Édition du 12 octobre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique latine

Le sexisme au Honduras

Le Honduras est le pays le plus sexiste que j’aie visité jusqu’à maintenant. Le machisme y est omniprésent et représente un combat de tous les jours pour les femmes. Ce matin, j’ai fait le test et j’ai compté combien de fois je me suis fait interpeler à cause de ma condition de femme et d’étrangère. En cinq minutes de marche, j’ai été sifflée et criée après à cinq reprises. Loin d’être flatteur, il est très frustrant de continuellement vivre ce sexisme.

Marie-Ève Bergeron, conseillère en organisation communautaire
Choluteca, Honduras

(tiré de Cybersolidaires)

Cette forme de harcèlement s’inscrit dans un ensemble de comportements violents et dégradants que vivent quotidiennement les Honduriennes. Les statistiques, bien que partielles, sont très alarmantes. Depuis les années 1990, la violence envers les femmes n’a cessé d’augmenter, malgré une loi passée en 1998 contre la violence domestique. Le nombre de meurtres visant les femmes a augmenté de 11,6% entre 2003 et 2004. Considérant le fait que le Honduras est devenu l’un des pays les plus violents du monde, les femmes doivent continuellement être sur leurs gardes.

J’ai moi-même vécu une situation très délicate dans le cadre de mon travail, où je me sentais pourtant à l’aise et protégée. C’est dans ce contexte que j’ai expérimenté le harcèlement sexuel. Après une réunion, le président du réseau avec lequel je travaille a profité du fait que nous étions seuls pour essayer de m’embrasser et de me tripoter. Malheureusement pour lui, il n’avait pas conscience que, contrairement à la majorité des femmes d’ici, je n’allais pas accepter cette situation. En effet, rares sont les femmes qui vont en parler ou porter plainte tellement ces situations sont usuelles. De toute façon, à qui le dire ?

Bizarrement, il a été très intéressant de vivre cette situation, puisqu’elle m’a permis d’expérimenter la réalité vécue par, notamment, les femmes d’ici. Ma coordonnatrice et moi avons décidé de faire une réunion avec mon homologue, personne avec qui je travaille chez mon partenaire, pour l’informer de la situation et pour voir comment je pourrais continuer à travailler avec le président tout en étant protégée. Pour lui, la situation était bien dommage, mais sans plus. Il n’y avait rien à faire et, quelques minutes plus tard, il voulait m’envoyer, à nouveau, seule avec le président pour une activité. Nous avons donc décidé de rencontrer son supérieur, le directeur général de mon organisme partenaire. Celui-ci a pris la situation davantage au sérieux et a fait le nécessaire pour que la situation ne se reproduise plus. Or, en voyant la réaction et les propos des autres femmes de l’organisme, je me demande si la réaction du président aurait été la même si je n’avais pas été étrangère. Je constate donc que, malheureusement, dans des situations similaires, les hommes prendront toujours, a priori, le parti des hommes et que, par conséquent, les femmes doivent faire très attention à ce qu’elles font et à qui elles en parlent.

Les femmes honduriennes sont vraiment très fortes pour endurer un tel machisme au quotidien. Certaines personnes pourraient se dire qu’elles ne connaissent rien d’autre et donc que, pour elles, c’est normal. Or, de plus en plus, elles ont conscience du sexisme et du machisme. Une fois qu’elles sont conscientes de leur oppression, il est beaucoup plus difficile de la supporter.

Ce sont pour toutes ces raisons que j’ai décidé de faire mon projet sur l’équité de genre et j’en suis très heureuse. J’interviewe au total 28 femmes sur le sujet et ce qu’elles ont à me dire est toujours très intéressant. Il est frappant de voir la différence entre leur situation selon qu’elles vivent en ville ou à la campagne, qu’elles ont fréquenté l’école ou sont restées à la maison dès leur plus jeune âge, etc. Certaines doivent encore demander la permission à leur mari pour sortir tandis que d’autres donnent des formations sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Une chose est certaine, malgré leurs différences, toutes s’entendent pour dire qu’il y a encore beaucoup de travail à faire pour atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes au Honduras.

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