Édition du 20 septembre 2022

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Mouvements sociaux

Mouvement de grève en France

Les assemblées générales bousculent la politique du gouvernement

Il y a eu la grève réussie du 18 octobre, puis maintenant celle qui dure depuis le 13 novembre dernier. Dans les dépôts et les gares de la SNCF et de la RATP (métro parisien), dans les universités, puis à compter d’aujourd’hui dans la fonction publique, les assemblées générales ont donné l’impulsion à un mouvement social contre les réformes libérales du gouvernement Sarkozy-Fillon. Pour les médias, rien n’est plus scandaleux que l’usurpation d’autorité par les assemblées générales (AG).

Les AG vues d’en haut

A se fier aux déclarations gouvernementales et à l’hystérie médiatique ambiante, la France entière est prise en « otage » par une minorité de cheminots « privilégiés ». Parmi les commentateurs, on remet notamment en cause la légitimité du mouvement social en s’interrogeant sur la représentativité de ses assemblées générales. Celles-ci seraient minoritaires et anti-démocratiques.

A Rennes II, le président de l’université est catégorique : l’AG n’est représentative que d’une minorité dangereuse faite de partisans des Khmers rouges… Dans le même registre, les présidents de plusieurs universités perturbées décident aujourd’hui qu’il faut organiser des référendums sur la grève votée par les AG pour que puisse enfin s’exprimer la majorité silencieuse. Pourtant, aucun référendum n’a été envisagé ces derniers mois pour que les étudiants se prononcent sur la politique du gouvernement en matière d’éducation.

L’appropriation de la politique

Que font les AG en pratique ? Elles débattent et elles votent sur des questions politiques. Ceci est en réalité exceptionnel. Car, en temps normal, il est rare de trouver des centaines de personnes qui s’assemblent pour discuter de questions politiques les concernant. C’est normalement le travail de l’Assemblée nationale. Dans les AG tenues récemment, les étudiants, les cheminots et d’autres, discutent de ce que représente selon eux la réforme des régimes spéciaux de retraite et la loi « relative aux libertés des universités » (RLU). Parallèlement aux confrontations sur ces questions de fond, les AG doivent décider des actions à venir selon l’évolution de l’actualité sociale. Après avoir reconduit la grève jeudi dernier, les cheminots toulousains ont par exemple décidé en AG, malgré les avertissements de l’intersyndicale, de bloquer le seul TGV en partance pour Paris.

A la Sorbonne, l’AG de 500 étudiants débat sur comment imposer une grève avec blocage et occupation. Certains estiment qu’il faut porter le débat social et politique dans la population et expliquer la logique d’ensemble du mouvement social. D’autres insistent sur la nécessité d’actions plus musclées pour prendre possession de l’université. Ils sont à leur tour contredits par des étudiants qui s’opposent à des actions insensées qui ne tiennent pas compte du rapport de force. La rumeur veut qu’il y ait des policiers en civil dans les couloirs de l’université.
Puis certaines AG prennent une autre ampleur, telle que l’AG « interprofessionnelle » tenue jeudi dernier à la gare d’Austerlitz. On y retrouve des représentants des AG d’étudiants, des cheminots SNCF, des agents RATP, des syndicalistes de la fonction publique. On dresse des constats sur la mobilisation, on partage son avis sur le cours des événements, on fait part de ses regrets et on envisage la coordination et l’extension générale de la grève.

Entre la vitalité parfois anarchique dont font preuve les AG du mouvement social et le cérémonial bourgeois de l’Assemblée nationale, à quel camp la véritable démocratie appartient-elle ? Celui des assemblées qui engagent des débats houleux mais nécessaires ? Ou bien celui des faux débats parlementaires, du lyrisme présidentiel et des rapports d’expertise dont on connaît d’avance le contenu ? Les AG sont certes minoritaires. Mais elles constituent aujourd’hui un instrument indispensable pour donner corps à un mouvement social qui représente bien plus que la défense des intérêts particuliers de ses participants. C’est pourquoi on calomnie les AG. Indépendamment de l’issue de cette lutte, une génération est en train d’y faire son apprentissage politique.

Mots-clés : France Mouvements sociaux

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