Édition du 2 juin 2026

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Québec

"Les Invisibles"

Dans chaque ville, il existe des quartiers marginalisés où le trafic de drogue, les gangs de rue et les petits larcins coexistent avec la survie et la précarité.

Montréal ne fait pas exception, et des endroits comme Deuf Court à Lachine ou Saint-Michel, dans le nord de l’île, en sont des exemples frappants. Une immigration entassée, combinée au manque d’opportunités pour des communautés déjà marquées par les traumatismes de l’exil et la violence de leurs pays d’origine, condamne leurs habitants à une vie d’invisibilité.

Abisay Cruz Isidro était l’un de ces immigrés condamnés. Originaire du Honduras, il est mort lors d’une intervention policière disproportionnée dans son logement du quartier Saint-Michel le dimanche 30 mars. Peu importent les raisons de l’opération, la vérité, comme me l’a dit un de ses proches lors d’une veillée commémorative, est la suivante : "Ils l’ont pris vivant, menotté, et nous l’ont rendu mort."

Des cas comme celui d’Abisal abondent en Amérique du Nord : George Floyd, Frank Tyson, Sonya Massey, Anthony Lowe Jr., Vanessa Renteria, Jean René Junior Olivier... La liste est si longue qu’il serait impossible de nommer toutes les victimes de violences policières aux États-Unis et au Canada rien que ces dernières années. L’usage disproportionné de la force dans des situations qui devraient relever du médical ou du social se solde par des morts qui, trop souvent, restent impunies.

Ce qui est le plus révélateur dans le cas d’Abisay, c’est le silence médiatique. Aucun média n’a couvert son histoire. Pas d’articles, pas de reportages, pas de couverture ; son nom n’existe que pour sa famille et ses amis du quartier. Il est probable qu’il n’apparaisse même pas dans les statistiques des violences policières, devenant ainsi une victime invisible de plus, dont la famille n’obtiendra jamais justice.

Le Canada n’est pas exempt de racisme et de xénophobie, tout comme les États-Unis, et cela devient évident quand les médias ignorent une vie fauchée par la police. Si Abisay avait été blanc, un parti politique aurait exigé des comptes. S’il avait vécu à Westmount, le quartier riche de Montréal, il y aurait eu des démissions dans la police, et la mairesse de Montréal comme celle de Westmount seraient venues présenter leurs condoléances à la famille en promettant justice.

Mais Abisay n’était qu’un Hondurien de 29 ans, immigré issu d’une famille modeste. Aucune personnalité publique ne s’est déplacée, aucune promesse de justice n’a été faite. Seulement l’invisibilité, l’impunité, et une vie de plus brisée par un système qui continue de faillir envers les plus vulnérables.

Dites son nom : #Abisay Cruz Isidro

Manuel Tapial,
Community Organizer

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