Édition du 22 septembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Coronavirus

La planète s’est arrêtée

L’univers tel que nous l’avons toujours connu est en train de basculer. La crise mondiale de santé publique qu’on appelle pandémie, approfondie par une récession déjà annoncée qui égalera celle de la grande dépression, conduiront à amplifier la pression du grand capital contre la population.

Ceux et celles qui croyaient au développement infini malgré les limites de la planète, font maintenant face à un mur, mais ne l’admettront jamais. Ceux et celles qui ont refusé de voir venir cette crise, pandémique, économique et sociale dont les annonces se multipliaient de toutes parts, épidémies globales multiples, récession rampante, ceux qui contre toute logique, ont orchestré les attaques antisociales au détriment des services publics, ceux-là ne doivent plus diriger.

Une crise de longue durée

Dans un texte publié par le Imperial College COVID-19 Response Team de Londres, portant sur l’ impact des interventions non pharmaceutiques (non-pharmaceutical interventions (NPI) ) pour réduire la mortalité due au COVID- 19 et la demande de soins, le collectif de trente et une personnes chercheures indique que la menace pour la santé publique que cette pandémie représente est la plus grave observée dans un virus respiratoire depuis la pandémie de grippe H1N1 de 1918 où il n’y avait pas non plus accès aux vaccins. Reprenant les paramètres qui avaient été appliqués et les conséquences effectives le groupe de recherche conclut que « Si les programmes intensifs de NPI visant la suppression ne sont pas maintenus, notre analyse suggère que la transmission va rapidement rebondir, produisant potentiellement une épidémie d’une ampleur comparable à celle qui aurait été observée si aucune intervention n’avait été adoptée. » Or le temps prévu pour la production d’un vaccin varie entre 12 et 18 mois.

Même si la propagation du virus peut être ralentie compte tenu de l’arrivée de températures plus chaudes et de la possibilité d’un médicament temporaire, la pandémie actuelle va approfondir la récession déjà annoncée et on ne peut se fier à la gestion néolibérale quelle qu’elle soit pour apporter des solutions pour la population.

Les services de santé au Québec et au Canada ont été les premières cibles des mesures d’austérité, avec l’éducation, au cours des dernières décennies par les différents Partis politiques au pouvoir. « En 2004, après la crise du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), le rapport du médecin David Naylor avait recommandé qu’on renforce considérablement les mécanismes qui régissent la santé publique au Canada. Quinze ans plus tard, la santé publique a au contraire été « affaiblie et marginalisée » dans plusieurs provinces canadiennes, selon un récent éditorial de la Revue canadienne de santé publique. »

En 2014 le gouvernement du Québec avait demandé aux directions régionales de santé publique de se départir de près d’un employé sur trois pour atteindre des économies de 30% des budgets prévus. (Le Devoir : La Santé publique menacée 4 novembre 2014). Le déficit zéro de 1999 a eu pour conséquence une réduction dans le personnel infirmier dont le Québec ne s’est jamais vraiment remis. Les politiques de la CAQ sont dans la même lignée.

Au-delà des particularités des partis, et il ne s’agit pas ici de juger du gouvernement Legault ni de la CAQ comme tels. Il faut considérer le potentiel de réussite de la gestion néolibérale à résoudre ou à trouver minimalement des solutions à une crise de longue durée dont ils ont toujours ignoré les causes et pour laquelle, au final, les solutions seront antisociales.

La planification sociale dont nous avons besoin, essentielle dans le cas présent, entre en opposition avec le développement capitaliste qui est par nature anarchique puisqu’il dépend d’intérêts privés. Les intérêts privés n’ont pas de conscience, ils sont déterminés par le rendement et le profit au détriment du bien-être de la planète et de l’humanité. Les fortunes colossales amassées par une minorité au prix de l’appauvrissement grandissant de la population et de la détérioration accélérée de l’environnement en sont la preuve. Et ce sont eux, au Canada comme partout dans le monde qui ont le rapport de force pour imposer leur volonté. Les restrictions budgétaires et les diminutions de services publics imposées à la population par le passé sont la conséquence de l’assujettissement des gouvernements à ces corporations et aux lois du marché qui deviennent leur bible.

