Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

La FFQ : pour un féminisme collectif

De façon cyclique, la FFQ est accusée de ne pas promouvoir un féminisme collectif.

Que cette accusation vienne d’Éric Duhaime, défenseur auto-patenté de la lutte féministe (rappel : le 8 mars 2018, ce dernier a demandé l’abolition de la journée internationale des droits des femmes ) ou d’autres, elle est récurrente et appelle à une ré-affirmation du sens de notre combat féministe.

Ce procès est aussi le reflet d’une discussion constante entre deux visions du féminisme : le “féminisme universaliste” et le féminisme intersectionnel”.

L’argument principal avancé par les tenants du féminisme universaliste est qu’en luttant pour les femmes les plus marginalisées, nous ne pouvons pas représenter l’ensemble des femmes. Nous disons que c’est tout le contraire.

La défense des femmes les plus marginalisées comme priorité pour une lutte féministe systémique

Le sexisme, tout comme le racisme est un système. Si le sexisme se manifeste explicitement pour les femmes qui cumulent différentes oppressions (lesbianophobie, capacitisme, racisme, islamophobie), cela dit tout de l’adaptabilité du système sexiste dans une société. Cela dit tout de la persistance des reliquats du patriarcat et de l’impérialisme qui structurent encore notre société.

Quand nous ne mettons pas les luttes des femmes marginalisées au centre, ces dernières sont oubliées et les systèmes d’oppression se perpétuent.

Et cela, l’histoire l’a mille fois montré :

Les luttes pour l’avortement et la contraception libre et gratuite ont longtemps abandonné les stérilisations forcées touchant principalement les femmes autochtones, handicapées et racisées. En novembre 2018, le monde se scandalisait en apprenant qu’en 2017, au Canada, des femmes autochtones subissaient encore des stérilisations forcées.

La lutte pour le droit de vote au Québec a abandonné les femmes autochtones. Alors que les québécoises ont obtenu le droit de vote le 25 avril 1940, les femmes autochtones n’ont eu le droit de vote que le 2 mai 1969 au Québec, soit près de 30 ans plus tard.

La revendication sur l’équité salariale, se fondant seulement sur la statistique « les femmes gagnent 85% du salaire des hommes » a abandonné les femmes racisées qui gagnent 57% du salaire des hommes seulement. Elle a aussi abandonné les femmes en situation de handicap, exclues du marché du travail.

La lutte contre les violences faites aux femmes qui trop souvent fait le jeu du racisme en ciblant des communautés culturelles alors même qu’aujourd’hui, au Québec, le domicile reste l’endroit le plus dangereux pour les femmes.

Cette même lutte qui refuse encore de fournir des services aux femmes transexuelles et aux femmes dans la prostitution/industrie du sexe au prétexte que ces femmes ne rentreraient pas dans le champ de “l’acceptabilité”.

Que ces femmes situées aux marges subissent ces discriminations et ces violences dit tout de l’adaptabilité du système sexiste qui trouve encore refuge contre elles.

Laisser des femmes derrières pour le seul bénéfice de la majorité ne garantit pas la préservation des droits du plus grand nombre

Et pourtant, abandonner des femmes aux marges pour le seul bénéfice de la majorité ne garantit pas la préservation des droits des femmes de la population majoritaire.

Les systèmes inégalitaires sont toujours là, et il suffit d’un gouvernement conservateur pour que les acquis s’effondrent et que les femmes les plus privilégiées soient à leur tour rattraper par les inégalités.

Là où les conservateurs ont gagné du terrain, cela s’est traduit par une remise en cause de la lutte contre les violences envers les femmes.

Dans un contexte global où le conservatisme progresse, nous devons rester vigilantes et mettre la défense des femmes les plus marginalisées au centre de nos luttes. Celles-ci sont les premières à payer le prix des reculs démocratiques et de nos droits fondamentaux.

Nous le voyons en ce moment avec un projet de loi sur l’interdiction des signes religieux qui entend utiliser une clause dérogatoire pour aller à l’encontre de la charte canadienne des droits et libertés.

Comme le disait Simone De Beauvoir : “il suffit d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en cause”

Pour une lutte systémique contre le sexisme, soutenez la FFQ : notre union fait notre force.

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