10 avril 2026 | tiré du site du CADTM
https://www.cadtm.org/L-anti-imperialisme-a-l-heure-de-la-montee-du-fascisme-une-solidarite-au-dela
La situation mondiale actuelle est marquée par une convergence dangereuse de trois grandes tendances : la montée du nationalisme autoritaire — parfois sous la forme d’un ultranationalisme exclusif —, la progression des mouvements d’extrême droite et l’intensification des rivalités impérialistes entre puissances mondiales et régionales. Ces évolutions ne constituent pas des phénomènes isolés, mais sont les manifestations étroitement liées d’une crise plus large du capitalisme mondial et de la légitimité politique.
Historiquement, le fascisme a émergé lors de périodes de profonde instabilité sociale et économique. Lorsque les inégalités s’intensifient, que les institutions démocratiques s’affaiblissent et que les élites au pouvoir voient leur autorité remise en cause, les forces autoritaires et réactionnaires gagnent souvent du terrain. À de telles époques, le nationalisme, le racisme et la militarisation servent à consolider le pouvoir et à détourner la colère sociale des inégalités structurelles.
Aujourd’hui, nous assistons à des schémas similaires dans différentes régions. La militarisation s’étend. Les guerres sont de plus en plus souvent justifiées au nom de la sécurité, de la démocratie ou de la civilisation. Les migrants sont transformés en boucs émissaires. Les minorités sont diabolisées. Les institutions démocratiques sont vidées de leur substance, tandis que le pouvoir exécutif se renforce.
Derrière ces développements se cache une réalité structurelle plus profonde : l’impérialisme. L’antifascisme sans anti-impérialisme reste incomplet. L’impérialisme normalise la hiérarchie, la domination et la violence à l’échelle mondiale. Il crée un ordre mondial où les États puissants et les multinationales exercent une influence disproportionnée sur les économies et les systèmes politiques plus faibles. Par le biais de mécanismes tels que la dépendance à la dette, les déséquilibres commerciaux, l’extraction des ressources et l’intervention politique, l’impérialisme sape la souveraineté et aggrave les inégalités. Cependant, toute lutte contre l’impérialisme est impossible sans une lutte contre le capitalisme.
Cet ordre mondial renforce les tendances autoritaires. Lorsque la violence est normalisée au niveau international, la répression devient plus facile au niveau national. Lorsque la rivalité géopolitique est présentée en termes de civilisation ou de race, la xénophobie se développe au sein des sociétés.
Lorsque la domination économique est acceptée à l’échelle mondiale, les inégalités s’intensifient au sein des pays. La récente agression militaire contre l’Iran illustre la convergence dangereuse entre l’impérialisme, la militarisation et l’influence croissante de l’extrême droite dans les relations internationales. Les attaques coordonnées des États-Unis et d’Israël contre des cibles iraniennes constituent une violation flagrante de la souveraineté de l’Iran et contribuent à faire passer l’action militaire unilatérale pour un moyen normal pour un pays de montrer sa puissance. De telles actions risquent de déstabiliser davantage une région déjà fragile, d’accroître la possibilité d’un conflit plus large et d’aggraver les tensions géopolitiques à travers l’Asie occidentale.
Dans le même temps, s’opposer à cette agression ne signifie pas soutenir le régime iranien. L’État iranien est depuis longtemps marqué par un régime autoritaire, la répression des mouvements démocratiques et de sévères restrictions des libertés civiles. Les soulèvements et mouvements de protestation répétés en Iran ces dernières années démontrent que de larges pans de la société iranienne aspirent à la liberté politique, à la justice sociale et aux droits démocratiques. Une position anti-impérialiste de principe doit donc dénoncer à la fois l’agression militaire extérieure et l’oppression autoritaire interne. La solidarité doit aller au peuple iranien — en soutenant son droit à l’autodétermination, aux libertés démocratiques et à la justice sociale, à l’abri tant de l’intervention étrangère que d’un appareil d’État répressif.
L’invasion russe de l’Ukraine illustre comment la politique des grandes puissances continue d’influencer les conflits, souvent au détriment des droits des peuples. Cette intervention militaire a violé la souveraineté de l’Ukraine et porté atteinte au droit du peuple ukrainien à déterminer son propre avenir. Si l’expansion de l’OTAN et l’escalade des tensions géopolitiques peuvent fournir des éléments d’explication, ces facteurs ne justifient pas l’invasion militaire, l’occupation et les ravages infligés aux villes et aux populations civiles ukrainiennes.
