessité absolue de la déclasser et la nécessité indubitable de tenir compte des travailleurs de la centrale et de l’économie de la région. L’un ne peut se faire sans l’autre. Le démantèlement ne fera jamais consensus, mais la revalorisation économique conséquente des régions Mauricie-Centre du Québec peut faire consensus. Une centrale nucléaire n’est pas une entité spécifiquement régionale ni une entreprise comme n’importe quelle autre, comme certains voudraient nous le faire croire. G-2 relève d’Hydro-Québec, une entreprise collective nationale ; tout aspect financier concernant G-2 a des répercussions directes et indirectes sur l’ensemble des finances québécoises, ne serait-ce que par le coût/kWh ou par le coût/emploi. Enfin tout risque d’accident majeur à G-2 concerne physiquement une très grande partie de la population et financièrement l’ensemble de celle-ci, par ses conséquences sur l’environnement, la santé et l’économie. Par ailleurs, personne ne peut plus nier qu’une catastrophe nucléaire se répercute au-delà des régions et des frontières. Or, G-2 n’est ni plus ni moins sécuritaire que n’importe quelle autre centrale. Une centrale nucléaire totalement sécuritaire, ça n’existe pas, tout le monde le sait, même les pro-nucléaires. Le risque est minime affirment ceux-ci ! Hé bien, si minime puisse-t-il être (est-ce vraiment le cas ?), les conséquences sont de toute évidence inversement proportionnelles à ce risque.

G-2 étant une entité aux caractéristiques et ramifications collectives pour l’ensemble du Québec, les conséquences de son démantèlement doivent être prises en charge collectivement et, surtout, efficacement, sans promesses non tenues et sans leurres. Pour y arriver, il faut que tous les intervenants mettent la main à la pâte, à tout niveau : le gouvernement bien sûr (donc tout le Québec), les paliers administratifs régionaux, qu’ils soient municipaux ou corporatifs, les travailleurs eux-mêmes, les chercheurs universitaires et industriels, et j’ajouterais les environnementalistes et les simples citoyens qui exigent le démantèlement. Tous devront s’y mettre pour se sortir collectivement du guêpier nucléaire et à la fois compenser et valoriser l’emploi et l’économie de ces deux régions directement concernées. Vivement la décision finale du déclassement afin que nous passions collectivement à l’étape suivante, avec des solutions réalistes et des décisions fermes.

Entretemps, grâce au film Gentilly or not to be et à la décision du gouvernement Marois, le débat se fera à un niveau plus réaliste et étoffé que l’argumentaire simpliste consistant à comparer le risque nucléaire à celui d’un accident d’auto, d’une noyade et de l’utilisation d’un iPad, à déclarer que la durée d’activité de 28 ans de G-2 est garante de sa sûreté alors que Fukushima en avait 40, et à démontrer la sécurité de la centrale par le fait que les maires et ingénieurs vivent à proximité, comme si ceux de Fukushima et Tchernobyl avaient vécu à mille kilomètres de ces centrales.

Robert Duchesne, Trois-Rivières

Robert Duchesne

contre la réouverture de Gentilly 2

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