Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

La chronique de Donald Cuccioletta

Le marathon de Bernard Sanders

Voici un fait : Bernard Sanders ne gagnera pas l’investiture du Parti démocrate. Hillary Clinton va gagner, avec l’appui de Wall Street et de l’establishment du Parti démocrate (qui nomme les « super délégués » à la convention à venir). Pour autant, la course politique de Sanders pour changer la société et le processus politique des États-Unis continue et va probablement se poursuivre bien après l’élection d’octobre prochain.

Dès le début de la campagne pour l’investiture démocrate, Sanders s’était donné deux objectifs qui d’ailleurs poursuivaient l’action politique qu’il a entamée il y a plusieurs années comme maire de Burlington et sénateur du Vermont. En premier lieu, il faut forger une alliance des forces progressistes à travers le pays. Et en deuxième, il faut galvaniser le peuple travailleur pour qu’il arrache le processus électoral des mains de l’élite et ses richissimes bailleurs de fonds.

Durant la campagne actuelle, Sanders est consistent. Il appelle au réveil des citoyen-nes des couches populaires et moyennes. Il est maintenant connu de millions de personnes en dehors de son « périmètre » habituel de la Nouvelle-Angleterre. De par ses prises de positions précises et rigoureuses, il a obligé Hillary Clinton de mettre de l’eau dans son vin et d’évoluer, du moins dans ses promesses, vers le centre et presque vers le centre-gauche (on peut être sceptique sur ce qu’elle fera de ces bons mots une fois élue).

De toute évidence, cette campagne avance. Selon divers sondages, il obtient l’appui de 55 % de l’électoral dit « indépendant » (ni démocrate ni républicain). Les jeunes se précipitent vers lui et adhèrent à son appel à une « révolution politique ». La majorité des femmes (de 18 à 45 ans) l’appuie, ce qui est une grosse et mauvaise surprise pour Hillary.

Sanders se dit ouvertement « socialiste », ce qui ne semble pas faire peur à grand monde. Beaucoup de gens l’appuient parce qu’il est clair justement et qu’il ne parle pas des deux coins de la bouche, ce qu’on reproche beaucoup à Hillary. Autour de Sanders se construit une coalition inédite : syndicats de base, intellectuel-les et étudiant-es, groupes communautaires. On n’a pas vu cela depuis les années 1960.

Entre-temps, des émules de Sanders mettent en place des coalitions progressistes au niveau municipal. Comme à Seattle, où la conseillère Kahama Sawant (réélue en 2013 pour un deuxième mandat) représente l’Alternative socialiste, engagée à la fois dans la bataille pour augmenter le salaire minimum à 15$ de l’heure et pour mobiliser en faveur de Bernie. À l’extérieur des États-Unis, on ignore généralement cette tradition du socialisme municipal qui a fait en sorte que de grandes municipalités ont été et restent gérées par des coalitions de centre-gauche.

Ici et là parmi les progressistes américains, on commence à parler de l’« effet » Bernie. Le vieux militant a réussi à sortir la cause en dehors des cercles habituels. Quel sera l’impact à long terme de cette percée ? Il est encore tôt pour le dire, mais pour le moment, ça regarde bien.

PS. Notez bien que Kahama Sawant est invitée par les Nouveaux Cahiers du socialisme pour participer au Forum social mondial à Montréal en août prochain.

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