Édition du 26 mai 2020

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Europe

Italie : « Les activités de production qui ne sont pas immédiatement nécessaires doivent être temporairement fermées ! »

Nous ne sommes pas de la chair à patron ! C’est avec cet hashtag que les ouvrières et ouvriers d’un grand nombre d’entreprises du Nord et du Sud du pays ont accueilli les mesures de restriction prises par le gouvernement Conte pour arrêter la diffusion de l’épidémie de Covid-19 qui désormais touche 13000 personnes dans le pays.

Crédit Photo : DR
tiré de : site du NPA, 16 mars 2020

De l’Electrolux de Susegana à la Pasotti de Brescia, de la GKN de Campi Bisenzio à la Piaggio de Pontedera, de Avio de Pomigliano d’Arco à Fincantieri de Palerme, sans compter les revendications et les mobilisations chez Dalmine e Same de Bergame, fermées grâce à la force des travailleurs-ses de ces deux entreprises dans une zone particulièrement touchée par la contagion, les travailleurs-ses ont fait grève contre la décision du gouvernement de ne pas inclure dans les mesures de confinement de l’infection les activités productives non immédiatement nécessaires (les secteurs alimentaires et pharmaceutiques sont par contre des activités nécessaires, pour être clair).

Quelles sont les productions utiles ?

En effet, selon les patrons, la production de voitures, de machines à laver et... d’armes (!) peut se dérouler tranquillement tandis que des millions de travailleurs-ses doivent se rendre sur leur lieu de travail dans les transports en commun surpeuplés et évidemment sans pouvoir respecter la distance sociale prescrite également par les autorités sanitaires comme nécessaire pour contenir l’infection. Sans oublier que les usines et les bureaux ne sont souvent pas équipés pour garantir des conditions de sécurité minimales à ceux qui y travaillent.

Ce ne sont pas les appels plus ou moins sincères, ni la « bonne volonté » des industriels qui ont poussé le gouvernement Conte, ce matin, à convoquer d’urgence une conférence téléphonique entre les représentants de Confindustria et les représentants syndicaux pour discuter de la « sécurité » des lieux de travail. Ce n’est pas non plus l’action des syndicats confédéraux qui, jusqu’à hier, se sont limités à transmettre des « recommandations » aux patrons et au gouvernement pour assainir les lieux de travail et distribuer le matériel pour la sécurité des travailleurs-es. Ce sont les grèves spontanées, c’est la lutte, c’est l’auto-organisation ouvrière qui a contraint le Premier ministre à organiser cette rencontre.

Aujourd’hui seulement, Maurizio Landini, secrétaire général de la CGIL, le plus grand syndicat italien, a déclaré que la santé de ceux et celles qui travaillent passe avant les bénéfices (un slogan résolument radical, sans aucun doute à ce sujet, et décidément inhabituel pour le numéro un de la CGIL), mais il ne l’a fait que lorsque des actions spontanées de lutte ont mis le débat sur la santé des travailleuses sur la table.

Alors que nous écrivons, le président Conte, à la fin de la conférence de ce matin, a déclaré que les conditions de sécurité des travailleurs-ses seront garanties (!), avec la distribution de « kits de sécurité gratuits ». Ce soir a été signé le protocole [entre la Cofindustria et les syndicats]. Il est cependant regrettable que la demande de désinfection et la fourniture de masques et de gels désinfectants ne soient plus suffisantes et arrivent en dehors du délai maximum. Surtout dans les zones les plus touchées par l’infection, Lombardie, Émilie-Romagne, Vénétie, les activités de production qui ne sont pas immédiatement nécessaires doivent être temporairement fermées !

Ce résultat minimal est le résultat de la lutte des travailleurs

Dans tous les cas, la principale demande des travailleurs d’arrêter la production inutile est tombée dans l’oreille d’un sourd. Les syndicats confédéraux, dont la FIOM-CGIL (fédération des métallurgistes), ont fondamentalement accepté le système gouvernement-employeur, déclarant que dans les entreprises qui sont aux normes, le travail continuera, dans celles qui ne le sont pas, les grèves continueront. En bref, les bureaucraties syndicales ne peuvent tout simplement pas faire un pas de plus dans ce conflit sur nos conditions de santé... Quand bien même ce protocole serait vérifiable dans toutes les grandes entreprises syndicalisées (et ce n’est même pas certain), qu’adviendra-t-il de toutes les petites entreprises pas ou peu syndiquées (la grande majorité dans un pays comme l’Italie) et celles des prestataires ?

Le gouvernement a donc montré qu’il ne se soucie pas de la santé de ceux et celles qui travaillent et soutiennent l’ensemble de l’économie du pays, et a montré qu’il a plus à cœur le portefeuille de la Confindustria que le bien-être de millions de travailleurs-ses. De plus, dans une situation dramatique où le taux de mortalité en Italie est le plus élevé, juste derrière la Chine, avec un cinquième des décès dans le monde, avec une propagation qui a touché les zones les plus industrialisées du pays, et avec un nombre encore inconnu de porteurs sains qui peuvent propager le virus, cette obstination de ne pas vouloir arrêter l’activité a même des traits criminels.
Les industriels ont fait savoir qu’ils n’avaient pas l’intention d’arrêter une production inutile car ils perdraient ainsi à la fois des parts de marché par rapport aux concurrents européens et leur position dans les chaînes de valeur mondiales, qui ne seraient plus récupérables. Tout cela se produit malgré le fait qu’une contagion de masse parmi les travailleurs affecterait également les intérêts des industriels, qui auraient alors du mal à faire avancer la production, sans parler de la pression que cette attitude irresponsable va exercer sur un système de santé déjà épuisé par des décennies de coupes, tant au niveau des ressources que du personnel. C’est aussi une manifestation de la folie et de l’irrationalité du système capitaliste qui, pour survivre, doit plonger toute la société dans le chaos et la barbarie.

Arrêter toute production inutile reste le mot clé qui ne peut pas être reporté, car les travailleurs ne sont pas de la chair à patron !

Antonello Zecca, membre de Sinistra anticapitalista, IVe Internationale

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