Édition du 24 mai 2022

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Environnement

Le nouveau visage du racisme environnemental au Québec

La Terre est malade et ses peuples aussi. Malgré les cris du cœur, on ne nous écoute pas. La récente annonce du gouvernement du Québec à repousser pour la deuxième fois sa stratégie pour le rétablissement du caribou est un bon exemple. C’est une peine de mort pour les hardes de caribou. C’est un affront direct aux communautés autochtones pour qui le caribou joue un rôle fondamental : nourricier, culturel et spirituel. L’absence d’action utile au rétablissement du caribou, l’absence de réel dialogue et l’absence d’écoute des Peuples autochtones viennent envenimer davantage la situation.

Tiré du site de Greenpeace Canada.

Les droits des Autochtones

Comme l’exige la Constitution canadienne et tel que confirmé par la Cour suprême du Canada, les gouvernements fédéral, provinciaux et municipaux ont l’obligation constitutionnelle de consulter et d’accommoder les communautés autochtones lorsqu’ils envisagent des mesures susceptibles d’avoir un effet préjudiciable sur leurs droits. Or, depuis le déclin des populations de caribou dès 1980, les communautés autochtones n’ont cessé de proposer aux gouvernements des solutions concrètes pour protéger les caribous. À ce jour, très peu de leurs propositions ont été retenues et appliquées, au détriment des populations de caribou. Par l’inaction et l’inertie du gouvernement du Québec, les droits ancestraux des peuples autochtones sont largement bafoués.

L’écoute sélective

Aujourd’hui, on voit de nombreux gouvernements faire de l’écoute sélective. Ils utilisent la science lorsque cela les avantage, mais ignorent l’avis de leurs propres experts, voire insultent les scientifiques lorsque cela contredit leurs intérêts politiques.

Lorsque c’est le temps de consulter les peuples autochtones, ils préfèrent le faire en aval des projets ou même pas du tout. Lorsqu’il y a consultation toutefois, cela ressemble plus souvent à des séances d’information, unidirectionnelles et paternalistes. Il semble plus facile de jouer à l’autruche que de démontrer un vrai leadership.

La savoir traditionnel

Avec une présence immémoriale et une connaissance empirique plurimillénaire du territoire, les savoirs traditionnels autochtones offrent un réel complément à la science moderne. Leurs connaissances en aménagement du territoire est telle que de nombreuses forêts autrefois gérées par des communautés autochtones présentent un degré élevé d’intégrité écologique et de capacité portante pour les populations humaines.

Les forêts abritent 80% de la vie terrestre et sont une source de subsistance pour 1.6 milliards de personnes dans le monde, dont certaines communautés autochtones du Québec. Or, les communautés autochtones sont parmi les plus frappées par les impacts des changements climatiques, et ce partout sur la planète. Ils agissent en tant que vraies sentinelles et il est en ce sens important de bien les écouter. Considérant leur expérience en aménagement et en protection du territoire, une grande part des réponses à la crise climatique et de biodiversité passe par la voix, le savoir et le leadership autochtone.

Le caribou réduit au silence

Le caribou est un indicateur clé de la santé des forêts. S’il est en déclin, il faut l’écouter. « Deten », écoute. C’est ce que disent les aînés anishnabe. « Adi e ijiwebak aki kak ? », qu’est ce qui se passe sur le territoire ? On sait pertinemment que c’est la perturbation du territoire et la perte d’habitat qui en est la cause. Enfermer les caribous dans des enclos et tuer tous les loups sur le passage n’est qu’un pansement. La seule espèce qui prospère à ce stade est l’abatteuse des forêts. Le paysage continue de se réduire en boue, tombes et monocultures, dépourvu de vie et d’espoir, ne laissant rien de plus que le silence total. Empêcher l’extinction du caribou dans la forêt boréale ne pourra se faire qu’avec un travail de réconciliation et en respectant les droits et besoins des peuples autochtones.

Le colonialisme persiste

Le gouvernement du Québec comme ailleurs au Canada, via certaines politiques discriminatoires, encourage la continuité d’un système colonialiste où l’accaparement de terres et des ressources, l’extractivisme et l’exploitation dominent. On peut mieux comprendre la perversité des choses lorsqu’on nous dit qu’une forêt couchée a plus de valeur qu’une forêt debout et qu’on ne veut surtout pas sacrifier un emploi dans le secteur forestier pour sauver un caribou.

Les gouvernements appellent cela de la création de richesse or, lorsqu’on vient puiser directement dans l’épicerie, la pharmacie et les terres des peuples autochtones, c’est une logique erronée qui opprime et appauvrit. On force les peuples autochtones à changer de régime et de mode de vie et le résultat est que les communautés en souffrent au niveau physique, mental et spirituel. Ce n’est pas que le caribou qui est menacé dans la forêt boréale, c’est toute vie qui en dépend.

Racisme systémique et environnemental

Les injustices environnementales, économiques et sociales ont en grande partie été causées par l’exploitation irréfléchie des territoires traditionnels où les droits et les pouvoirs des peuples autochtones ont été marginalisés ou érodés.

La Nation Anishnabe du Lac Simon est particulièrement touchée par un historique d’abus, d’exploitation des mineurs, d’enlèvement et de meurtres de femmes et enfants, et un appauvrissement systématique via la perte de leur territoire. Au Québec comme ailleurs au Canada, ne pas prendre en compte le point de vue des communautés autochtones sur la forêt constitue une forme de racisme systémique et environnemental.

Rappelons-nous de l’obligation qu’ont les gouvernements de reconnaître et de réparer les injustices passées et présentes subies par les Peuples autochtones, de respecter les droits ancestraux et issus de traités et de fournir un soutien approprié pour garantir le bien-être des communautés et des cultures autochtones. Pour ceci, l’écoute est primordiale. Écouter la science oui, mais intégrer les savoirs traditionnels autochtones aussi. Sauvons le caribou, tous ensemble, pour la santé du territoire et de ses populations.

Adrienne Jérôme

Adrienne Jérôme est Cheffe de la Première Nation du Lac Simon et porte-parole du Conseil des femmes élues de l’Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador (APNQL)

Christy Ferguson

Directrice Exécutive de Greenpeace Canada.

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