Édition du 4 octobre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le congrès de la Convergence Nationale : un événement à surveiller

Alors que beaucoup de gens semblent dire que le projet d’alliances entre les différents partis souverainistes est déjà mort et enterré et n’a plus vraiment beaucoup de chances de renaître, le congrès de la Convergence Nationale, qui se tiendra à Montréal, durant la fin de semaine du 24, 25, et 26 mai, sera un événement à surveiller de près.

Le thème est simple, mais le sujet n’en est pas moins crucial pour l’avenir des choses au Québec : " Est-il possible de travailler ensemble pour faire du Québec un pays ? ".

Ce qui rendra particulièrement intéressant ce congrès réside d’abord dans le fait que tout sera sur la table, sans restriction, par rapport à ce qui pourrait effectivement permettre, ultimement, de développer une plus grande coopération entre tous les différents partis souverainistes. Toutes les options pourront être débattues.

Mais un tel événement risque également d’être important à cause du large éventail de porte-parole et représentants qui y participeront.

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Ce qui frappe, d’entrée de jeu, est le fait qu’il y aura pas mal de leaders syndicaux. Les principales centrales syndicales sont connues pour être, depuis déjà un certain temps, en faveur d’une plus grande unité au sein du mouvement souverainiste. En soi, cela n’est pas surprenant. Les organisations syndicales connaissent très bien l’importance de l’unité dans la lutte.

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, de même que le secrétaire général de la FTQ, Daniel Boyer, de même Réjean Parent, ex président de la CSQ, ont tous trois confirmé leur présence au congrès.

Parmi les autres personnalités publiques ayant également confirmé leur présence, on peut noter les noms de Gabriel Nadeau-Dubois, et Guy Rocher. De nombreux artistes et représentants du monde artistique et journalistique, tel que Raymond Legault (de l’UDA), Paul Piché, Dominic Champagne, Alexis Martin, Emmanuel Bilodeau, Emmanuelle Jimenez, et Jean Hugues Roy, seront aussi là.

L’avocat Marc-Antoine Cloutier, qui est associé avec le bureau d’avocat Juripop, lequel est celui qui a pris en charge la défense des gens arrêtés lors du printemps érable, l’an dernier, sera également présent.

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On peut également ajouter le nom de Francois Saillant. À noter le fait que monsieur Saillant est non seulement le coordonateur du FRAPRU, mais aussi un porte parole connu de Québec solidaire ; au congrès, il sera du reste un des rares représentants des trois grands partis souverainistes à être sur place.

C’est quand même intéressant quand on songe à tout le flot de commentaires plutôt désobligeants qui déferle depuis déjà un certain temps contre Québec solidaire, sur les réseaux sociaux, alors que le PQ se dit toujours officiellement contre toute forme d’alliances et n’a pas daigné déléguer aucun représentant officiel. Du côté d’Option Nationale, il faut par contre souligner que Catherine Dorion sera également là.

On peut être contre la récente décision prise en congrès par Québec solidaire de refuser toute alliance, d’ici aux prochaines élections, et nous en sommes. Cette position, qui ne date pas d’hier, était une erreur et le demeure toujours aujourd’hui, à nos yeux. Il est en même temps à espérer qu’un maximum de gens dans Québec solidaire finiront par le comprendre. Il faut aussi espérer que cela se fera plutôt tôt que tard. Il nous semble tout autant important de ramener les choses dans une plus juste perspective, quand il s’agit de parler d’alliances, car chacun des trois partis, que sont le PQ, QS, et ON, ont tous des torts dans ce dossier.

Il faut également souligner le fait que ce refus de faire des alliances, telle que finalement revoté par le congrès de Québec solidaire, n’était pas la position de départ défendue par la direction de Québec solidaire. Françoise David l’avait clairement fait savoir, dès le vendredi soir, à l’ouverture du congrès. Au sortir du congrès, et en tout respect pour ce que le congrès venait de décider, elle n’avait pas eu le choix que de se plier devant cette même décision, ce qu’elle fit d’ailleurs.

