Édition du 26 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le mouvement des femmes dans le monde

Le féminisme n’a pas gagné en Occident : nous régressons…

Que reste-t-il à faire pour les féministes ? C’est la question que l’on m’a posée récemment à propos de la terrible situation des femmes en Afghanistan, l’idée étant que les femmes en Occident ont obtenu la liberté et la libération, alors de quoi nous plaignons-nous encore ? Mais même pour les femmes vivant sous le régime démocratique occidental, la violence et le contrôle patriarcaux conservent le dessus.

Tiré de Entre les lignes et les mots
Publié le 3 octobre 2021

Par exemple, sur l’infime minorité de viols qui sont effectivement signalés à la police, seuls 1,4% des agresseurs sont inculpés par la Couronne britannique. En 2018/2019, les inculpations, les poursuites et les condamnations pour viol dans les affaires intentées par le Service de la Couronne sont tombées à leur plus bas niveau depuis plus d’une décennie.

Des affaires dans lesquelles une femme a été maintenue sous la menace d’un couteau, où un film d’une attaque a été trouvé sur le portable d’un suspect et où un auteur présumé a admis l’infraction dans des messages texte figurent parmi encore celles abandonnées par la Couronne. Des avocates féministes affirment qu’il existe une politique secrète consistant à abandonner les affaires qui, aux dires des procureurs de la Couronne, n’aboutiront pas assurément à une condamnation, et ils tentent de les forcer l’abandon de ces causes.

Il y a cinq ans, une femme qui signalait un viol avait beaucoup plus de chances de voir la justice rendue. Comment se peut-il que nous ayons reculé à ce point dans le cas d’un crime aussi grave et qui fait autant de mal ? Voyons aussi le meurtre de femmes en raison de leur sexe. Entre 2009 et 2018, plus de 1 425 décès aux mains d’hommes ont été enregistrés dans le recensement des féminicides compilé par le groupe Counting Dead Women et l’organisation caritative féministe NIA – Ending Violence Against Women and Girls. Il y a dix ans, une femme mourait aux mains d’un homme tous les trois jours, ce qui est plus ou moins encore le cas aujourd’hui. Mais je ne suis pas prête à accepter que nous devrions simplement être reconnaissantes que les chiffres n’aient pas augmenté. Ces décès et les niveaux horribles d’agressions conjugales et sexuelles constituent l’un des plus grands échecs de politique publique de la décennie.

En fait, la dernière décennie a vu un glissement vers ce que j’appelle le « féminisme pour les hommes » ou le « féminisme ludique » (fun feminism). Actuellement, ce qui passe pour du féminisme dans les universités et autres milieux élitistes est tout sauf cela. La prostitution et la pornographie ont été relookées en « choix » et en « autonomisation », et les pratiques sexuelles néfastes et avilissantes ont été relookées comme « kink » et vantées comme libératrices pour les femmes.

J’ai décidé d’écrire mon plus récent livre, Feminism for Women, pour explorer comment et pourquoi les choses semblent régresser pour les femmes, et d’émettre quelques suggestions afin de reprendre le chemin de la libération dans le contexte d’un backlash vicieux et misogyne contre nos droits chèrement acquis. Il est essentiel de travailler ensemble, au-delà de nos différences, et de rechercher une solidarité fondée sur nos expériences du patriarcat. Nous devons nous accrocher à notre féminisme de base et retourner dans la rue, plutôt que de passer autant de temps à faire la guerre au clavier.

Le féminisme représente un défi important pour les hommes, en particulier les hommes sexistes et misogynes. Et le retour de bâton contre le féminisme, qui prend diverses formes à des époques et dans des contextes particuliers, est féroce et constant. En ce moment, nous voyons des femmes poursuivies pour avoir fait de fausses allégations de viol, mais nous ne voyons presque aucun effort, semble-t-il, pour poursuivre les violeurs réels ; certains tribunaux de la famille ne reconnaissent même pas que le viol marital est un crime en Angleterre et au Pays de Galles depuis 1992 ; et les morgues se remplissent des corps de femmes que personne n’a aidées à échapper à des partenaires violents.

Nous n’entendions jamais parler des hommes qui commettent des actes de violence conjugale et sexuelle à l’égard des femmes et des filles, mais grâce aux féministes, nous en entendons maintenant parler. Chaque fois que j’entends la phrase « Une femme a été violée », je veux entendre quelqu’un dire « Un homme a violé une femme ». L’objectif du féminisme doit être de mettre fin à la violence masculine, car tant que nous vivons dans la peur, nous ne pouvons pas réaliser notre potentiel. Les jeunes femmes doivent se voir offrir l’espoir que, de leur vivant, les rues et les maisons deviendront sûres pour elles.

Julie Bindel

Julie Bindel est l’autrice de Feminism for Women, qui sera publié au Royaume-Uni par le Little, Brown Book Group, le 2 septembre.

Version originale : https://www.standard.co.uk/comment/comment/feminism-hasn-t-won-in-west-going-backwards-b952641.html

Tous droits réservés à Julie Bindel.

Traduction : TRADFEM

https://tradfem.wordpress.com/2021/08/28/le-feminisme-na-pas-gagne-en-occident-nous-regressons/

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