Pour nous, défendre les droits du peuple ukrainien ne revient pas à approuver l’OTAN ou à s’aligner sur les stratégies géopolitiques occidentales. De plus, la guerre a été exploitée par des puissances mondiales rivales pour servir leurs propres intérêts stratégiques, ce qui a entraîné une militarisation accrue et une confrontation prolongée, exacerbant ainsi les souffrances des civils et entravant les efforts en faveur d’une résolution pacifique. Une position anti-impérialiste cohérente doit donc rejeter l’agression russe tout en s’opposant simultanément à la logique globale de la politique des blocs et de l’escalade militaire.
La solidarité doit s’adresser spécifiquement au peuple ukrainien, en soutenant son droit à la paix, à la souveraineté et à l’autodétermination démocratique, indépendamment tant de l’agression russe que des rivalités entre grandes puissances.
Les tensions géopolitiques actuelles sont souvent présentées comme une lutte entre des blocs rivaux et une « multipolarité » émergente. Nombreux sont ceux qui affirment que la montée en puissance de nouvelles puissances et de formations telles que les BRICS représente une alternative progressiste à la domination occidentale. Cette hypothèse mérite toutefois d’être examinée avec circonspection. La multipolarité, en soi, ne signifie pas nécessairement l’émancipation. Un monde où coexistent plusieurs puissances rivales peut tout à fait reproduire les hiérarchies impériales, les rivalités géopolitiques, la militarisation et la domination économique. La multipolarité peut réduire la domination d’une seule puissance hégémonique, mais elle ne produit pas automatiquement un ordre mondial plus démocratique ou plus juste.
En ce sens, la multipolarité peut offrir des opportunités aux élites dirigeantes et aux acteurs étatiques, mais elle ne constitue pas nécessairement une alternative pour les peuples du monde. La concurrence entre les puissances peut intensifier la militarisation, les conflits liés aux ressources et les tensions géopolitiques. Sans internationalisme démocratique et sans solidarité entre les peuples, la multipolarité risque de se réduire à une simple redistribution du pouvoir entre puissances concurrentes / des élites en concurrence.
L’Inde offre un exemple important de ces contradictions. Le pays est souvent présenté comme faisant partie d’un monde multipolaire émergent grâce à son appartenance au BRICS. Pourtant, dans le même temps, l’Inde a approfondi sa coopération stratégique avec les cadres militaires occidentaux visant à contenir la Chine. Bien qu’elle ne fasse pas officiellement partie de l’AUKUS [1], l’Inde a renforcé son alignement militaire et stratégique avec les États-Unis et leurs alliés par le biais de mesures tels que le Quad [2], l’élargissement de la coopération en matière de défense, des exercices militaires conjoints et des partenariats technologiques stratégiques.
Ce double positionnement illustre la complexité de la géopolitique contemporaine. Les États participent simultanément à plusieurs blocs de pouvoir, recherchant l’autonomie stratégique tout en renforçant la militarisation et la rivalité géopolitique. De tels alignements ne représentent pas nécessairement une alternative à l’impérialisme, mais reflètent souvent de nouvelles configurations au sein de la même compétition mondiale pour le pouvoir.
Dans le même temps, l’Inde représente également l’un des exemples contemporains les plus significatifs de la montée du nationalisme autoritaire. Le régime politique actuel est étroitement lié au Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), un projet idéologique et organisationnel vieux de près d’un siècle, fondé en 1925. Le RSS s’est inspiré, dans ses premières années, des mouvements fascistes européens, en particulier de l’Italie de Mussolini, puis, plus tard, de certains aspects du modèle nazi allemand de nationalisme culturel, d’identité majoritaire et de mobilisation idéologique centralisée.
Au fil des décennies, le RSS a développé un vaste réseau organisationnel à travers la société indienne, comprenant des structures politiques, éducatives, culturelles et paramilitaires. Son projet politique à long terme a été la transformation de l’Inde, d’une république laïque et pluraliste en un État à majorité hindoue, souvent décrit comme un « Hindu Rashtra ».
Ce projet idéologique a acquis un pouvoir étatique sans précédent ces dernières années. Il en résulte notamment une recrudescence des attaques contre les minorités, en particulier les musulmans et les chrétiens, des restrictions des libertés civiles, des pressions sur les médias indépendants, un affaiblissement des institutions démocratiques et une centralisation croissante du pouvoir.
