Édition du 24 mai 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

L’Amérique latine, les gauches et les luttes pour le droit à l’avortement

Le 21 février dernier, la Cour constitutionnelle colombienne a dépénalisé l’avortement. Cette décision marque une avancée indéniable du mouvement féministe colombien et résonne dans tout le continent latino-américain.

Tiré de Entre les lignes et les mots

Publié le 16 mars 2022

Le 21 février 2022, la Cour constitutionnelle de Colombie, par cinq voix contre quatre (dont trois femmes), votait la dépénalisation de l’avortement jusqu’à 24 semaines de grossesse. Depuis 2006 (auparavant, il était totalement interdit), l’avortement, comme dans la plupart des pays latino-américains, n’était autorisé qu’en cas de viol, de mise en danger de la vie de la mère, et si le fœtus n’était pas viable [1]. Si cette décision marque, sans conteste, une avancée majeure pour le mouvement féministe, le plus dur est à venir.

La Colombie est ainsi devenue, avec le Royaume uni, l’un des pays au monde avec le délai le plus long pour recourir à une interruption volontaire de grossesse (IVG) [2]. Dans la majorité des autres États, à l’exception notamment des Pays-Bas (22 semaines) et de la Suède (18 semaines), lorsque l’IVG est légale, elle est limitée au premier trimestre de la grossesse. En Belgique, un projet de loi, introduit en 2019, afin de dépénaliser totalement l’IVG et d’étendre la limite de 12 à 18 semaines de grossesse, a été mis entre parenthèses pour ne pas indisposer l’un des membres, le CD&V, de la coalition gouvernementale[3].

Le 28 septembre est devenu la Journée internationale pour le droit à l’avortement. La situation au niveau mondiale est contrastée. L’IVG reste encore totalement interdite dans une quinzaine de pays. L’image globale de pays du Sud rétrogrades face à un Occident progressiste est cependant à corriger. De fait, l’IVG est interdite ou limitée à des cas spécifiques (viols, fœtus non viable, risques encourus par la mère, et, plus rarement, raisons économiques) dans l’ensemble de l’Amérique latine, de l’Afrique et d’une partie de l’Asie [4]. Mais elle est autorisée en Afrique du Sud depuis 1996, alors qu’elle n’est devenue légale en Irlande qu’en 2019, et l’avortement est très accessible en Chine, tandis qu’il est totalement interdit à Malte.

Surtout, loin de s’inscrire dans une ligne ascendante et continue, le droit à l’avortement est confronté à des vents contraires. Ainsi, un arrêt du Tribunal constitutionnel polonais a restreint encore plus l’accès déjà très réduit à l’IVG, en 2020, tandis que le parlement du Bénin a voté une loi en novembre 2021, légalisant l’avortement dans un large éventail de circonstances [5]. Le cas polonais participe d’une tendance mondiale. Ces dernières années, sous la pression de droites réactionnaires et des institutions religieuses [6], le droit à l’avortement a, en effet, été mis sous pression, voire restreint, comme dans plusieurs États nord-américains, en Slovaquie, au Salvador et au Nicaragua.

Colombie – Amérique latine : aller-retour

La Colombie est devenue le cinquième pays du continent – avec l’Uruguay, Guyana, l’Argentine et Cuba, qui occupent une place particulière, puisque l’avortement y est dépénalisé depuis 1965 [7] – à permettre l’interruption volontaire de grossesse. L’IVG est également légale dans la ville de Mexico et dans trois États mexicains. À l’autre bout du spectre, elle est totalement interdite au Salvador, au Honduras, au Nicaragua, en République dominicaine et en Haïti [8]. La décision prise par la Cour constitutionnelle colombienne s’inscrit dans une lame de fond à la fois nationale et continentale.

C’est suite à une demande d’organisations féministes, relayées par des mobilisations dans la rue, que la Cour constitutionnelle a dû se positionner. Et le pays, ouvrir les yeux sur la situation des femmes. Plus d’un avortement sur cinq concerne des mineures d’âge, qui représente 24% des personnes condamnées [9]. Or, le confinement dû à la pandémie a accentué la vulnérabilité des mineures : le nombre d’enfants nés de filles de moins de 14 ans, entre octobre et décembre 2021, en Colombie, a augmenté de près d’un tiers par rapport à la même période en 2020 [10].

