Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Négociations du secteur public

Non ! À l'entente austère car le diable est dans les détails

et... modèle de proposition de solidarité pour les syndicats qui poursuivront les moyens de pression

(tiré du site de Lutte commune)

Voici un résumé concernant l’entente de principe intervenue entre le Front commun et le Gouvernement Couillard le 17 décembre dernier. Selon le Gouvernement, Jacques Létourneau président de la CSN son exécutif et les médias, cette entente nous donnerait une augmentation salariale de 10,25% sur 5 années. Ce qui semble être un certain gain considérant l’offre de départ du gouvernement qui était de 3 % sur 5 ans.

Pour précision, il faut savoir qu’une entente de principe n’est pas une entente finale signée, mais une proposition d’entente jugée acceptable pour les négociateurs du Front commun et du gouvernement. Cette entente doit être présentée aux délégué.e.s des différentes fédérations qui décideront s’ils présentent l’entente aux membres avec la recommandation de l’accepter ou de la rejeter, au cours d’une Assemblée Générale ou d’un référendum futur.

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) s’est réunie en assemblée extraordinaire les 21 et 22 décembre dernier afin de présenter aux représentants locaux les détails de l’entente. Après de bon débats, il fut évident pour les délégués-es qu’elle est loin de respecter nos objectifs salariaux Ce fait a amené les délégués-es de voté à près de 70 % pour la recommandation de l’exécutif de la FSSS et du comité de négo FSSS de rejeter l’entente de principe. Voici pourquoi :

Relativité salariale qu’est-ce que c’est ?

C’est comparer entre elles les catégories d’emploi des secteurs public et parapublic dans le but d’ajuster les échelles salariales de façon à atteindre la parité salariale pour des emplois comparables. Les catégories à prédominance féminine et à prédominance masculine ayant déjà été· évaluées dans le cadre des travaux d’équité salariale dans le passé, il reste à évaluer les titres d’emploi des catégories mixtes (sans prédominance sexuelle).

Actuellement, dans le réseau public il y a de nombreuses disparités salariales entre de nombreux titres d’emplois de même équivalence.

Exemple : à l’entretien ménager du CHUM le titre d’emploi LÉGER a un salaire suprieur au titre d’emplois LOURD alors qu’ils sont tous deux de travail équivalent.

Que fait la relativité (structure salariale) dans une entente sur les salaires ?

Depuis, 10 ans les syndicats sont en négociations avec le gouvernement sur la relativité salariale, et ce hors de tout contexte de négociation de convention collective, puisque ceci n’est pas une hausse pour maintenir le coût de la vie des salarié.e.s, mais un ajustement salarial dans un but d’équité entre les catégories d’emploi.

Inclure la relativité salariale dans le calcul total de la hausse salariale déforme la réalité puisque cette « hausse » ne concerne en réalité que des titres d’emploi ciblés. Donc ce n’est pas tout le monde qui y a droit et c’est pourquoi la relativité doit se régler hors de toutes négos de convention collective.

Montant forfaitaires

On nous offre un montant FORFAITAIRE de 500$ pour l’année 2015 et de 250$ en 2019. Pour 2015 c’est l’équivalent de 1% du salaire moyen (50 000$) dans le secteur public et 0.5% en 2019. Il faut comprendre que ce ne sont pas des hausses salariales, mais deux montants compensatoires imposables pour ces deux années Ces montants ne sont pas récurrents et ne s’accumulent pas dans notre retraite.
Les montants FORFAITAIRES sont calculés au prorata des heures travaillées au cours de ces deux années et non pas selon le salaire annuel. Cette situation crée une iniquité salariale entre les travailleurs travailleuses occasionnels/temporaires et les temps pleins.

Hausse de salaire ? Peut-être ! Appauvrissement ? Certainement !

Au départ le Front commun demandait : 13,5% sur 3 ans
Ensuite le Front commun est revenu avec une contre-offre, que voici :

1- Ajustement salarial selon le coût de la vie : une protection selon l’indice des prix à la consommation (IPC) avec un minimum de 1 %

2-rattrapage salarial Ensuite il demandait 1% par année jusqu’à ce que le retard de la rémunération globale constaté par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) soit résorbé.

3- un enrichissement collectif et solidaire : Pour terminer, un enrichissement collectif : 0.5% d’augmentation si la croissance du PIB est égale ou supérieur à 1%.


Cette contre-offre a réduit considérablement l’offre initiale du Front commun qui se situe à environ 8.5% sur 3 ans selon les aléas de l’IPC et du PIB. Or, l’entente entre le gouvernement et le Front Commun nous arrive avec un maigre 5,25% sur 5ans ??
Donc c’est l’appauvrissement assuré !!


Retraite

L’entente fait passer l’âge de la retraite de 60 à 61 ans, et la pénalité pour une retraite anticipé passerait de 4 % à6%.

Pourtant notre régime de de retraite (RREGOP) est en excellente santé financière, car il est capitalisé à 99%.

Durée de la convention

Le gouvernement nous impose une durée de 5 ans au lieu de 3 (durée inscrite dans la Loi sur la négociation du secteur public). Cette « prolongation » permet d’éviter un conflit syndical lors des prochaines élections.

« Nous avons aussi appris que si la peur nous fige, l’action elle nous permet d’avancer. La peur de perdre, la peur que la mobilisation soit insuffisante pour améliorer nos conditions de travail, la peur de déranger, la peur de la loi spéciale, autant de craintes que nous devons parvenir à dissiper. »

- Jeff Bedgley (président de la FSSS-CSN)

En résumé cette entente de principe à géométrie variable engendre une iniquité entre les travailleurs et les travailleuses selon leur statut et titre d’emploi.

Pour un emploi, un salaire et une retraite, décents pour tous et toutes !
Pour améliorer nos conditions de travail et protéger nos services publics ...
Il faut dire NON à l’entente austère !


Modèle de proposition de solidarité pour les syndicats qui poursuivront les moyens de pression

Considérant que l’entente de principe à la table centrale risque fort d’accroître l’appauvrissement des travailleuses et travailleurs du secteur public et implique des reculs sur les retraites ;

Considérant qu’il est légitime pour un syndicat ou une fédération de poursuivre les moyens de pression si les concessions gouvernementales ne lui apparaissent pas satisfaisantes ;

Considérant que les négociations du secteur public constituent toujours un moyen important de lutter contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard ;

Considérant que les syndicats qui poursuivront les moyens de pression seront moins nombreux qu’à l’automne, et auront donc besoin du plus grand nombre d’appuis possibles ;

Il est proposé

Que le syndicat x se déclare solidaire de la F AE et la FSSS(CSN) ainsi que tout syndicat ou fédération qui choisira démocratiquement de poursuivre les moyens de pression dans le cadre des négociations du secteur public ;

Que le syndicat x adopte le plan d’action de solidarité tel que présenté dans le document y ;

Que le syndicat x invite sa fédération et sa centrale à adopter une proposition similaire.

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