Édition du 2 juin 2026

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Environnement

L’Europe a chaud et le Québec n’est pas à l’abri

Pendant que plusieurs régions d’Europe vivent actuellement une première vague de chaleur exceptionnelle, les images se ressemblent d’un pays à l’autre : écoles fermées, transports perturbés, hôpitaux sous pression, travailleurs exposés, personnes âgées confinées dans des logements étouffants. La chaleur extrême n’est plus un simple désagrément météo. Elle est une contrainte collective qui transforme notre qualité de vie et notre bien-être.

Ici aussi, au Québec, les épisodes de chaleur se multiplient, s’intensifient et s’étirent. Pourtant, notre réponse demeure largement pensée comme une gestion ponctuelle de crise : ouvrir des lieux climatisés, diffuser des consignes de prévention et attendre que la température redescende. Or, la chaleur n’est plus un évènement exceptionnel. Elle devient un évènement récurrent avec lequel nous devons composer.

Et toutes les québécoises et les tous les québécois ne la vivent pas de la même manière.

Pour une personne âgée vivant seule dans un logement mal isolé, pour un travailleur exposé au soleil pendant plusieurs heures, pour une famille sans accès à un espace frais de proximité ou pour un locataire incapable de refroidir son logement, la chaleur peut vite devenir un risque réel pour la santé.
Déshydratation, aggravation des maladies chroniques, épuisement, troubles respiratoires, détresse psychologique : les conséquences sont multiples. C’est d’ailleurs plus d’une personne sur deux au Québec qui affirme que sa santé a été affectée par la chaleur estivale dans son logement, son quartier ou sa municipalité au cours des cinq dernières années, selon un récent sondage Léger, réalisé pour le compte de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ).

Ce chiffre devrait nous faire réfléchir. La chaleur n’est plus qu’un enjeu abstrait, elle influence déjà le quotidien d’une grande part de la population.
Le même sondage révèle que plus de deux personnes sur trois utilisent des lieux publics pour se rafraîchir pendant les épisodes de chaleur, principalement les parcs, les espaces verts, les piscines et les centres commerciaux.

À l’inverse, les bâtiments municipaux et les centres communautaires demeurent moins fréquentés, ce qui soulève une question simple : avons-nous réellement organisé nos villes pour protéger la population lors des épisodes de chaleur extrême ?

Cette réflexion dépasse le climat. Elle touche la santé, le logement, l’aménagement urbain, les conditions de travail et les inégalités sociales.
Elle touche aussi directement les milieux de travail. Chaque été, des travailleuses et travailleurs exercent leurs fonctions dans des conditions de chaleur accablante qui augmentent les risques et l’absentéisme. Bien que des mesures soient prévues dans la loi pour mieux les protéger, celles-ci ne sont malheureusement pas toujours appliquées et cela a un impact direct sur notre économie.

C’est dans cette perspective que l’ASPQ, l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), Bâtiment durable Québec (BDQ), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et le Regroupement des offices d’habitation du Québec (ROHQ) ont créé la Coalition québécoise pour un droit à la fraicheur.

Parler d’un droit à la fraicheur, c’est reconnaître qu’au Québec, personne ne devrait voir sa santé compromise parce qu’il fait trop chaud à la maison, à l’école, au travail ou dans l’espace public.

C’est mieux planifier nos quartiers, protéger davantage les populations vulnérables et investir dans des solutions durables et la prévention.
Les images qui nous parviennent aujourd’hui d’Europe devraient nous servir d’avertissement pour les chaleurs estivales à venir.

Signataires

 Cyril Frazao, directeur santé et climat à l’Association pour la santé publique du Québec

 Olivier Carrière, Secrétaire général de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ)

 Antonio Ciarciaglino, Directeur général du Regroupement des offices d’habitation du Québec (ROHQ)

 Marie-Eve Le Bel, Directrice générale de Bâtiment durable Québec (BDQ)

 Claire Lapointe, Directrice générale de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR)

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