Dans le même temps, le gouvernement indien a renforcé ses relations politiques et militaires avec Israël, qui sert de plus en plus de modèle dans des domaines tels que la doctrine de sécurité, les technologies de surveillance, la militarisation et le nationalisme majoritaire. Certaines franges de l’extrême droite indienne établissent ouvertement des parallèles entre le projet d’un État à majorité hindoue et le modèle ethno-national d’Israël.
Cela illustre une tendance mondiale plus large : les mouvements d’extrême droite et autoritaires s’inspirent de plus en plus les uns des autres. On assiste à une circulation transfrontalière des cadres idéologiques, des doctrines de sécurité, des technologies de surveillance et des méthodes de gouvernance. Ces évolutions soulignent un point important : l’antifascisme contemporain doit lui aussi être international.
À travers les pays et les continents, les travailleurs sont confrontés à des défis de plus en plus similaires. La précarité du travail, l’austérité, la privatisation et la hausse du coût de la vie sont généralisées. Les agriculteurs sont confrontés à l’expropriation de leurs terres et à des crises agraires. Les communautés autochtones résistent aux industries extractives. Les migrants sont victimes de criminalisation et d’exploitation. Les femmes subissent à la fois une marginalisation économique et une intensification de la violence patriarcale.
Ces luttes sont interconnectées. Pourtant, les mouvements d’extrême droite et autoritaires cherchent à les fragmenter. On accuse les migrants d’être responsables du chômage. Les minorités sont présentées comme des menaces pour l’identité nationale. On invoque des ennemis extérieurs pour justifier la répression intérieure. Ces stratégies visent à diviser les opprimés et à protéger les structures de pouvoir bien établies.
La solidarité entre les peuples constitue la réponse la plus efficace. Cette solidarité ne peut rester abstraite. Elle doit se construire à travers des formes concrètes de coopération : campagnes communes contre la dette et l’austérité, solidarité avec les migrants et les réfugiés, résistance à la militarisation et à la guerre, défense des droits du travail et protection des libertés démocratiques. L’internationalisme n’est donc pas seulement un engagement éthique. C’est une nécessité politique.
L’histoire nous offre des leçons importantes. La résistance la plus forte au fascisme est née de larges coalitions de forces sociales : travailleurs, paysans, étudiants, intellectuels et mouvements démocratiques. Ces luttes ont souvent dépassé les frontières nationales. Les mouvements anticolonialistes, les luttes contre l’apartheid et la solidarité internationale des travailleurs ont tous démontré la puissance de l’action collective au-delà des frontières nationales. Il est essentiel aujourd’hui de reconstruire cet esprit de solidarité.
Dans un monde marqué par la fragmentation et la peur, la coopération internationale entre les peuples offre une alternative fondée sur l’égalité et la justice. L’anti-impérialisme et l’antifascisme ne sont pas des luttes distinctes, mais des dimensions interdépendantes d’un même projet politique.
Renforcer la coopération entre les mouvements, approfondir la solidarité internationale et résister à la division et à l’autoritarisme sont des tâches urgentes. L’avenir ne sera pas déterminé uniquement par les États puissants ou les rivalités géopolitiques. Il sera également façonné par des peuples organisés agissant collectivement par-delà les frontières.
Face à la montée du fascisme, l’anti-impérialisme et la solidarité entre les peuples restent le socle permettant de construire une alternative démocratique et émancipatrice / les piliers centraux d’une alternative démocratique et émancipatrice.
Traduction : Christine Pagnoulle
Notes :
[1] Dans la stratégie américaine, AUKUS (Australie, Royaume-Uni, États-Unis) est un pacte de sécurité
trilatéral crucial pour contenir l’influence chinoise en Indo-Pacifique, en dotant l’Australie de sous-marins à propulsion nucléaire, renforçant ainsi la dissuasion régionale et intégrant plus étroitement Canberra dans l’architecture sécuritaire américaine face à Pékin. C’est un pilier de la politique américaine visant à projeter une force militaire avancée dans la région, complémentaire à d’autres partenariats comme le Quad
[2] Quad (Dialogue quadrilatéral pour la sécurité) est un cadre de coopération informel avec l’Australie, l’Inde et le Japon, visant à promouvoir un espace Indo-Pacifique libre et ouvert, en réponse à l’influence croissante de la Chine, en mettant l’accent sur la sécurité maritime, la coopération technologique (5G, semi-conducteurs), les infrastructures et la démocratie. Il s’agit d’une composante clé de la politique américaine de « libre et ouvert Indo-Pacifique », complétant d’autres alliances comme AUKUS.
