Tiré d’Europe solidaire sans frontière. Photo : Des Iraniens manifestent à Téhéran contre la guerre américano-israélienne contre leur pays (30/3/2026 Anadolu)
Tout comme Vladimir Poutine avait imaginé début 2022 qu’une campagne militaire éclair contre l’Ukraine conduirait à la chute du gouvernement de Volodymyr Zelensky, Donald Trump imagine qu’une frappe militaire puissante contre l’Iran conduirait à un « changement de régime ». Tout comme les Russes s’étaient initialement concentrés sur la capitale Kiev, qu’ils ont attaquée depuis la Biélorussie au nord, et avaient procédé dès le premier jour à un débarquement aérien visant à prendre le contrôle de l’aéroport Antonov situé près de la capitale, dans l’espoir de déstabiliser le pouvoir puis de le faire s’effondrer, l’attaque américano –israélienne s’est concentrée sur le déstabilisation du pouvoir en Iran en ciblant le Guide suprême Ali Khamenei, selon une hypothèse selon laquelle l’assassinat du commandant en chef donnerait un élan puissant aux manifestations populaires et conduirait à la chute du régime ; on a dit que l’auteur de cette hypothèse était David Barnea (directeur des services de renseignement israéliens).
Le point commun entre l’Ukraine et l’Iran est la place centrale qu’occupe l’identité nationale dans la consolidation du pouvoir, ou plus précisément, dans le fait que le pouvoir repose sur un socle identitaire qui trouve sa densité et sa cohésion principalement dans la confrontation avec la Russie et les États-Unis, respectivement, et le fait que, dans les deux cas, la puissance hostile était en contact direct avec le cœur de l’identité, ce qui a compliqué davantage le problème. En Ukraine, sous l’impulsion d’un sentiment identitaire populaire largement répandu, le pouvoir de Zelensky se caractérise par une hostilité envers les Russes, considérés comme la plus grande menace. Ainsi, l’identité ukrainienne est poussée davantage vers l’Ouest, non seulement pour rechercher une protection, mais aussi pour se démarquer davantage des Russes. En d’autres termes, l’intensité ou la virulence de l’identité ukrainienne s’atténue à mesure qu’elle est orientée vers l’Ouest, et se durcit à mesure qu’elle est orientée vers l’Est. À titre d’exemple, le comportement ouvertement méprisant dont a fait l’objet le président ukrainien lors d’une de ses visites à la Maison Blanche n’a pas provoqué la même réaction de la part des Ukrainiens qu’un traitement similaire de la part des Russes aurait pu le faire.
La proximité entre les identités russe et ukrainienne accentue la sensibilité de cette dernière face à la première, ainsi que sa volonté de se démarquer par crainte d’une domination et d’une annexion du fait de la différence de poids et de la mainmise russe, ce qui explique la résistance ukrainienne persistante et acharnée face à l’ingérence russe. En Iran, l’un des éléments majeurs de l’identité du pouvoir politico-religieux depuis 1979 est l’hostilité envers les États-Unis et Israël, qui repose sur un sentiment profondément ancré de l’importance et du poids culturel de la civilisation perse. Cela a pour effet de donner plus de poids au rejet des diktats extérieurs belliqueux qu’au rejet des diktats intérieurs autoritaires, d’autant plus que l’agresseur porte la responsabilité de crimes atroces, notamment à Gaza, ce qui contribue à vider de sens ses discours sur la liberté du peuple iranien et son droit à prendre son destin en main. Peut-être cet aspect identitaire, ajouté à la décadence politique et morale démontrée par les deux agresseurs ces dernières années, a-t-il joué un rôle dans l’affaiblissement de la force des manifestations populaires qui avaient éclaté auparavant en Iran.
La lutte du peuple iranien pour se libérer des entraves du régime théocratique étouffant qui le gouverne s’effondre, non seulement sous le poids de la terrible répression du régime des mollahs, mais aussi sous l’effet de la guerre d’agression israélo-américaine dont l’histoire nous livre aujourd’hui les chapitres, une guerre qui, selon les rapports, a détruit plus de 92 000 installations civiles en Iran, dont 71 000 logements, 290 centres de santé et 600 écoles, parmi lesquelles une école primaire de filles où près de deux cents élèves ont été tuées. Compte tenu du niveau de sophistication et de la précision des armes américano-israéliennes, il ne s’agit pas là de dommages collatéraux liés au bombardement de centres militaires ; la terreur infligée à la population et la destruction du pays font partie d’un plan de guerre dans lequel l’agresseur veut néanmoins se présenter comme un soutien des manifestant.e.s et leur offrir des opportunités de changement politique.
Si le régime iranien parvient à surmonter cette guerre, le fardeau pesant sur le peuple iranien s’alourdira, non seulement parce qu’il s’éloignera davantage de la libération d’un régime tyrannique qui tirera une valeur morale de sa « résistance », et peut-être même obtenir des conditions « extérieures » qui lui fourniront des raisons de rester dans les négociations de fin de guerre, mais il est probable que cela se traduise par une terrible campagne de répression contre ses opposant.e.s et une purge au sein du régime, menée par la faction la plus radicale, qui s’en prendra aux factions modérées et réformistes. De plus, le peuple iranien devra supporter le coût de la reconstruction de ce que la guerre aura détruit. Ainsi, cette guerre aura sauvé le régime et l’aura poussé vers davantage de radicalité, alors que ses fondements étaient ébranlés par les manifestations populaires qui ne cessaient de s’amplifier.
• Paru en arabe dans Al Araby, traduction DeepL revue par Pierre Vandevoorde pour ESSF.
Source - Al Araby, 2 avril 2026
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