Édition du 18 juin 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Point de mire du 7 mai 2019

La classe dominante n’hésite pas à réprimer et à criminaliser les mouvements sociaux

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

Les élections fédérales approchent à grands pas et André Frappier brosse un panorama des enjeux qui se dessinent à l’horizon de l’automne prochain. Chute importante du PLC et du NPD, modeste remontée des Conservateurs, percée des Verts et virage identitaire du Bloc québecois sont au menu de ce tableau. André Frappier appelle à ne pas laisser à la droite le champ politique fédéral. Il suggère « qu’il faut lier nos luttes contre l’austérité et pour l’environnement, dans le respect des peuples autochtones et avec la compréhension que l’indépendance du Québec est un pas en avant vers un changement de société qui modifiera le rapport de force du mouvement ouvrier, mais pas seulement au Québec. »
 
L’affaire SNC-Lavalin pèse lourd sur le PLC et la politique canadienne. Il est important d’en comprendre les enjeux. Olivier Monnier retrace l’historique de cette multinationale de l’ingéniérie, la culture de corruption qui a guidé l’entreprise depuis des années et les effets de cette crise sur la scène politique fédérale.
 
Une coalition écologiste réclame un « New deal vert » au Canada. La mouvance « capitalisme vert » qui prétend que la crise climatique peut trouver des solutions dans le cadre du système actuel appelle au « courage politique » comme solution au blocage actuel. Comme si les intérêts corporatifs ne donnaient pas le ton à toutes décisions dans la société actuelle. Comme si les banques allaient lever le nez sur des milliards de dollars de profits potentiels dans les énergies fossiles. Pour les membres de cette coalition, il suffirait qu’un nombre suffisant de personnes « rejoint le mouvement, (et) nous rassemblerons le poids démocratique nécessaire pour faire avancer nos dirigeant·es dans la bonne direction. » Il s’agit là d’une illusion. Pour sauver la planète, il faut sortir du capitalisme, titrait un auteur écologiste connu. [1]
 
Au Canada anglais, la lutte pour la survie de l’usine GM d’Oshawa se poursuit. Dans le cadre de l’événement « Nationalize General Motors : Oshawa’s Green New Deal », Kevin Taghabon relate le lancement d’une campagne populaire visant à encourager le gouvernement à prendre des mesures à GM Oshawa. La principale revendication de la campagne est que GM Oshawa soit « nationalisé sans compensation et placé sous le contrôle démocratique des travailleurs et travailleuses ainsi que de la communauté ». Plusieurs organisations syndicales appuient la démarche, notamment le Syndicat des travailleuses et des travailleurs des postes (STTP) qui y voit une occasion de fournir une flotte de véhicules.

Sur la scène internationale

Gaza, Soudan, France demeurent les points chauds de la planète. Nous en avons tenu compte dans notre recension d’articles. Les thèmes retenus cette semaine sont le féminisme : les violences en Bolivie et la place des femmes au Soudan , les répressions policières à Gaza et en France, les élections européennes et des réflexions sur le racisme et l’immigration.

Pour le féminisme
Concernant les mobilisations au Soudan

Révolution au Soudan : les femmes sont en première ligne comme toujours

Depuis le 6 avril, il y a occupations du quartier général de l’armée. Les hommes sont présents, font du bruit mais les femmes aussi sont là comme soutien, autour du petit café, ou dans la petite clinique. Et les femmes parlent, prennent la parole. Elles s’appellent « Kandaka » en hommage aux reines nubiennes qui luttaient pour leur pays. Elles sont d’autant plus présentes qu’elles font priorité dans la stratégie de répression policière. 45 femmes ont été arrêtées. « Néanmoins, un récent rapport de Human Rights Watch décrit comment les services de sécurité soudanais ont ciblé les femmes et les filles volontairement durant la répression. En vertu de la loi dite de « discipline générale », qui permet d’arrêter les personnes – principalement les femmes – qui s’habillent de manière jugée irrespectueuse, la « police de l’ordre public » a réprimandé et arrêté des manifestantes pour port de pantalon, cheveux trop apparents sous leur voile, ou encore pour être montées dans des voitures avec des hommes. » Mais bien des combats restent encore à mener : « Au cours des trois dernières décennies, l’ancien régime – très influencé par l’idéologie islamiste et notamment l’islam politique des Frères musulmans – a limité la présence des femmes dans l’espace public. »

Pour le féminisme
Concernant les violence en Bolivie

Une étude sur le féminicide révèle déficiences et impunités.

Les féminicides sont plus nombreux en Bolivie que sur le reste du continent. Pour réagir, une étude a été faite : « Cette étude sur « Le féminicide et l’impunité en Bolivie » réalisée par la clinique internationale des droits humains (IRHC) de Harvard, a été faite à la demande du groupe féministe Mujeres Creando. Elle analyse 200 cas de procédures pour féminicide, se concentre sur 10 d’entre elles comme exemples et les résultats devraient embarrasser ceux qui sont responsables de garantir et d’appliquer la justice. » Et les constats sont « L’étude recommande : d’appliquer le loi et les normes existantes, d’assigner des recours légaux, de supprimer les barrières de langue (racisme) et de genre (sexisme), que le processus se fasse au bon moment et dans les délais, que ceux qui sont en charge des affaires y soient formés correctement, d’affronter la corruption et, finalement, de travailler conjointement avec les organisations spécialisées en la matière. » Reste maintenant à appliquer ces mesures. Évidemment un dossier à suivre.