Du reste, le point final est encore loin d’être mis sur toute cette histoire et, comme tout le monde sait, rien n’est jamais décidé pour toujours en politique. Ce qui prévaut aujourd’hui, peut très bien devenir caduque demain, même si cela fait vingt fois qu’on en parle. Un NON aujourd’hui, peut toujours devenir un OUI demain. Nous le savons tous et toutes. Alors ...

Le Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ) déléguera, pour sa part, lors du congrès de la Convergence Nationale, un de ses principaux porte-parole, soit Jocelyn Desjardins. Lauréanne Daneau, qui est également associé au NMQ, y sera aussi. Le NMQ s’était déjà fait connaître en 2012 en lancant, juste avant le déclenchement des élections, la pétition pour un "Front Uni", laquelle pétition avait eu très rapidemment un très vif succès.

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À ce congrès, il y aura, comme vous avez déjà sûrement remarqué, beaucoup de gens de gauche ; il y aura également des gens beaucoup plus associés au spectrum politique de la droite, tel Joseph Facal. Certains y iront pour réaffirmer leur adhésion au principe d’une alliance, d’autres, au contraire, expliqueront plutôt pourquoi ils sont contre, ou pourquoi cela n’a aucune chance de marcher, ce qui revient, en fait, à dire à peu près la même chose. Cela paraît juste moins mal.

On notera, qu’en général, les objections rencontrées jusqu’ici, face aux différentes idées pour une alliance, venaient souvent de la droite politique. Surtout au PQ. Il faut en même temps reconnaître qu’au sein de la gauche politique, il y a aussi de fortes réticences. Ce qui est le plus ironique dans tout cela réside dans le fait que les objections des uns, à droite, ressemblent presqu’à chaque coup, aux objections des autres, à l’autre bout du spectrum politique, soit à gauche, et surtout chez certains courants qu’on pourrait qualifier d’extrême gauchistes.

Autant certains, à droite, disent avoir peur que les alliances profitent d’abord à la gauche ; autant, à gauche, on répète que ces alliances profiteront ultimement à la droite et que ce sont les forces de gauche qui finiront par mordre la poussière. Chose certaine, le sectarisme n’est certainement pas l’apanage d’un seul côté.

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On ne serait interpréter autrement, d’autre part, cette soudaine remontée des attaques anti-communistes dans les médias sociaux. Un peu partout, on semble vouloir nous préter, à nous, le Parti communiste, un rôle et une influence que nous n’avons pas. Sans doute, dans certains milieux, hostiles à toute idée d’alliances, certains se sont dit qu’on devrait ressortir les vieilles peurs sur le communisme pour freiner les ardeurs des autres, toujours par rapport aux projet d’alliances. Et comme le PCQ fait partie de Québec solidaire, et comme il existe déjà certaines peurs, auprès de certaines sections de l’électorat par rapport au fait que le programme de Québec solidaire serait beaucoup trop "radical", alors ils ont sauté sur cela.

Les plus récents sondages, faisant en même temps état d’un morcellement grandissant du vote souverainiste, marqué en même temps par une progression nette des intentions de vote, du côté de QS, et d’ON, créent à n’en pas douter des tensions tout aussi grandissantes. Surtout du côté de ceux et de celles, au sein du mouvement souverainiste, qui s’évertuent toujours à trouver des excuses pour dire non à tout projet d’alliance, mais qui s’inquiètent en même temps — et c’est bien normal — de ce qui pourrait se passer lors des prochaines élections.

Le retour du PQ vers des positions plus clairement campées à droite, n’aide pas non plus.

Autant, au sein de certains milieux plus associés au PQ, que d’Option Nationale, on peut présentement lire sur le web toutes sortes de références au fait qu’une éventuelle alliance entre toutes les forces souverainistes pourraient ultimement faire basculer le Québec vers un régime policier, dirigé par des communistes, avec des goulags, etc. J’exagère à peine.

