Édition du 12 novembre 2019

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Éducation

La réplique › Financement des universités - Des chiffres qui ne valent rien !

Encore une fois, l’ancien recteur de l’Université de Montréal, M. Robert Lacroix, reprend le crachoir pour dénoncer le sous-financement des universités et inciter le gouvernement à appliquer le seul remède auquel il puisse penser, une hausse draconienne des droits de scolarité. Il le fait encore en se basant sur la même étude tendancieuse que la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) avait dénoncée à l’époque dans une note d’information. Comment les recteurs ont-ils triché à l’examen ?

L’auteure est présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Or, ni M. Lacroix, ni la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) ne sont revenus sur les critiques que nous avons apportées à cette « étude sérieuse », aux nombreux manques en ce qui a trait à la méthodologie et à l’oubli de nombreuses données. Afin de répondre à un impératif idéologique pour gonfler leurs revenus, endetter les étudiants, les recteurs avaient menti à ces derniers ainsi qu’à la population. En gros, si cette étude avait été soumise à une revue scientifique, elle n’aurait pas passé l’étape de la révision par les pairs et ne vaudrait même pas une publication.

Comme l’expliquait dernièrement un ancien vice-président de la FEUQ en ces pages, lors du premier constat de sous-financement, la FEUQ avait appuyé la CREPUQ dans sa revendication. Nous lui avions fait confiance à l’époque. Or, depuis, les scandales de mauvaise gestion universitaire se sont multipliés, l’octroi d’augmentations de salaire et d’avantages financiers aux hauts dirigeants administratifs est devenu monnaie courante et des décisions budgétaires plus que douteuses comme des campagnes publicitaires disproportionnées se prennent an après an. Le train de vie princier que s’accordent certains recteurs rendrait jaloux n’importe quel ministre du gouvernement.

Mais revenons sur les chiffres de la mise à jour de cette fameuse étude. Ils datent de 2007 et non pas de 2010, comme le prétend M. Lacroix, soit quatre ans après celle de 2003. En 4 ans, nous sommes donc passés, selon cette « sérieuse étude », de 300 millions à 620 millions $ de sous-financement, plus du double. Même un système collusionnaire ne pourrait expliquer que nous faisions doubler en quatre ans un sous-financement.

De plus, depuis 2007, les étudiants ont subi une augmentation d’environ 35 % de leur facture étudiante (si l’on tient compte des frais institutionnels obligatoires et des droits de scolarité) et le gouvernement a lui-même réinjecté de l’argent. Des centaines de millions de dollars sont donc de nouveau disponibles pour les universités. Mais, selon M. Lacroix et les recteurs, ce n’est toujours pas suffisant. Dans un contexte de restriction budgétaire, quelle est leur contribution ?

Ne pourrait-on pas couper dans le gras ? Que nenni ! nous répond M. Lacroix. Nous sommes au dernier rang pour le financement universitaire, selon une étude ontarienne qu’il cite. Or, la dette de la seule Université de Toronto englobe l’ensemble de celle des universités québécoises. Si c’est la misère en Ontario, imaginez la situation du Québec. Paradoxalement, les droits de scolarité sont le double de ceux du Québec. On devrait se poser des questions sur le remède tant vanté de l’ex-recteur de l’Université de Montréal.

Examen du vérificateur

Pourtant, il y en a, du gras. En réduisant l’augmentation des dépenses administratives qui ne sont pas en lien avec l’enseignement et la recherche à 3 % par année, la FEUQ avait trouvé, ô grandiose miracle, 190 millions, plus qu’il n’en fallait pour combler le soi-disant manque à gagner venant d’un gel des droits de scolarité. Si la FEUQ peut trouver 190 millions, que pourrait y trouver le vérificateur général du Québec ? Un tel examen nous donnerait à tout le moins un portrait exact de la situation financière des universités québécoises. On remettrait les pendules à l’heure, au lieu de s’appuyer sur des études boiteuses indignes de l’élite intellectuelle du Québec.

Tout comme M. Lacroix, les étudiants ont à coeur la qualité de l’enseignement qui est prodigué par les universités du Québec. Nous voulons que la recherche universitaire québécoise soit mondialement reconnue. Nous voulons, pour reprendre un slogan passé d’une université québécoise, briller parmi les meilleurs. Mais cela ne peut se faire, ne se fera pas en endettant les étudiants et leurs familles, tandis que les recteurs, eux, chantent pendant que leurs universités brûlent… toujours selon leurs « études sérieuses ».

Martine Desjardins

Présidente de la FEUQ

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