Édition du 11 mai 2021

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Québec

La PCU a bon dos

Dans l’édition du 16 janvier 2021 du Journal de Montréal, le chroniqueur économique Michel Girard reprend le refrain qu’on chantonne dans les milieux de droite, y compris bien sûr au sein du cabinet Legault : le PCU a permis a un travailleur admissible sur quatre au Québec de gagner un revenu supérieur à celui qu’il reçoit "normalement".

"On conviendra que cette générosité fédérale (offrir une PCU supérieure à votre salaire) n’a aucun bon sens", ajoute-t-il.

Il insiste sur le fait que ce sont les contribuables canadiens qui devront en fin de compte payer la facture de la "généreuse PCU". Par exemple, il était plus payant pour les 15-24 ans de toucher la PCU que de revenir sur le marché du travail et d’empocher alors un revenu moindre.

Quel scandale ! Voilà que les sans emplois admissibles se sont offert du bon temps au détriment des pauvres employeurs. Ils ont profité sans vergogne de la générosité gouvernementale (motivée en fait plutôt par le souci d’éviter un effondrement économique que par celui de sortir les gens du pétrin) et ont privé par le fait même les entreprises agricoles d’une précieuse main d’oeuvre d’habitude fournie par des paysans guatémaltèques.

On se souvient que des ministres du gouvernement Legault et des commentateurs économiques ont déploré cette situation à l’époque. Pourtant, durant plusieurs années, ces mêmes critiques n’ont guère formulé de condamnations à l’endroit des largesses de l’État à l’égard des entreprises et des groupes financiers. Au contraire, on a présenté durant deux ou trois décennies nos gens d’affaires comme des citoyens supérieurs à qui la collectivité québécoise était redevable de sa "prospérité" et de l’allant économique du Québec. On incitait les travailleurs et travailleuses, avec ou sans emploi, à se ranger derrière eux et à les appuyer dans l’impitoyable concurrence internationale et la conquête de nouveaux marchés. Onleur prêchait l’austérité et le sacrifice. Résultat : durant toute cette période (du milieu des années 1980 à la fin de la décennie 2010 environ), beaucoup de travailleurs et de travailleuses en ont bavé !

Le changement de cap d’Ottawa pour ce qui regarde l’indemnisation du chômage durant le printemps et l’été 2020 a heurté la sensibilité de ces parangons du capitalisme débridé. Imaginez : pour une fois, certains sans emplois disposaient enfin d’une possibilité de choix. La plupart des gens concernés ont préféré toucher une prestation assez substantielle au lieu de se transformer en sous-prolétaires au service d’entrepreneurs agricoles. Leur réaction était pourtant normale et légitime.

Dans une société dont la norme économique est la maximisation du profit, les nouveaux chômeurs ont choisi l’option qui leur rapportait le plus. Logique ! Tant pis pour les entrepreneurs agricoles !

Les contribuables canadiens vont devoir éponger la PCU ; c’est vrai. Mais les prestataires aussi, puisque la PCU est imposable. Ce que le gouvernement libéral de Justin Trudeau leur a donné d’une main, il va en reprendre une partie de l’autre. Hausse d’impôt en vue pour tout le monde au printemps prochain !

Il faut convenir que la rareté de la main d’oeuvre aux champs à l’été 2020 a mis plusieurs entreprises agricoles dans leurs petits souliers (ou sabots). Mais pour des gens sans expérience ou sans affinités avec le secteur du travail agricole, se transformer du jour au lendemain en "casseurs d’épis de maïs" ou en cueilleurs de fraises n’a rien d’évident. Il y faut une certaine expérience du travail manuel et l’endurance nécessaire. Même en l’absence de PCU, il n’est pas du tout certain qu’une main d’oeuvre contrainte et improvisée aurait démontré une très grande productivité aux champs. La rentabilité des entreprises agricoles en aurait été diminuée par rapport aux années antérieures.

Pour finir, j’inviterai monsieur Michel Girard et ses pareils à abandonner temporairement leur emploi bien rémunéré et confortable pour aller s’embaucher l’été prochain comme cueilleurs dans une entreprise agricole. Qu’ils mettent en pratique eux-mêmes les principes qu’ils défendent !

Jean-François Delisle

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