Ceux et celles qui écrivent de telles choses n’ont évidemment pas lu notre programme politique, ou s’ils l’ont fait, n’oseraient évidemment pas parler de ce qu’il contient et de ce que nous proposons vraiment, parce que tout leur propos deviendrait du même coup complètement ridicule. Ils s’en trouvent même pour dire que nous serions de dangereux fédéralistes recyclées en soit-disant souverainistes, pour mieux tromper tout le monde. Comme si un retour aux vieilles méthodes de l’Inquisition et des chasses aux sorcières allait aider le mouvement souverainiste à se sortir des problèmes actuels.

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Le plus absurde dans tout cela est le fait que le PCQ, loin d’être un facteur de division, est très certainement, et ce malgré sa petitesse, une des forces politiques qui est le plus associé à la lutte contre le sectarisme, d’où qu’il vienne. Le PCQ est associé aux tous premiers efforts pour bâtir au Québec l’unité des forces de gauche, un processus qui commenca dès le début des années 2000, et qui culmina finalement, en 2006, avec la création de Québec solidaire.

Ses premiers appels en faveur d’une alliance de toutes les forces souverainistes, toutes tendances confondues, à l’exception des forces d’extrême-droite, remontent d’autre part à 2009. Soit déjà 4 ans ! On n’a du reste qu’à consulter notre site internet pour voir à quel point nous accordons de l’importance à cette question.

Nous sommes également toujours très respectueux par rapport à tous ceux et celles qui, au sein même du mouvement souverainiste, ou de la gauche, peuvent avoir des positions différentes. Nous sommes et serons toujours parmi les plus fervents défenseurs de l’unité. Tous ceux et celles qui nous connaissent, ou ont eu à travailler avec nous, le savent.

Si le PCQ était d’autre part aussi puissant et influent que certains voudraient nous faire croire — ce que nous aimerions être cependant —, il me semble que les appels pour une plus gande coopération entre toutes les forces souverainistes seraient beaucoup plus entendus. Québec solidaire aurait également convenu de garder une porte ouverte en matière d’alliances. De manière générale, et dans chacune des grande formations politiques souverainistes, on serait beaucoup plus avancé que cela peut être le cas aujourd’hui, et les idées de droite seraient également moins répandues.

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Le congrès de la Convergence Nationale est organisé sous la gouverne d’un comité directeur formé des six personnes suivantes : Jason Brochu-Valcourt, qui vient du NMQ, Anne Légaré, qui a déjà présidé le Comité des relations internationales au sein du PQ, Atim Léon, qui est conseiller au sein de la FTQ, Robin Philpot, qui a déjà écrit un livre intitulé "Le référendum volé", et qui est en même temps un personnalité connue depuis longtemps au sein du mouvement souverainiste, Michel Seymour, qui est professeur à l’Université de Montréal, et Louis-Philippe Vien, qui est pour sa part étudiant à la même université. L’ex-chef du PQ et ex-premier ministre, Bernard Landry, joue également un rôle de conseiller auprès de ce comité directeur.

Même s’il n’a jamais eu l’aval d’aucune des trois grandes formations politiques, ce qui démontre surtout tout le travail qui reste toujours à faire en matière d’alliance, ce congrès pourra néanmoins compter sur l’appui, sinon la sympathie, d’un nombre assez important de mouvements et organisations qui en font un événement difficilement contournable. À moins, évidemment, de se dire fédéraliste et de considérer que l’avenir du Québec, en tant que nation pleinement souveraine n’a jamais été de vos préoccupations et ne le sera jamais...

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J’avais moi-même prévu y participer, mais ne pourrai finalement pas le faire pour des raisons reliés avec des engagements personnels, cette même fin de semaine. Il reste que j’aurais vraiment aimé y être, ne serait-ce que pour être tel un oiseau, pour tout voir et tout entendre ce que tous ces gens auront finalement à dire. Après, tout, ce qui se discutera cette fin de semaine-là est au coeur des débats toujours pas tranchés — quoique certains puissent dire à ce sujet — et qui auront forcément un rôle crucial sur la suite des choses au niveau de l’avenir du Québec.

André Parizeau

Chef du Parti communiste du Québec

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