Il est vrai que la brutalité vécue à Gaza suscite une immense empathie, comme il se doit. Mais il est également vrai que ce qui se passe à Gaza se reproduit ailleurs dans le monde, adapté à la tolérance de chaque société et au niveau de résistance rencontré par l’oppresseur. Le seuil de tolérance à la souffrance des peuples arabes ou africains en Europe et en Amérique du Nord est scandaleusement élevé, surtout si l’on compare avec ce que ces mêmes sociétés pourraient supporter sur leur propre territoire. Ce qui se passe à Gaza pourrait se produire dans n’importe quel pays, à tout moment, même si la distraction dans laquelle vivent nos sociétés fait paraître cette option lointaine ou impossible.
Cependant, ce seuil de tolérance à la souffrance en Occident est mis à l’épreuve. Au cours des deux dernières années, nous avons constaté que la vie d’un Palestinien, sur le marché mondial des droits humains, a une valeur pratiquement nulle pour nos sociétés. Ni les gouvernements, ni la presse, ni une grande partie de l’opinion publique n’ont agi en fonction de l’ampleur de la souffrance infligée à la population de Gaza. De même, la vie des citoyens occidentaux assassinés par l’empire ou ses alliés vaut de moins en moins et suscite moins d’écho dans nos sociétés.
Parallèlement, les marges de répression s’élargissent en Occident, non seulement contre ceux qui manifestent en solidarité avec la Palestine — comme en Belgique ou en Allemagne — mais aussi contre d’autres secteurs de la société en fonction de l’origine, de la couleur de peau ou de l’orientation sexuelle. La montée des idées d’extrême droite, amplifiée par les réseaux sociaux d’Elon Musk ou par les médias servant de relais au pouvoir économique, n’est pas un hasard. Ces idées et leurs bras exécutifs — partis politiques, groupes de pression ou mouvements sociaux — ont cessé d’être marginaux pour devenir des instruments de lutte culturelle contre des sociétés diverses, profondément guidées par les droits humains et l’État de droit.
À ces mouvements s’ajoute une culture de déshumanisation de « l’autre » : gays, personnes trans, musulmans, juifs, Noirs, Latinos, immigrés, pauvres… Entre déshumanisation, pouvoir économique et soutien industriel et technologique, un pouvoir réel se consolide dans les rues, appuyé par les gouvernements et par une société « normale » qui accepte les événements sans esprit critique. Si l’on s’arrêtait pour réfléchir, on tremblerait pour ce que nos enfants pourraient devoir affronter.
Les technologies et dispositifs utilisés avec une extrême violence contre la population palestinienne sont appliqués de manière plus « conservatrice » aux États-Unis, dans le cadre de la persécution des immigrés menée par le gouvernement Trump. Exemple : les drones de l’entreprise américaine Skydio, bombardant à Gaza mais effectuant des tâches d’identification aux États-Unis.
Ces deux dernières années, l’élargissement des marges répressives en Occident, sans opposition effective pour les freiner, et la cruauté croissante d’Israël contre Gaza, ont progressé de concert, et pas seulement de façon métaphorique. Israël a montré jusqu’où peut aller un capitalisme sauvage aux ambitions suprémacistes, créant un précédent dangereux face à la complaisance de la communauté internationale, qui, malgré ses ressources, a choisi de détourner le regard.
À l’autre bout du monde, les États-Unis avancent vers un pays pour Blancs et de Blancs, avec une opposition croissante mais insuffisante. Utilisant la technologie israélienne et étendant la présence militaire dans différentes villes, d’abord contre les immigrés et potentiellement demain contre d’autres secteurs, l’objectif est de maintenir l’agenda MAGA via contrôle, ségrégation et répression sans concessions. La narration de Trump et Netanyahu à l’égard de leurs détracteurs est la même : animaux, déchets, êtres jetables, utiles uniquement dans leur déshumanisation pour consolider leurs bases et abrutir la population.
Le Canada n’échappe pas non plus. Sous l’administration Mark Carney, il a bénéficié de la vente d’armes israéliennes utilisées dans le génocide palestinien. Sous la pression de l’industrie militaire américaine, il a lancé des budgets militaires disproportionnés tout en coupant des programmes sociaux pouvant bénéficier à la majorité. Le Premier ministre canadien, dans ce contexte, se comporte comme un être humilié face au « bully » du sud, même si cela implique la souffrance de son peuple.
Dans ce contexte, où la narration et la pratique globales sont dictées par Israël et les États-Unis, avec une opposition faible des pays BRICS et autres non-alignés moins influents, une guerre ouverte et transparente contre les citoyens se profile. Ce qui se passe à Gaza représente le mal majeur ; ce qui se passe aux États-Unis, le mal moindre, bien qu’il puisse s’intensifier à tout moment, élevant le seuil de souffrance selon le besoin, pour diviser la société et créer des boucs émissaires, tandis que les marchés et leurs participants s’enrichissent.
Il serait extrêmement myope de ne pas voir que le monde en construction pourrait être pire que celui rêvé et exécuté par par le génocidaire Adolf Hitler. Trump et Netanyahu contrôlent, pour l’instant, le Maghreb, l’Europe, les États-Unis, le Moyen-Orient — sauf l’Iran — et le cône sud de l’Amérique latine. Les forts contre les faibles. Humiliés face aux puissants. L’expansion de l’empire continue. Elle ne pourra être arrêtée que depuis ses propres entrailles.
La guerre commerciale de Trump contre la Chine a montré que la Chine semble être le seul pays ayant une capacité réelle à affronter l’impérialisme américain. L’expansion de l’empire continue, et elle ne pourra être arrêtée que de l’intérieur.
Manuel Tapial
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