Si le mouvement féministe a célébré comme il se doit cette victoire, il a réaffirmé que le plus dur reste à faire : assurer l’application du droit, développer une (contre-)pédagogie effective, et garantir l’accès à l’avortement [11]. Outre la stigmatisation, encore très forte, l’opposition du politique – le président Ivan Duque a une nouvelle fois manifesté son rejet d’une dépénalisation – et des milieux médicaux (première source de dénonciation) constitue un obstacle majeur. Et, en Colombie, comme ailleurs sur le continent, l’accès à l’IVG est plus entravé, et la criminalisation plus forte, pour les femmes pauvres, en milieu rural, et afrodescendantes. Par ailleurs, la Cour constitutionnelle a exhorté les parlementaires à légiférer pour défendre les droits des femmes.

Mais cette avancée légale est en résonance avec la « vague verte » – de la couleur des foulards que brandissent les féministes – qui secoue l’Amérique latine ces dernières années. Le changement en Colombie intervient, en effet, un peu plus d’un an après le vote historique de l’Assemblée argentine d’autoriser l’avortement. Au cours des débats, des milliers de femmes entouraient l’enceinte parlementaire, et la puissante mobilisation résonnait au-delà des frontières nationales. Quelques mois plus tard, en septembre 2021, la Cour suprême de justice au Mexique déclarait la pénalisation de l’avortement inconstitutionnelle, ouvrant ainsi la voie à un changement législatif. Autant de signes que les choses seraient en train de changer en Amérique latine ?

Retour à gauche et opportunités féministes

La décision de la Cour constitutionnelle colombienne est d’autant plus emblématique qu’elle intervient dans un pays traditionnellement marqué très à droite, et à un moment clé, en pleine campagne électorale, à quelques semaines seulement d’élections parlementaires (le 13 mars) et présidentielles (le 29 mai) où le candidat de gauche, Gustavo Petro, est annoncé gagnant. Si tel devait être le cas, se préciserait ainsi un nouveau virage post-néolibéral, après la Bolivie, le Pérou, le Chili, le Honduras, et avec la perspective que Lula da Silva – lui aussi en tête des sondages – puisse revenir au pouvoir, au Brésil, en octobre 2022 [12].

Cet éventuel retour à gauche sera-t-il synonyme d’avancées dans l’accès à l’avortement ? Rien n’est moins sûr au regard de l’expérience passée du tournant progressiste emprunté par une grande partie de l’Amérique du Sud au début de ce millénaire. En effet, les avancées réelles en termes de lutte contre la pauvreté et les inégalités, d’accès aux services sociaux de base, qui se sont répercutées directement sur les rapports sociaux de genre, ne se sont pas traduites par des changements notables en ce qui concerne les droits sexuels et reproductifs. L’Uruguay fut le seul pays, sous le gouvernement de Pepe Mujica, en 2012, à légaliser l’avortement [13].

Le poids sociologique cumulé des églises catholiques et Évangélistes, ainsi que l’opposition des droites sont la principale raison. Les questions de sexualité et d’avortement sont polarisantes et systématiquement instrumentalisées par ces courants, qui se sont, ces dernières années, renforcés. On pense bien sûr à Jaïr Bolsonaro, au Brésil, mais le nouveau (depuis avril 2021) président équatorien, l’ex-banquier, fidèle de l’Opus dei, Guillermo Lasso, est représentatif de cet alliage de la droite politique et des églises conservatrices. Ce dernier est à la tête du troisième pays du continent avec le taux le plus élevé de filles et d’adolescentes enceintes. Il a averti qu’il exercerait son droit de véto par rapport à une toute récente proposition de loi de l’Assemblée autorisant l’interruption de grossesse en cas de viol [14].

Evo Morales, en Bolivie, en 2018, Lula et Dilma Roussef, au Brésil, avant lui, ont fait marche arrière, en cédant à l’offensive conservatrice opposée à rendre l’avortement plus accessible. Mais, le succès de cette offensive s’explique aussi par la conformation de ces gauches latino-américaines. L’ex-président équatorien, Rafaël Correa, virulent opposant à l’avortement, a synthétisé en une formule leur ambivalence, en se déclarant « radical aux niveaux économique et social, mais conservateur au niveau moral ». Ainsi, en octobre 2013, il avait menacé de démissionner si les parlementaires de son propre parti poursuivaient avec une proposition de loi étendant les possibilités de mener à terme un avortement légal. La proposition fut retirée.

Le nouveau président péruvien, Pedro Castillo, est lui aussi représentatif de cette ambivalence.

Mais, même lorsqu’elles ne proviennent pas d’un tel background culturel, les gauches gouvernementales latino-américaines font des droits sexuels et reproductifs, au premier rang desquels l’avortement, un enjeu secondaire, qui ne mérite pas de risquer de mettre à mal des réformes autrement plus « sérieuses » et « stratégiques » de leurs programmes. La lutte des classes s’arrête aux portes du foyer et du « privé » (comme elle semble s’arrêter au seuil des bourses des matières premières [15]). Et l’obstination d’une certaine gauche à défendre contre vents et marées Daniel Ortega, au Nicaragua, alors que celui-ci, à son retour au pouvoir, en 2006, a, pour consacrer son alliance avec l’Église catholique, interdit complètement l’avortement, brouille un peu plus la capacité d’analyse critique.

