Édition du 30 novembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Notre camarade François Cyr (1952–2012)

Notre ami François est décédé aujourd’hui samedi 5 mai à l’hôpital Charles LeMoyne après une courte et fulgurante maladie. Il venaît d’avoir 60 ans et jusqu’à la dernière minute, il s’est activé entre ses multiples engagements professionnels et politiques. Beaucoup de monde vont le regretter.

(tiré du site des NCS)

François a commencé très jeune dans le mouvement étudiant sur la Rive-Sud de Montréal, puis au cégep du Vieux-Montréal. Il s’est investi par la suite dans la gauche radicale des années 1970.

Dans les années 1980, il a complété une maîtrise en science politique à l’UQAM sur le mouvement national acadien. Cette question nationale l’a toujours fasciné. Il était persuadé que l’approche traditionnelle de la gauche était insatisfaisante et qu’il fallait repenser la chose. Avec plusieurs camarades syndicaux et politiques de l’époque, il a contribué au grand débat sur cette question ce qui a permis au mouvement de gauche de jouer un rôle dans le référendum de 1980 et dans la réanimation subséquente du mouvement de masse.

Jusque dans les années 1990, il a exercé la difficile profession de chargé de cours, ce qui l’amené aux quatre coins du Québec. C’est à travers d’innombrables rencontres qu’il a tissé un important réseau de personnes engagées, qui ont répondu à son ouverture et à sa générosité. Il a également complété un diplôme en droit, d’où son implication dans la défense des chômeurs, des syndiquées bafouées et de tous ceux et celles qui voyaient leurs droits violés, avec ses camarades de la rue Beaudry.

François était infatigable et aussi un organisateur hors pair. Il a continué dans l’enseignement en participant au premier plan dans la syndicalisation des chargées de cours de l’Université de Montréal. Finalement embauché comme prof permanent au cégep d’Ahuntsic, il s’est également investi dans le renforcement d’un des syndicats les plus militants dans le monde de l’enseignement. De là, il s’est impliqué dans la Fédération nationale des enseignants et enseignantes du Québec où il a élu à l’exécutif pendant plusieurs années jusqu’au début des années 2000. Comme on l’a vu récemment dans le contexte de la lutte étudiante, la FNEEQ est devenue une fédération plus qu’active dans la CSN et même dans le syndicalisme de manière générale. Modeste, méthodique, loyal, loin des tensions interpersonnelles ou des frictions que l’on connaît un peu partout, François était franchement l’ami de (presque) tout le monde.

Entre-temps et au-delà de toutes ces batailles, François cherchait à réconcilier le combat social avec la construction d’une perspective politique. Il a participé à la mise en place du Rassemblement pour l’alternative progressiste (1996), puis à l’unification de divers partis de gauche au sein de l’Union des forces progressistes (2002). Un an avant, ce regroupement de la gauche avait réussi une première percée électorale avec la campagne de Paul Cliche dans Mercier (2001).

François était content de ses avancées, mais il pensait que cette convergence devait aller plus loin. C’est donc lui, dans une large mesure, qui a milité pour le rapprochement avec Françoise David et ses camarades de D’abord Solidaires, ce qui a débouché comme tous et toutes le savent sur la création de Québec Solidaire (2006). Durant cette période cruciale, François a présidé la commission politique et joué un rôle absolument central dans la genèse et le développement de QS. Également, il a contribué à l’élection d’Amir Khadir duquel il est resté, jusqu’à la fin, l’ami et le confident. Enfin toujours dans le cadre de QS, François a été le candidat du parti dans le compté de Marie-Victorin dans son « patelin d’origine ». Peu de temps avant sa maladie, il avait d’ailleurs été endossé pour porter à nouveau les couleurs de QS pour les élections qui s’en viennent d’ici quelque temps.

François était aussi un homme de réflexions et d’idées. Il lisait passionnément. Il portait beaucoup d’attention à l’histoire. Il pensait que la gauche contemporaine devrait créer et innover, mais sans réinventer la roue. C’est un peu ce point de départ qui l’a mené avec quelques amis et camarades à créer (2005) un nouveau projet qui a pris le nom des Nouveaux Cahiers du socialisme (NCS). Tout au long de ces dernières années, il a animé et présidé les débats des NCS, y compris lors d’une réunion récente (en mars) où on discutait, devinez quoi !, de la question nationale québécoise. On trouve plusieurs de ses textes sur le site des NCS et également sur le site de Presse-toi-à-gauche !

François Cyr laisse dans le deuil sa compagne Carole Potvin, sa fille Annie, son frère et ses deux sœurs, et en fin de compte un vaste clan familial qui est resté tricoter serré. Il laisse aussi un souvenir très vif parmi les centaines de militants et de militantes avec qui il a travaillé directement, sans compter tous les autres qui l’ont connu dans le mouvement syndical, dans l’enseignement (ses étudiantes !), à QS et ailleurs.

Il y aura en juin un hommage à François dans un lieu et une date qui seront annoncés prochainement.

Pierre Beaudet, 5 mai

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