Elles sont « crinquées », peut-on entendre ; elles sont écœurées par un Gouvernement Legault au service exclusif du patronat et d’une minorité de privilégiés, qui octroie en pure perte des centaines de millions de dollars de fonds publics à des multinationales (Northvolt, IBM etc.) sans étude ou garantie sérieuse, de manière opaque, en outrepassant ses propres règlements environnementaux ou autres, au nom… de l’emploi et de la compétitivité du Québec. Ce même gouvernement qui, dans le même temps, coupe des millions de dollars dans les services publics québécois, restreint davantage encore le droit de grève, s’attaque aux syndicats, aux immigrant·es et qui continue d’exiger toujours plus de sacrifices de la part des travailleurs et des travailleuses de la santé, de l’éducation, des transports collectifs comme du secteur privé et cette fois-ci au nom, sans rire et sans vergogne... d’une saine gestion des fonds publics québécois, de la transparence et du "bien être" de la population.
Et ce soir, cette colère elle est portée et personnifiée par les dizaines de travailleurs et de travailleuses de chez Demix (anciennement Béton provincial) et de chez Héroux-Devtek qui, à 19h, prennent encore le temps de partager leur histoire.
Ils et elles sont en lock out, certains depuis neuf mois.
Ceux de Demix sont les premiers à témoigner. C’est la seconde fois depuis décembre 2024 qu’ils se déplacent au CCMM-CSN un mercredi soir. Gilets de sécurité jaune et orange sur le dos, ce sont des opérateurs de bétonnières, des mécaniciens, des doseurs. Ils sont employés par l’une des plus grandes entreprises de béton du Canada mais aussi « le pire employeur ; plus personne ne veut bosser pour lui… il recrute maintenant des travailleurs étrangers temporaires », témoigne l’un d’entre eux. Celui-ci poursuit et raconte que depuis le 5 décembre, ils sont en lock-out. Pourquoi ? « Eh ben parce qu’on s’est tenu debout ! ». Ils ont en effet eu l’impudence de refuser l’« offre » patronale, à savoir : un gel des salaires pendant quatre ans, l’abolition de la contribution patronale au REER collectif, soit une diminution de 5.5% du salaire ; la réduction de la contribution patronale aux assurances collectives (de 100% à 50%) ; une convention de sept ans ; des coupes dans le temps supplémentaire etc.
Le travailleur poursuit. Cela fait donc neuf mois, dans le froid ou en pleine canicule, qu’ils tiennent chaque jour la ligne de piquetage, font le tour des cimenteries et des chantiers du Québec, manifestent devant les résidences de leur patron etc. On apprend ainsi que ce dernier, un « philanthrope de Matane », vient de s’acheter « un chalet à 11 millions à Magog ».
« Même histoire classique mais violente pareil »
C’est ensuite au tour des travailleurs et des travailleuses de chez Héroux-Devtek de témoigner. Chandails verts et logo CSN sur le dos, ils et elles s’approchent de l’estrade.
Un représentant syndical raconte à son tour la « même histoire classique mais violente pareil » pour reprendre ses termes. L’employeur, une multinationale de l’aéronautique, spécialisée dans les trains d’atterrissage, a décrété un lock out le lendemain du rejet de l’« offre patronale », le 8 juillet dernier. Là encore, c’est donc la même histoire de dizaines d’employé·es déterminé·es qui déclarent aimer leur travail mais qui subissent un lock out, qui doivent vivre quotidiennement avec des pertes des salaires, qui fatiguent sur les lignes de piquetage et qui s’inquiètent pour leur avenir et celles de leurs proches.
De son côté, l’employeur recourt allègrement à des briseurs de grève selon le Tribunal administratif du travail et, peut-être en récompense pour avoir violé la loi, il verse « 1.6 millions et 1.2 millions de dollars aux deux principaux dirigeants de la compagnie ».
Pendant ce temps, toute honte bue, le Gouvernement et le Conseil du patronat du Québec dénoncent la surenchère, accusent les syndicats de faire durer les conflits et s’offusquent de la « gourmandise syndicale » qui nuit à la compétitivité et détruit les emplois. George Orwell ou Donald Trump, chacun dans son registre bien entendu, auraient pu s’inspirer d’eux.
Martin Gallié
Délégué du Syndicat des professeur·es de l’UQAM (SPUQ)
Illustration : "La gourmandise" de Louis Leopold Boilly, 1824
Photos du CCMM-CSN du 3 septembre : https://www.facebook.com/photo?fbid=1238511884958527&set=pcb.1238512198291829


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