Édition du 29 novembre 2022

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Asie/Proche-Orient

Péninsule coréenne : géopolitique de crise en Asie du Nord-Est

Reprise des grandes manœuvres militaires conjointes étatsuno-sud-coréennes, tirs en rafale de missiles balistiques par la Corée du Nord qui développe un programme de miniaturisation de l’arme nucléaire : l’Asie du Nord-Est est une nouvelle fois un foyer de tension entre les grandes puissances.

Hebdo L’Anticapitaliste - 637 (17/11/2022)

Par Pierre Rousset

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Wikimedia Commons

L’attention internationale se focalise sur l’Ukraine et Taïwan, cependant la péninsule coréenne est aussi un foyer de tension nucléaire qui s’avive périodiquement. C’est le cas aujourd’hui dans un contexte de crise régionale.

« Invasion territoriale de fait »

La situation intérieure en Corée du Nord, où sévit une crise alimentaire, est très dégradée depuis une vague meurtrière d’épidémie de Covid. Yoon Seok-youl, nouveau président de la Corée du Sud mal élu en mai dernier, est un conservateur au profil de faucon. Les grandes manœuvres militaires annuelles menées par Washington et Séoul avaient été suspendues en 2018 par son prédécesseur, Moon Jae-in ; elles ont récemment repris. Enfin, Pyongyang développe un programme de miniaturisation de l’arme atomique et renforce ses capacités balistiques ; Kim Jong-un a multiplié en octobre-novembre les tirs de missiles et laisse entendre qu’il pourrait procéder prochainement à un nouvel essai nucléaire (le dernier remonte à 2017).

Un accord avait été conclu entre Pyongyang et Séoul pour éviter toute provocation militaire. Il incluait l’instauration de zones tampons en mer et d’exclusion aérienne au-dessus de la zone démilitarisée séparant les deux États. La mésentente entre Donald Trump et Kim Jong-un, après une période d’embrassades, a mis à mal cette politique de désescalade. Elle est aujourd’hui inversée.

Vingt-trois missiles balistiques nord-coréens au moins ont été tirés dans la seule journée du 2 novembre, soit plus que durant toute l’année 2017, lorsque Kim Jong-un et Donald Trump s’injuriaient copieusement à coups de tweets. L’un de ces missiles est tombé près des eaux territoriales de la Corée du Sud, au-delà de la ligne maritime faisant office de frontière entre les deux États, ce que le président sud-coréen a dénoncé comme une «  invasion territoriale de fait ». Le 9 novembre, un nouveau tir a été effectué à une date politiquement choisie : durant le dépouillement des votes au Congrès des États-Unis et deux jours avant la réunion d’un sommet des dirigeants de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN).

Cette vague de tirs en octobre-novembre s’est produite alors que les grandes manœuvres aériennes étatsuno-sud-coréennes, appelées «  Tempête vigilante  » et que Pyongyang a qualifiées d’«  agressives et provocantes », mobilisaient des moyens particulièrement importants : des centaines d’avions, dont des bombardiers lourds B-1B.

Faire face à l’escalade

L’heure est donc à l’escalade. La perspective de négociations sur le gel du programme nucléaire nord-coréen est au point mort, Séoul n’ayant rien à offrir en ce domaine et Kim Jong-un ayant rappelé en mai dernier que «  l’arme nucléaire n’[était] pas négociable. ». Pyongyang veut effectuer un saut qualitatif tant en ce qui concerne la qualité des lanceurs que la miniaturisation de la bombe de façon à rendre sa capacité offensive opérationnelle.

Toute crise coréenne a d’emblée une dimension internationale majeure parce qu’elle concerne l’arme atomique et parce qu’elle implique très directement les grandes puissances, toutes activement présentes dans cet espace géopolitique : la Russie, la Chine, les États-Unis et le Japon. La Russie et la Chine ne contrôlent pas le régime nord-coréen malgré sa dépendance économique à leur égard, car Kim Jong-un est convaincu qu’ils continueront à opposer, bon gré mal gré, leur veto à une condamnation au Conseil de sécurité de l’ONU.

L’occupation militaire par le Japon impérial a laissé des traces profondes en Corée du Sud. Le mouvement citoyen est très vivace,qui exige que le Japon reconnaisse officiellement et répare les crimes commis contre les « femmes de confort » (victimes de la prostitution forcée de Coréennes par l’armée japonaise) — ce que les dirigeants nationalistes nippons se sont toujours refusés à faire. Cela a empêché une coopération complète entre Séoul et Tokyo. Il est cependant possible que dans le contexte présent, le gouvernement sud-coréen tourne définitivement cette page.

Il est aussi possible que le mouvement antiguerre dans la région prenne une ampleur nouvelle, incluant outre le Japon et la Corée du Sud, les États-Unis et la question de Taïwan. Une perspective à soutenir !

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