Édition du 19 octobre 2021

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Planète

Les « engagements climatiques » des entreprises masquent l’inaction. « Le canular du zéro net »

Un nouveau rapport publié mercredi 9 juin 2021 par un trio d’ONG progressistes lève le voile sur les promesses climatiques dites « zéro émission nette » qui sont souvent présentées par les entreprises et les gouvernements comme des solutions à l’urgence climatique. Selon les auteurs du document, elles ne sont qu’une forme dangereuse d’écoblanchiment qui devrait être évitée au profit de politiques « zéro émission réelle » basées sur des engagements significatifs à court terme de réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

17 juin 2021 | tiré du site alencontre.org
https://alencontre.org/ecologie/les-engagements-climatiques-des-entreprises-masquent-linaction-le-canular-du-zero-net.html

The Big Con : How Big Polluters Are Advancing a ‘Net Zero’ Climate Agenda to Delay, Deceive, and Deny a été publié par Corporate Accountability, Global Forest Coalition, et Friends of the Earth International. Il est soutenu par plus de 60 organisations environnementales. Ce document est publié à l’approche de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se tiendra en novembre 2021 prochain à Glasgow, en Écosse. Et cela dans un contexte de multiplication des engagements des entreprises et des gouvernements pollueurs à atteindre ce qu’ils prétendent être la neutralité carbone – de plus en plus par le biais de compensations douteuses – avant une date lointaine, souvent l’année 2050.

Cependant, le rapport affirme que :

« Au lieu de proposer des solutions réelles et significatives pour résoudre la crise qu’ils ont sciemment créée et d’assumer leur responsabilité d’agir en commençant par réduire radicalement les émissions à la source, les entreprises et les gouvernements pollueurs proposent des plans de « zéro émissions nettes » » qui n’exigent rien ou presque rien en termes de solutions réelles ou de réductions effectives des émissions. …. Ils entrevoient le potentiel d’une voie mondiale pour le “zéro émission nette” qui peut leur fournir de nouvelles opportunités commerciales, plutôt que de réduire la production et la consommation de leurs produits polluants. »

« Après des décennies d’inaction, les entreprises se hâtent tout à coup pour s’engager à atteindre des émissions « zéro nettes ». Il s’agit notamment de géants des combustibles fossiles comme BP, Shell et Total ; de géants de la technologie comme Microsoft et Apple ; de distributeurs comme Amazon et Walmart ; de financiers comme HSBC, Bank of America et BlackRock ; de compagnies aériennes comme United et Delta ; et de sociétés de production de nourriture, de bétail et de viande et d’agriculture comme JBS-Friboi (Brésil), Nestlé et Cargill. Les entreprises polluantes font la course pour être les plus fières et les plus bruyantes dans la course aux promesses des émissions “zéro nettes zéro” d’ici 2050 ou à une autre date lointaine. Ces dernières années, plus de 1500 entreprises ont pris des engagements “zéro émission nette”, un exploit salué par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et le Secrétaire général des Nations unies. »

« De plus en plus, le principe d’émission “zéro nettes” est réinterprété par les acteurs du champ politique au même titre que par les acteurs individuels afin d’échapper à l’action et à la responsabilité », indique le rapport. « L’idée derrière l’utilisation d’émissions “zéro nettes” par les grands pollueurs est qu’une entité peut continuer à polluer comme d’habitude – ou même augmenter ses émissions – et chercher à compenser ces émissions de plusieurs manières. Les émissions ne sont rien de plus qu’une équation mathématique dans ces plans ; elles peuvent être ajoutées à un endroit et soustraites à un autre. »

« Cette équation est simple en théorie mais profondément défectueuse en réalité », affirme le document. « Ces plans sont utilisés pour masquer l’inaction, pour faire porter le fardeau de la réduction des émissions et de l’évitement de la pollution à des collectivités historiquement exploitées, pour parier sur notre avenir collectif en garantissant un impact destructeur à long terme sur les terres et les forêts, les océans, tout en faisant progresser les technologies de géo-ingénierie. Ces technologies sont extrêmement risquées, n’existent pas à l’échelle supposée nécessaire, et sont susceptibles de causer des dommages énormes, et probablement irréversibles. »

Parmi les principales conclusions du rapport :

Les grands pollueurs, y compris les industries des combustibles fossiles et de l’aviation, ont exercé un lobbying important pour assurer l’adoption du Q45, un crédit d’impôt subventionnant la capture et le stockage [et l’utilisation] du carbone. Un rapport datant de 2020 de l’inspecteur général du Département du Trésor américain a révélé que les entreprises de combustibles fossiles ont indûment réclamé près d’un milliard de dollars en crédits Q45.