Sushovan Dhar
CADTM Inde
Alors qu’Israël envisage des exécutions, le Canada s’en prend à la solidarité avec la Palestine
Les mesures prises par Ottawa sur son territoire contredisent ses critiques à l’égard de la loi israélienne sur la peine de mort
8 avril 2026 | tiré de Canadian dimension
https://canadiandimension.com/articles/view/as-israel-eyes-executions-canada-targets-palestine-solidarity
Un drapeau arborant le logo de Samidoun lors d’une manifestation de solidarité avec la Palestine à São Paulo, au Brésil, le 15 février 2025. Photo gracieusement fournie par Samidoun Network/X.
Fin mars, le gouvernement fédéral a pris des mesures pour dissoudre Samidoun, le Réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens, un groupe international d’organisateurs et de militants depuis longtemps visés par une campagne de criminalisation menée par le lobby israélien au Canada. Cette décision fait suite aux modifications introduites dans le budget fédéral de 2025, qui accordent à Ottawa le pouvoir explicite de dissoudre les organisations désignées comme « entités terroristes ».
Cette décision marque une escalade significative de la répression étatique contre la solidarité avec la Palestine, qui coïncide avec l’intensification de la répression des Palestiniens par Israël lui-même.
Samidoun a été fondé en 2011 pour soutenir la grève de la faim des prisonniers palestiniens. La grève de 22 jours, qui s’est déroulée d’octobre à novembre de cette année-là, appelait à la fin des pratiques israéliennes d’isolement cellulaire, du refus de livres et de journaux aux prisonniers politiques, et de l’enchaînement des prisonniers lors des visites familiales. Elle exigeait également la libération d’Ahmad Saadat, secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), de l’isolement.
Depuis lors, Samidoun s’efforce de sensibiliser le public à la situation des prisonniers politiques palestiniens et aux conditions auxquelles ils sont confrontés dans le système pénal d’apartheid israélien.
À travers Israël et les territoires occupés, le gouvernement israélien détient environ 10 000 Palestiniens dans son réseau de prisons notoirement brutal. Les prisonniers sont régulièrement victimes de torture, de privation de nourriture et d’abus. Des milliers d’entre eux sont détenus sans inculpation ni procès. Des centaines de ces détenus sont des enfants — en fait, Israël est le seul pays au monde à juger des enfants devant des tribunaux militaires. Defense for Children Palestine note qu’« environ 500 à 700 enfants palestiniens sont détenus et poursuivis chaque année par le système judiciaire militaire israélien — certains n’ont que 12 ans ».
Dans le contexte de la répression menée par l’État canadien contre la solidarité avec la Palestine en 2023–2024, le lobby de l’apartheid a intensifié sa campagne visant à criminaliser Samidoun. Cet effort de longue date repose sur l’allégation non prouvée selon laquelle Khaled Barakat, époux de la fondatrice de Samidoun, Charlotte Kates, serait associé au FPLP, une organisation de résistance armée que le gouvernement canadien a inscrite sur la liste des groupes « terroristes » depuis 2003.
En octobre 2024, les lobbyistes de l’apartheid ont obtenu ce qu’ils voulaient. Ottawa a annoncé que Samidoun avait été inscrit sur la liste des « entités terroristes » en vertu du Code criminel. Cette annonce a été faite en coordination avec le gouvernement américain, qui, le même jour, a désigné Samidoun comme « terroriste mondial spécialement désigné » par décret.
Le mois suivant, la police de Vancouver a mené une descente militarisée au domicile de Kates, qui avait déjà été arrêté pour avoir salué les opérations militaires du Hamas contre les forces d’occupation israéliennes. La descente a mobilisé un véhicule blindé et des agents lourdement armés. Le voisin de Kates a qualifié l’opération d’« exagérée », ajoutant : « Je ne pense pas qu’il soit approprié d’utiliser autant de force. »
Mais cette démonstration de force était le but recherché. Le raid a servi de tactique d’intimidation, envoyant un message effrayant à l’ensemble du mouvement de solidarité avec la Palestine au Canada.
Une telle fureur politique et une telle répression policière pour une prétendue association avec un groupe palestinien révèlent un double standard flagrant dans la vie politique canadienne. On pourrait se demander pourquoi des liens supposés avec une organisation politique palestinienne provoquent une telle indignation, alors que plus de 200 vétérans canadiens des Forces de défense israéliennes (FDI) — une armée qui a rasé Gaza et qui est actuellement engagée dans de brutales guerres d’agression contre le Liban et l’Iran — sont apparemment accueillis chez eux à bras ouverts.
