Édition du 19 novembre 2019

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Histoire

Débarquement de Normandie : Les bonnes et les mauvaises victimes ?

On célèbre ces jours-ci le soixante-quinzième anniversaire du débarquement de Normandie, qui représenta le début du recul allemand en Europe de l’Ouest ; le « rouleau-compresseur » soviétique avait déjà bien entamé ce processus sur le front de l’Est.

Cette opération en tenailles de la part des Alliés (par ailleurs très divisés entre eux ; les divisions latentes de l’Avant révèlent souvent les rivalités réelles de l’Après dans une période historique capitale) a mené comme on sait à la capitulation allemande un an plus tard.

Sautons trente ans plus tard et reportons au milieu des années 1970 avec le développement du néo-conservatisme aux États-Unis (suite au revers vietnamien et à la démission de Richard Nixon) et à des degrés divers dans certains pays occidentaux (comme la Grande-Bretagne avec la conservatrice Margaret Tatcher). On a assisté durant cette période au développement accéléré à une forme d’antinazisme obtus au sein de la plupart des classes politiques, lequel n’avait pas grand chose à voir avec le renforcement d’un véritable esprit démocratique. Autant par conviction que par souci de légitimation du régime politique libéral occidental et de l’État hébreu, cet antinazisme a pris l’allure d’une idée reçue. Les cercles politiques, intellectuels et idéologiques ont procédé à un embellissement marqué, pour ne pas dire à une falsification de la réalité politico-sociale occidentale opposée à « l’Empire du mal » soviétique (l’ancien allié) mais aussi à l’affreux nazisme allemand (responsable de l’Holocauste) et au répugnant fascisme italien d’hier.

Bref, au cours de la lutte de 1939 à 1945 entre le Bien (le libéralisme occidental) et le Mal (nazisme et fascisme), le premier l’a emporté selon cette manière de voir.

Évidemment, il ne fait aucun doute que l’Europe a alors été sauvée d’un joug terrible grâce à l’effort de guerre des Alliés (dont celui de l’Union soviétique, faut-il le rappeler).

Mais si on met toujours l’accent sur ce résultat (et ce,en termes convenus), on omet d’en mentionner le prix humain... non seulement chez les combattants alliés mais aussi chez le civils allemands. Si on insiste sur le grand nombre de victimes civiles provoquées par les offensives allemandes en France, Grande-Bretagne et URSS (entre autres pays attaqués par le régime de Hitler), il importe de constater que les bombardements alliés sur les villes allemandes y ont multiplié une masse d’innocentes victimes civiles là aussi : femmes, enfants, vieillards et diverses catégories de non-combattants.

Par ailleurs, l’invasion soviétique de l’Allemagne par l’est a comporté elle aussi sa large part de tueries contre la population allemande de cette région.

On peut en dire autant des bombardements aériens américains de saturation sur les villes japonaises qui visaient avant tout à briser le moral de la population ennemie, tout comme en Allemagne d’ailleurs. C’est cette logique et la crainte de perdre un nombre très élevé de soldats lors de l’inévitable invasion du territoire japonais qui a conduit le gouvernement américain à larguer deux bombes atomiques sur le Japon, l’une sur Hiroshima et l’autre sur Nagasaki (on oublie souvent de la mentionner, celle-là). La Maison-Blanche a donc choisi de sacrifier à cette occasion 200,000 civils japonais plutôt que plusieurs dizaines de milliers de soldats américains.

Il est malhonnête de glorifier la victoire des Alliés sur le nazisme allemand et l’impérialisme japonais sans jamais faire allusion au prix payé par les populations de ces États.

Oui, cette guerre fut déclenchée par ces deux gouvernements et elle ne pouvait être gagnée par les Alliés en enfilant des gants blancs. Toutefois, Allemands et Japonais ne furent pas les seuls à commettre des atrocités.

Robert McNamara, qui fut un des principaux instigateurs des bombardements aériens américains sur le Japon (et plus tard secrétaire à la Défense sous Kennedy) a lui-même admis, non sans cynisme, que tout ce qui avait empêché la mise en accusation de certains responsables politiques et militaires alliés devant un tribunal international pour crimes de guerre, c’est qu’ils appartenaient au camp des vainqueurs...

Jean-François Delisle

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