Même la « nouvelle » génération de gauche n’est pas davantage engagée sur ces questions. Ainsi, à l’occasion de la décision de la Cour constitutionnelle, Gustavo Petro a félicité les femmes pour leur triomphe. Cependant, il maintient une posture ambigüe – promouvant un idéal d’« avortement zéro » – et son parti est divisé sur la question [16]. Xiomara Castro, pour sa part, s’est dite favorable à un accès à l’IVG en cas de viol, de mise en danger de la santé de la mère et de fœtus non viable. Mais jusqu’où ira sa résolution face au Congrès et à une pénalisation de l’avortement qui a été blindée par une nouvelle loi en 2021 ?

Enfin, si l’ex-leader du mouvement étudiant chilien, Gabriel Boric, au sein duquel participèrent nombre de femmes, se montre plus disposé à mener cette lutte, il est significatif qu’il n’est pas à l’origine de la nouvelle proposition de loi. C’est au sein des travaux pour l’Assemblée constituante qu’une initiative populaire a, en effet, été approuvée afin de « reconnaître et garantir à toutes les personnes leurs droits sexuels et reproductifs, dans des conditions d’égalité et sans discrimination, y compris le droit à l’avortement sans interférence de tiers, d’institutions ou d’agents de l’État » [17].

Si, effectivement, les choses sont en train de changer sur le continent où se situent quatorze des vingt-cinq pays avec le plus haut taux de féminicides au monde [18], c’est donc d’abord et avant tout grâce à la montée en puissance des mouvements féministes [19]. Ceux-ci ont provoqué, pour reprendre les termes du philosophe Jacques Rancière, un autre « partage du sensible ». Ainsi, ils ont réussi à rendre la situation visible, à faire de l’avortement (et des droits sexuels et reproductifs) un élément du débat public et une question politique ; qui renvoient d’abord à des enjeux de droits et de santé publique, plutôt qu’à une opinion morale ou religieuse.

Cette mutation est allée de pair avec une reconfiguration des acteurs et actrices. Les femmes se sont affirmées les sujettes de droits plutôt que les objets de mesures, refusant de déléguer aux institutions médicales, religieuses et politiques – fussent-elles alliées – le soin de dire ce qui, pour elles, est bien ou mal, prioritaire ou secondaire, stratégique ou non. En fin de compte, en Amérique latine comme ici, les changements dépendent moins des configurations politiques au pouvoir que de la pression des mouvements féministes.

Frédéric Thomas

https://www.cetri.be/L-Amerique-latine-les-gauches-et

Notes

[1] Dans trois petits États insulaires, Barbades, Belize et Saint Vincent et Grenadines, il est aussi admis pour des « raisons économiques ».

[2] Elisa Castrillón Palacio, « La despenalización del aborto hasta la semana 24 es un logro histórico », 22 février 2022, La Silla vacía, https://www.lasillavacia.com/historias/silla-nacional/la-despenalizacion-del-aborto-hasta-la-semana-24-es-un-logro-historico/

[3] Voir notamment Fédération des Centres de Planning familial des Femmes Prévoyantes Socialistes, « Les chiffres de l’avortement en Belgique de 2012 à 2019 », https://www.planningsfps.be/les-chiffres-de-lavortement-en-belgique-de-2012-a-2019/ ; et Plateforme pour le droit à l’avortement en Europe et dans le monde, « Journée mondiale de lutte pour le droit à l’avortement : La Belgique doit prendre en compte toutes les femmes ! », 28 septembre 2021, https://www.abortionright.eu/2021/09/28/journee-mondiale-de-lutte-pour-le-droit-a-lavortement-la-belgique-doit-prendre-en-compte-toutes-les-femmes/

[4] Voir : https://abortion-policies.srhr.org/. Voir également Center for Reproductive Rights, The World Abortion Laws Map, https://reproductiverights.org/maps/worlds-abortion-laws/. Cette carte n’a cependant pas été entièrement actualisée. Pour l’Europe, voir https://www.abortionright.eu/2021/02/10/etats-des-lieux-de-lavortement-en-europe-fr-en/

[5] Ramatou Ouedraogo, « Benin’s groundbreaking new abortion law will save the lives of many women », The Conversation, 7 novembre 2021, https://theconversation.com/benins-groundbreaking-new-abortion-law-will-save-the-lives-of-many-women-170901