La répression policière
Concernant Gaza

Le soulèvement du ghetto de Gaza

Une seule citation pour résumer un article mais qui dit tout : « Un pays qui est établi sur la mémoire des ghettos, qui a sanctifié cette mémoire il y a quelques jours seulement, détourne les yeux du ghetto beaucoup plus grand qu’il a construit de ses propres mains et ne veut pas voir, à une heure du centre de ce pays. Un pays qui s’est établi dans une lutte sanglante ne reconnaîtra pas la justesse de la lutte d’un autre peuple et se demande si ce peuple existe vraiment. Une société qui se considère exemplaire, qui s’est établie sur l’indifférence du monde à sa souffrance, fait preuve d’une insensibilité monstrueuse à la souffrance qu’elle cause.

La répression policière
Concernant le 1er mai en France

Happy Benalla’s day !!!

Pour la mise en contexte : « c’était il y a un an jour pour jour que l’agent de sécurité présidentiel avait usurpé les fonctions policières pour violenter un couple de manifestants, place de la Contrescarpe. Cette année, des Benalla il y en a partout dans Paris et dans les villes de provinces, et chaque manifestant est susceptible de subir la violence de ces miliciens qui agissent désormais en toute impunité » Des images valent parfois milles mots ; c’est pourquoi nous vous invitons à regarder celles qui accompagnent l’article. Elles sont criantes de vérité. Tout reste à venir en France même si la répression se durcit.

Les élections européennes

Ian Brossat : trois ruptures pour sauver l’Europe

Ian Brossat, candidat du Parti communiste français aux élections européennes analyse la situation autour de propositions trèes concrètes. Nous les avons alignées une après l’autre pour mieux synthétiser sa pensées. : « D’abord, nous souhaitons que les travailleurs d’Europe puissent enfin vivre de leur travail. Ensuite, nous voulons une Europe dans laquelle les services publics se développent, au lieu d’être en permanence sacrifié. Il faut en effet une troisième rupture sur la question de l’argent et de la répartition des richesses. Par ailleurs, nous souhaitons une politique de fermeté absolue vis-à-vis de l’évasion et de la fraude fiscales. Nous nous opposerons, comme nous l’avons toujours fait, aux traités de libre-échange. En revanche, pour ce qui est des humains, en l’occurrence des réfugiés, je considère que notre devoir est de les accueillir » C’est en fait à une autre Europe que nous convie Ian Brossat : une Europe plus juste, plus égalitaire. Dans ce même registre, nous vous invitons à lire ce manifeste en neuf chapitres sur justement ce que pourrait être une Europe progressiste.

Les élections européennes

Manifeste pour un nouvel internationalisme des peuples en Europe – Introduction

Pour un nouvel internationalisme des peuples en Europe - chapitres 1, 2 et 3

Pour un nouvel internationalisme en Europe - chapitres 4 à 6

Manifeste pour un nouvel internationalisme des peuples en Europe -Chapitres 7 à 9

Comme dernier thème, nous avons choisi l’immigration, le racisme et l’islamophobie.

Intervention à l’hommage pour les victimes de l’attentat suprématiste blanc de Christchurch (22/03/2019)

Dans cet hommage, l’auteur caractérise les stratégies de l’extrême droite ; d’abord le discours islamophobe diffusé dans les médias à un population pauvre, précaire, sans avenir. « Le premier fruit du grand remplacement est la production d’un climat angoissant, d’une atmosphère apocalyptique, d’une ambiance de dangerosité immédiate suscitant des volontés d’agir c’est-à-dire des passages à l’acte individuel ou collectif. Le second fruit du grand remplacement est la construction de cibles constituées des pseudo-envahisseurs : les Roms, les juifs, les musulmans et les noirs. C’est la raison pour laquelle la romophobie, la négrophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie constituent les visages contemporains du racisme qu’il convient de combattre tels quels et non par un discours abstrait et général sur le racisme. » Voilà pour les stratégies ultra-droitières. L’auteur conclut : « Prenons ensemble l’engagement de ne plus faire un seul pas en arrière face à la bête immonde. »

Concernant l’immigration, le racisme et l’islamophobie.
Immigration et lutte des classes (encore de Saïd Bouamama)

Immigration et lutte des classes

Nous avons déjà retenu cet article la semaine dernière. Mais nous insistons sur sa pertinence. L’auteur situe son article au coeur des problématiques sur l’immigration et affronte le préjugé les plus fréquent. Ce préjugé de vol de travail ne sert que le patronat pour baisser les salaires et les conditions de travail. S’en suit toute une explication historique de la création de cette mise en concurrence des travailleurs et travailleuses. Est ainsi mis en lumière le fait que : « L’unité de la classe ouvrière n’est donc pas une donnée première mais au contraire le résultat d’un travail politique et idéologique d’unification. »

Pour le patronat l’immigration est une nécessité non seulement en terme de nombre mais aussi en terme de mobilité et de flexibilité.Trois idées synthétisent la pensée du patronat : « 1) Les travailleurs nationaux sont trop organisés et combatifs pour leur imposer une baisse des salaires et des conditions de travail ; 2) Ils sont trop attachés aux droits liés à un métier et au fait d’avoir un logement décent ; 3) Il faut donc constituer une nouvelle strate inférieure dans le monde du travail » L’auteur s’achemine vers une conclusion à méditer à savoir : « La frontière de la nationalité est ici utilisée pour masquer la frontière de la classe sociale. A la division entre un « nous » ouvrier et un « eux » capitaliste est substituée un clivage entre un « nous » national et un « eux » immigré. »

Bonne lecture


[1Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Seuil, 2009, 160 p.

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