Des montagnes de commentaires suivront ce match rocambolesque entre le Maroc et le Sénégal. Chacun y ira de sa petite lecture. Son opinion. Son idéologie. Sa frustration ou sa joie. Ce qui aurait dû rester un simple match de football, avec à la fin un gagnant et un perdant, se transformera en controverse. Beaucoup d’encre coulera. Beaucoup de mots. Beaucoup de certitudes aussi.
Cela n’aurait pas eu lieu si les règles du jeu en football avaient évolué au point de prendre en compte d’autres facteurs que le simple fait de marquer un but pour déterminer le vainqueur d’un match ? Mais si jamais cela arrive un jour, le football restera-t-il le sport le plus populaire au monde ? Donc, il y a dans les injustices du football, une part de nous. Toute la question : Savons-nous toujours l’assumer ?
Personnellement, je me garde une certaine retenue. Une petite gêne. Non par indifférence, mais pour ne pas tomber dans le piège. Le piège d’oublier que malgré les enjeux politiques, économiques, stratégiques et psychologiques qui gravitent autour de ces compétitions, cela demeure fondamentalement un jeu. Un jeu à notre image, humain, imparfait, chargé d’émotions, mais un jeu tout de même. À trop vouloir y projeter nos fractures, on finit par trahir ce qu’il est censé offrir. Un espace de rencontre.
Dans ce tumulte, un geste a tout remis à sa place. Celui du capitaine de l’équipe du Sénégal, Sadio Mane. Sur les conseils de Claude Le Roy, il a ramené ses joueurs sur le terrain, en disant simplement "On restera des hommes". Il a choisi la dignité plutôt que la colère. Il est allé à contre-courant de la décision de son entraîneur Pape Thiaw, qui avait ordonné aux joueurs de quitter le terrain. Ce geste-là, à lui seul, a rétabli l’esprit sportif. Il a rappelé que le football n’est pas seulement une affaire de résultats, mais aussi de valeurs. Cela a-t-il joué un rôle pour déstabiliser l’équipe de Hakimi ? À l’exception du moment du penalty où Diaz a perdu ses moyens, le reste de la rencontre, y compris la prolongation, à mon avis, a montré deux équipes qui ont joué leur survie et tout donné.
Sadio Mane a sans doute compris qu’en quittant le terrain, le Sénégal aurait perdu plus qu’une finale. Il aurait perdu quelque chose de plus précieux. Le respect de soi. La reconnaissance de l’adversaire. La mémoire d’un moment qui dépasse le score. Il aurait aussi perdu l’occasion de gagner parce que tout n’était pas joué.
Tout le reste appartient à la logique du jeu. Aux erreurs. Aux regrets. Aux occasions manquées. Le but raté de Brahim fait partie de cette vérité simple. Cela arrive. Le football est fait de ces instants fragiles où tout peut basculer.
Bravo aux gagnants. Ils ont su aller au bout d’eux-mêmes. Bravo aux perdants aussi, car ils ont gagné autre chose. Une leçon de tenue. Une preuve de grandeur. Ce soir-là, au-delà du résultat, le football a retrouvé ce qu’il a de plus beau. Sa capacité à rassembler sans effacer les différences. À faire de la rivalité un langage commun. À rappeler que même dans la défaite, on peut rester debout. Ensemble.
Deux nations, deux histoires, deux fiertés, mais une même pulsation. Celle d’un continent qui avance, qui se raconte, qui s’affirme. Dans cette finale, il n’y a pas véritablement de perdant. Il y a un peuple qui jubile et un autre qui sait que sa victoire viendra, reviendra. Il y a surtout une certitude tranquille. Lorsque l’Afrique joue, lorsqu’elle rêve ensemble, elle gagne déjà.
Je ne dirais jamais que les joueurs du Sénégal sont des sauvages, comme je l’ai lu dans un commentaire. Ce sont des hommes qui ont joué face à d’autres hommes avec comme supporteurs, des hommes et des femmes.
Il ne faut pas oublier que le monde va mal. En Palestine. En Iran. Et dans tant d’autres coins meurtris de la planète. Si un match, aussi important soit-il, nous offre un moment de répit, il ne devrait jamais nous faire perdre de vue l’essentiel. Même le jeu, dans ce contexte, devient symboliquement un acte de résistance. Une façon fragile mais réelle de tenir tête à tous les appétits impérialistes de ce monde, d’où qu’ils viennent.
Là où j’étais pour regarder le match, un bébé jouait. Il tournait le dos à l’écran. Indifférent au score. Étranger aux cris.
C’est lui que je regardais. C’est vers lui que toute mon attention s’est tournée. Dans son insouciance, il y avait quelque chose de plus fort que la victoire et plus grave que la défaite. Il y avait l’avenir.
Toutes mes prières lui étaient destinées. Pour qu’il gagne le match de sa vie. Celui qui se joue loin des stades. Celui où l’on apprend à rester humain dans un monde qui oublie trop souvent de l’être.
Mohamed Lotfi
18 Janvier 2026

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