Au Québec, on a bien vu à quel point aucun gouvernement n’a osé se confronter aux minières ni aux pétrolières. Et c’est toujours la pression des investisseurs, des banques et des agences de notation qui font loi.

La CAQ est héritière de cette politique et même si François Legault joue pour l’instant avec brio le rôle de « bon père de famille », il prendra les décisions que tout gouvernement néolibéral a toujours prises devant une crise économique et c’est la population qui portera le fardeau. L’imposition par décret de nouvelles conditions de travail au secteur public en est un signe avant-coureur. On ne doit jamais laisser tout le pouvoir à aucun parti à plus forte raison s’il est néolibéral.

Québec solidaire doit reprendre sa place

Un parti comme Québec solidaire ne peut se limiter à relayer les messages du gouvernement à respecter les règles de prévention comme celle du confinement, même si dans les circonstances cette attitude est la bonne à adopter. Il doit aussi jouer son rôle comme parti politique auprès de la population en faisant porter une analyse qui démontre les impacts de la gestion capitaliste comme responsable de la détérioration de la santé publique. Ce sont les combats que nous avons menés qui ont permis de résister en partie aux coupures incessantes dans notre système public de santé afin de faire place au secteur privé. Dans ce sens non, je ne suis pas d’accord avec la direction de QS : on n’a pas un système de santé fort, il est sur la corde raide et en péril.

Québec solidaire ne doit donc pas laisser de côté même temporairement nos droits démocratiques. Il doit jouer son rôle au parlement en y maintenant une présence minimale comme l’a fait La France insoumise. Dans un de ses discours hebdomadaires diffusés sur clips vidéos, Jean-Luc Mélanchon explique que si la démocratie ne peut s’exprimer en temps de crise à quoi sert-elle ? Il a ainsi revendiqué une diminution proportionnelle pour chaque parti politique au Parlement Français, proposition qui a été acceptée.

Québec solidaire doit maintenir la ligne ouverte. Comment peut-il intervenir si le parlement ne siège pas. France insoumise vient de proposer 11 mesures d’urgence qui ne sont pas rencontrées actuellement. Une telle attitude permettrait à Québec solidaire d’avancer ses propositions et de ne pas laisser tout le terrain au gouvernement Legault. Il pourrait intervenir et s’opposer au décret que le gouvernement vient d’imposer aux travailleurs et travailleuses du secteur de l’éducation. En avançant ses revendications, il pourrait rendre vivante notre campagne pour la transition environnementale solidaire même si la direction du parti a suspendu l’Ultimatum 2020. Cette crise sanitaire est liée au processus de destruction de notre rapport à l’environnement, il est essentiel de maintenir notre campagne environnementale et de rester mobiliseéEs sur le terrain de la lutte climatique.

Québec solidaire doit demeurer vivant, les membres doivent pouvoir poursuivre les échanges et les discussions au niveau des associations et des collectifs et doivent pouvoir se prononcer et faire des recommandations à partir des instances de base par rapport à la situation actuelle. Il faut éviter l’isolement et promouvoir les rencontres en lignes.

L’avenir

Comme l’a écrit à juste titre Guillaume Hébert dans son texte publié par IRIS, « Le retour à la normale n’est pas une option. Il est peut-être temps de rompre avec l’approche qui se borne à créer un climat favorable à l’investissement de l’entreprise privée. Certes, des mesures d’aide aux petites et moyennes entreprises seront nécessaires dans les prochaines semaines. À plus long terme, l’État doit cependant songer à prendre en charge les secteurs clés de l’économie dans une perspective de démocratisation. L’économie néolibérale financiarisée a permis à une classe très restreinte d’individus d’accumuler des fortunes colossales, mais n’a pas servi l’intérêt collectif. »

La proximité des États-Unis et l’inconscience de son président ainsi que la problématique internationale que la pandémie soulève nous font réaliser à quel point il est l’important d’avoir une conception globale et internationaliste de la lutte sociale et environnementale. Pour sauver la planète ces luttes doivent déboucher sur la construction d’un réseautage international solidaire.

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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