[6] « Des mobilisations réactionnaires en faveur d’un ordre sexuel ‘traditionnel’ et contre les droits des femmes et des minorités sexuelles, qui avaient déjà vu le jour à la suite de la Conférence mondiale sur les femmes de Pékin (1995), ont pris une ampleur nouvelle dans les années 2010 », Aurélie Leroy, « Violences de genre et résistances », Alternatives Sud, XXVIII – 2021, n°3, Violences de genre et résistances, https://www.cetri.be/Violences-de-genre-et-resistances-5724

[7] L’adoption précoce de cette législation est propre au régime communiste ; ainsi, en 1920, l’URSS fut le premier pays au monde à légaliser l’avortement. L’IVG est également autorisée en Guyane et à Puerto Rico.

[8] « Así está el panorama de despenalización del aborto en Latinoamérica », Infobae, 21 février 2022, https://www.infobae.com/america/colombia/2022/02/21/asi-esta-el-panorama-de-despenalizacion-del-aborto-en-latinoamerica/

[9] La Mesa por la Vida y la Salud de las Mujeres, La Criminalización del aborto en Colombia, Bogota, juillet 2021.

[10] Daniela Sánchez Romero, « La Corte dijo cinco veces sí », IPC, 22 février 2022, http://www.ipc.org.co/agenciadeprensa/index.php/derechos-humanos/la-corte-dijo-cinco-veces-si

[11] « Le système patriarcal pèse sur les structures politiques et [que] la domination masculine est institutionnalisée à travers le langage et le fonctionnement de la loi. Dès lors, si les lois peuvent constituer des avancées et des garde-fous importants, celles-ci nécessitent d’être soumises à un examen féministe, pour corriger les failles et les manquements, mais aussi pour déconstruire les systèmes de valeurs dominants qui les traversent », Aurélie Leroy, Ibidem.

[12] Frédéric Thomas, « Amérique latine : retour à gauche ? », Cetri, 24 décembre 2021, https://www.cetri.be/Amerique-latine-retour-a-gauche

[13] Roberto Montoya, « El aborto bajo los ‘gobiernos del cambio’ de América Latina y el Caribe », El Salto, septiembre-octobre 2018, https://www.elsaltodiario.com/el-lado-oculto-de-la-noticia/aborto-gobiernos-cambio-america-latina-caribe-1. Cet article s’appuie en partie sur la série de ces trois analyses.

[14] « El Parlamento de Ecuador aprobó un proyecto que despenaliza el aborto en casos de violación, pero Lasso anticipó que lo vetará », Infobae, 17 février 2022, https://www.infobae.com/america/america-latina/2022/02/17/el-parlamento-de-ecuador-aprobo-un-proyecto-que-despenaliza-el-aborto-en-casos-de-violacion-pero-lasso-anticipo-que-lo-vetara/

[15] Frédéric Thomas, « Le socialisme n’est pas compatible avec l’extractivisme », Cetri, 23 septembre 2021, https://www.cetri.be/Le-socialisme-n-est-pas-compatible

[16] « La compleja postura de Gustavo Petro frente al aborto », El Tiempo, 22 février 2022, https://www.eltiempo.com/politica/partidos-politicos/gustavo-petro-y-su-compleja-postura-sobre-el-aborto-653368 ; « Sin comprometerse, Gustavo Petro se refirió a la despenalización del aborto en Colombia : “De ellas es su triunfo », Infobae, 22 février 2022, https://www.infobae.com/america/colombia/2022/02/22/sin-comprometerse-gustavo-petro-se-refirio-a-la-despenalizacion-del-aborto-en-colombia-de-ellas-es-su-triunfo/

[17] Iniciativa Popular de Norma : Será Ley, https://plataforma.chileconvencion.cl/m/iniciativa_popular/detalle?id=5938 ; « Comisión de la Convención aprueba iniciativa “Será Ley” sobre el derecho al aborto », Nodal, 11 février 2022, https://www.nodal.am/2022/02/chile-comision-de-la-convencion-aprueba-iniciativa-sera-ley-sobre-el-derecho-al-aborto/

[18] ONU femmes, « ONU Mujeres urge a unir fuerzas desde todos los sectores para poner fin a los feminicidios / femicidios en América Latina y el Caribe », 7 décembre 2017, https://lac.unwomen.org/es/noticias-y-eventos/articulos/2017/12/alto-al-feminicidio

[19] Marta Lamas « La ‘marée verte’ féministe en Amérique latine », Alternatives Sud, XXVIII – 2021, n°3, Violences de genre et résistances.

Frédéric Thomas

auteur pour le site Mémoire des luttes.

http://www.medelu.org

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