À tous égards, les FDI sont bien plus violentes et destructrices que n’importe quel groupe palestinien. Pourtant, malgré un prétendu embargo sur les armes, le Canada continue d’expédier des armes à Israël via les États-Unis, et le gouvernement libéral a récemment rejeté un projet de loi visant à mettre fin à ces transferts.
En effet, la liste des « terroristes » du Canada elle-même semble largement destinée à délégitimer la lutte armée palestinienne contre l’apartheid et l’occupation israéliens. Cela se reflète dans son accent disproportionné sur les organisations palestiniennes. La liste a été créée en 2001, et en 2022, « plus de 10 % de la liste des organisations terroristes du Canada [était] composée d’organisations dont le siège se trouve sur un territoire occupé de longue date [la Palestine], représentant un dixième de pour cent de la population mondiale ».
Alors que les armes canadiennes alimentaient l’assaut d’Israël sur Gaza, le ministre Dominic LeBlanc a affirmé que les militants de solidarité de Samidoun constituaient une « menace pour la sécurité nationale du Canada ». Sa déclaration concernant la désignation du groupe disait :
L’extrémisme violent, les actes de terrorisme ou le financement du terrorisme n’ont pas leur place dans la société canadienne ni à l’étranger. L’inscription de Samidoun sur la liste des entités terroristes en vertu du Code criminel envoie un message fort indiquant que le Canada ne tolérera pas ce type d’activité et fera tout ce qui est en son pouvoir pour contrer la menace persistante qui pèse sur la sécurité nationale du Canada et sur l’ensemble de la population canadienne.
La manière dont un réseau de solidarité visant à sensibiliser le public à la cause des prisonniers politiques palestiniens constitue exactement une telle « menace » reste inexpliquée.
Le 30 mars de cette année, trois jours après que la base de données du gouvernement fédéral eut répertorié Samidoun comme « dissoute pour non-conformité », le parlement israélien a adopté un projet de loi ethno-nationaliste sur la peine de mort imposant l’exécution par pendaison aux Palestiniens reconnus coupables d’avoir tué des Israéliens dans le cadre d’actes « terroristes ». La même peine ne s’appliquera pas aux Israéliens juifs qui tuent des Palestiniens.
Lorsque le projet de loi a été adopté, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir — un ethno-nationaliste intransigeant et l’une des figures les plus puissantes d’Israël — a célébré l’événement à la Knesset avec une bouteille de champagne. Il s’était auparavant filmé devant une potence tout en menaçant de mort les « terroristes ». Au cours des mois qui ont précédé le vote, Ben-Gvir et d’autres parlementaires ont porté des insignes en forme de nœud coulant à leur revers pour promouvoir l’exécution massive de Palestiniens.
Le gouvernement canadien a critiqué ce projet de loi raciste prévoyant la peine de mort par pendaison. La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a souligné qu’il « vise systématiquement les Palestiniens » et « s’ajoute à une liste croissante de mesures qui encouragent la violence illégale des colons tout en déshumanisant le peuple palestinien ».
Ces paroles sonnent creux. La même semaine, le Canada a dissous de force un important réseau de soutien aux prisonniers politiques palestiniens. Cette mesure s’inscrivait dans le cadre d’une campagne menée depuis des années visant à saper la solidarité avec la Palestine au Canada par le biais de la censure, de la perte d’emploi, de campagnes de dénigrement, d’intimidations étatiques et non étatiques, de la criminalisation ciblée et de violences policières manifestes.
Les critiques du Canada à l’égard de certains aspects grotesques de la politique israélienne n’ont guère de sens alors que le gouvernement soutient fondamentalement un système de dépossession et de domination ethno-supremaciste qui dure depuis des décennies. Ce soutien se manifeste par des transferts d’armes, un appui diplomatique et la répression de la solidarité avec la Palestine sur son propre territoire.
La criminalisation de Samidoun a démantelé un réseau clé de solidarité avec les prisonniers palestiniens au moment même où cette solidarité est la plus nécessaire.
Ottawa peut exprimer autant qu’elle le souhaite ses objections face aux horreurs du projet de loi israélien sur les exécutions. Cela ne change rien au fait que le Canada est profondément impliqué dans les conditions qui ont rendu une telle loi possible.
Owen Schalk est l’auteur de Targeting Libya : How Canada went from building public works to bombing an oil-rich country and creating chaos for its citizens, une exploration du rôle crucial mais méconnu du Canada dans l’histoire de la Libye, désormais disponible chez Lorimer Books.
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