L’Association internationale pour l’échange de droits d’émission (International Emissions Trading Association) – décrite par les auteurs du rapport comme « peut-être le plus grand lobbyiste mondial du marché et des compensations, les deux piliers des “plans climatiques”et des objectifs “émissions zéro nettes” des pollueurs » – a tiré parti de son pouvoir considérable pour faire avancer son programme de blanchiment écologique lors des négociations internationales sur le climat.

Les principaux pollueurs ont généreusement contribué au financement des universités telles que le Massachusetts Institute for Technology (MIT), l’Université de Princeton, l’Université de Stanford et l’Imperial College de Londres, dans le but d’influencer la recherche liée aux « émissions zéros nettes ». Au Global Climate and Energy Project de l’Université de Stanford, ExxonMobil a conservé le droit d’examiner officiellement les recherches avant leur achèvement et a été autorisé à placer des membres de son personnel dans les équipes de recherche.

« L’approche la meilleure et la plus éprouvée pour faire face de manière juste à la crise climatique consiste à réduire considérablement les émissions dès maintenant et de manière équitable, en les rapprochant du zéro réel, effectif, d’ici 2030 au plus tard », indique le rapport. Il fit référence ici à une situation dans laquelle aucune émission de carbone n’est produite par un bien ou un service sans l’utilisation de compensations. « Les solutions intersectorielles dont nous avons besoin existent déjà, elles ont fait leurs preuves et peuvent être mises à l’échelle dès maintenant… Tout ce qui manque, c’est la volonté politique de les faire progresser, malgré l’obstruction et les infléchissements de l’industrie. »

« Les gens du monde entier ont déjà exprimé clairement leurs exigences », indique le rapport. « Des solutions significatives qui peuvent être mises en œuvre dès maintenant sont déjà détaillées dans des plateformes telles que les Demandes des peuples pour la justice climatique, la Feuille de route sur la responsabilité, le Manifeste sur l’énergie, et de nombreuses autres ressources qui englobent la sagesse de ceux qui sont en première ligne de la crise climatique. »

Amis de la Terre International et l’un des auteurs du document – a déclaré que « ce
Sara Shaw – coordinatrice du programme sur la justice climatique et l’énergie aux Amis de la Terre International et l’un des auteurs du document – a déclaré que « ce rapport montre que les plans “émissions zéro nettes” des grands pollueurs ne sont rien d’autre qu’une grosse arnaque. La réalité est que des entreprises comme Shell n’ont aucun intérêt à agir véritablement pour résoudre la crise climatique en réduisant leurs émissions de combustibles fossiles. Au lieu de cela, elles prévoient de poursuivre leurs activités comme si de rien n’était, tout en écologisant leur image avec des plantations d’arbres et des programmes de compensation qui ne pourront jamais compenser l’extraction et la combustion de combustibles fossiles. Nous devons nous rendre compte rapidement que nous sommes en train de tomber dans un piège. Le “zéro net” risque de masquer un manque d’action jusqu’à ce qu’il soit trop tard ».

Lidy Nacpil, coordinateur de l’Asian Peoples Movement on Debt and Development (Mouvement des peuples asiatiques sur la dette et le développement), qui a approuvé le rapport, a mis en garde contre les « proclamations d’objectifs “émissions zéro nettes” qui sont des tromperies dangereuses. Le “zéro net” semble ambitieux et visionnaire, mais il permet en fait aux grands pollueurs et aux gouvernements riches de continuer à émettre des [gaz à effet de serre] qui, selon eux, seront effacés grâce à des technologies dangereuses et non éprouvées, au commerce du carbone et aux compensations qui transfèrent le poids de l’action climatique vers le Sud. Les grands pollueurs et les gouvernements riches ne doivent pas seulement réduire les émissions à un niveau réellement nul, ils doivent aussi payer des réparations pour l’énorme dette climatique due aux pays du Sud. »

En conclusion, les rapports indiquent que les dirigeants mondiaux doivent « écouter les gens et donner une fois pour toutes la priorité à la vie des gens et à la planète sur les moteurs de profit et de destruction. »

« Pour éviter l’effondrement social et planétaire, ils doivent entendre les appels de millions de personnes à travers le monde et poursuivre des politiques qui assurent une transition juste et équitable de nos économies hors des combustibles fossiles, et avancer des solutions réelles qui donnent la priorité à la vie dès maintenant. » (Article publié sur le site Common Dreams en date du 9 juin 2021 ; traduction rédaction A l’Encontre)

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