Édition du 22 octobre 2019

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Mouvement syndical

Contre la destruction du secteur manufacturier

Les travailleurs de La Pocatière rejettent la nouvelle offre de Bombardier et poursuivent leur grève

- Entrevue avec Mario Lévesque, président du Syndicat des employés de Bombardier Transport La Pocatière -

Le 21 novembre dernier, les travailleurs de Bombardier à la Pocatière dans le Bas Saint-Laurent, en grève depuis le 1er novembre, ont rejeté à très forte majorité la nouvelle offre de l’entreprise et poursuivent leur grève. La pierre d’achoppement est le refus de Bombardier de satisfaire à la demande des travailleurs de maintenir et augmenter les emplois à l’usine. La principale question en litige à ce sujet concerne l’entente signée entre Bombardier et le syndicat en février 2010 qui stipulait que Bombardier s’engageait à assurer à l’usine de La Pocatière l’exécution des activités de production, notamment pour les contrats avec la Chicago Transit Authority, la New Jersey Transit et la Société de Transport de Montréal (STM). Les engagements pris par Bombardier garantissaient notamment à l’usine de La Pocatière la fabrication des pièces primaires, des sous-ensembles mineurs et majeurs ainsi que la fabrication des caissons en acier inoxydable des 468 nouveaux wagons pour le métro de Montréal. Les travailleurs accusent Bombardier de violer l’entente en envoyant à la sous-traitance la fabrication de plusieurs des pièces des wagons de métro pour Montréal. LML s’est entretenu récemment avec Mario Lévesque le président du Syndicat des employés de Bombardier Transport La Pocatière.

(tiré du journal Le Marxiste-léniniste, 29 novembre 2012)

LML : Peux-tu nous parler un peu de l’assemblée générale des membres qui s’est tenue le 21 novembre dernier ?

Mario Lévesque : L’assemblée portait sur la nouvelle offre que Bombardier nous a présentée à minuit 30 dans la nuit de jeudi à vendredi le 16 novembre. Les travailleurs ont rejeté l’offre à 89,6 %. On était 357 à l’assemblée sur une possibilité de près de 500 mais il faut comprendre que plusieurs travailleurs qui ont été mis à pied mais sont toujours sur la liste de rappel travaillent à l’extérieur et ne pouvaient pas participer. Tous nos 330 membres qui travaillent présentement à l’usine étaient présents.

Nous avons présenté aux travailleurs l’offre globale de l’employeur, nous avons pris le temps d’expliquer comme il faut le contenu de l’offre aux gens. Les discussions ont eu lieu, surtout sur ce qui ne va pas, va s’en dire que c’est sur la sous-traitance. Les gens sont prêts à rester en grève, pas question de rentrer sans que la question de la sous-traitance soit réglée. Les travailleurs ont rejeté l’offre de Bombardier à cause de la sous-traitance. Les gens veulent avoir ce qui leur a été promis selon la lettre d’entente qui a été signée par les deux parties. L’employeur ne montre aucune ouverture à ce sujet.

LML : Bombardier fait toute une histoire dans les médias à l’effet qu’il a beaucoup fait pour satisfaire les demandes des travailleurs, par exemple en offrant d’acheter des machines comme le veulent les travailleurs afin de maintenir la production à l’usine.

ML : Les machines qu’ils parlent d’acheter, ce n’est pas nous qui les avons demandées. Une d’entre elles on pense qu’elle va en fait éliminer des emplois et l’autre c’est une machine dont ils ont besoin pour le contrat de Montréal. Nous ce qu’on demande c’est qu’ils arrêtent de sortir des machines comme ils l’ont fait par le passé et que le parc de machines existant soit maintenu en bon état de fonctionner et fonctionne à capacité maximum. On veut que la charge-machine soit pleine à 100 %, c’est-à-dire que les machines fonctionnent à pleine capacité 24 heures sur 24 avant qu’on envoie des pièces en sous-traitance. Ils ne veulent pas s’engager là-dessus. Qu’est-ce qui va arriver si les machines brisent et qu’ils ne les réparent pas ? Est-ce qu’ils vont les sortir comme ils l’ont fait pour d’autres machines et après ils nous disent que nous ne sommes pas capables de faire telle ou telle production.

L’employeur dit dans les journaux qu’il a satisfait à nos demandes et qu’il ne comprend pas pourquoi on est en grève mais en ce qui concerne la sous-traitance ce n’est pas la première fois qu’on critique ça et qu’on fait des manifestations à ce sujet. On ne comprend pas pourquoi l’employeur ne respecte pas l’entente qui a été signée avec le syndicat. Je ne l’ai pas signée tout seul cette entente-là, il y a aussi le patron qui l’a signée mais il ne la respecte pas. Je ne comprends pas qu’ils disent qu’ils ne savent pas pourquoi nous ne sommes pas satisfaits. Ça fait plus de 30 ans qu’il n’y a pas eu de grève ici à La Pocatière et maintenant nous sommes sortis en grève avec un mandat de 95,5 %, ce qui fait que la compagnie n’est plus habituée à cela et elle ne sait plus trop à quoi s’attendre.

LML : Vous avez tenu des manifestations récemment.

ML : Oui. On en a fait une dans le centre-ville de La Pocatière le samedi 17 novembre. Nous étions entre 200 et 250 personnes. Elle n’avait pas été préparée longtemps à l’avance alors c’est un très bon taux de participation. On l’a organisée à la dernière minute étant donné que le jeudi soir d’avant on s’attendait à en arriver à un règlement et en fin de compte ça n’a pas marché. À minuit trente dans la nuit de jeudi à vendredi ils nous ont présenté une offre finale qui ne nous a pas satisfaits alors on a tout de suite organisé une manifestation pour le samedi en plus d’organiser une assemblée générale pour le mercredi suivant où les travailleurs ont rejeté cette offre. Si on avait eu plus de temps pour organiser la manifestation, encore plus de monde serait venu. Ça a été une réussite. La majorité des manifestants étaient des travailleurs de la place, plusieurs étaient là avec leur famille. On sentait que les gens de la région nous appuient, les gens sortaient dehors pour nous applaudir pendant que les automobilistes klaxonnaient et nous envoyaient la main. Le président de la Fédération de l’industrie manufacturière était là, de même que le secrétaire général de la CSN et le Conseil central de le la CSN du bas Saint-Laurent en entier.

On en a tenu une autre le 20 novembre devant l’édifice de Bombardier Transport, à Saint-Bruno-de-Montarville, avec plus de 300 personnes. Des travailleurs d’Acier Leroux de Boucherville, en lockout depuis près de trois mois, et des travailleurs de l’Hôtel des Seigneurs de Saint-Hyacinthe en grève depuis un mois, étaient aussi présents.

LML : Que veux-tu dire en conclusion ?

ML : On ne se bat pas juste pour nous mais pour la région, pour l’avenir de nos jeunes de la région et pour l’économie régionale aussi. Le moral de nos travailleurs est encore à son maximum, on ne sent pas de signe de faiblesse de la part de nos travailleurs. Bombardier dit dans les journaux qu’il est prêt pour une longue grève. Ça n’est pas ça qu’on veut, on veut la satisfaction de nos demandes, mais avec le message qu’on vient d’envoyer à l’employeur avec le rejet massif de son offre je dois dire que les travailleurs sont prêts eux aussi. La mobilisation est forte et nos travailleurs sont convaincus de mener un juste combat pour la région.

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