Édition du 20 août 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Enjeux de la gauche en marche

Pour la gauche : quelle stratégie ?

Poser la question, c’est implicitement amener la réponse. Poser la question d’une stratégie commune pour la gauche, implicitement cela fait référence à une gauche qui soit quelque peu unie... Or, dans les faits, même si de vastes composantes de la gauche sont regroupées au sein de Québec solidaire et de sa déclaration de principes, il n’en demeure pas moins qu’il existe une gauche extra-Québec solidaire, même minoritaire...

Poser la question de la stratégie commune nous oblige à poser la question suivante : sur quelle base politique reposera cette stratégie et, plus encore, sur quelles valeurs communes reposera cette stratégie et qui la cimentera ?

Force est d’admettre que les valeurs de la gauche sont toutes fort différentes des valeurs véhiculées par les autres partis politiques, y inclus le Parti québécois...

Durant de nombreuses années, et on ne peut lui en faire le reproche, la gauche indépendantiste n’avait aucun outil indépendant pour faire entendre sa voix. Plus généralement, la gauche tout court n’avait pas l’instrument qui mettrait en valeur ses convictions les plus profondes.

Pour la gauche québécoise, deux questions fondamentales s’agitaient en son sein : la question nationale et les questions sociales... En fait, j’aurais dû dire trois : la question nationale, les questions sociales et la question des femmes.

La gauche nationaliste avait, après 1980, adhéré à l’idée suivante : on ne règlera aucune question sociale si on ne règle pas la question nationale. Implicitement, la gauche nationaliste était invitée à intégrer le Parti québécois, reléguant toute solution aux questions sociales à un avenir lointain. La gauche abandonnait la question sociale pour la question nationale.

Pendant ce temps-là, et surtout au sein du mouvement des femmes, cette attitude de laisser tomber les questions sociales immédiates était inacceptable : pauvreté, misère, violence, injustice.

Pendant ce temps-là, au sein du PQ, un autre débat s’agitait "hors caméra". Depuis l’affaire Morin qui, imposant sa stratégie étapiste sous l’ordre d’Ottawa (scandale Morin), voyait naître un autre débat : question nationale, question internationale.

Nous allions assister, à partir du référendum perdu de 1989, à la soumission de toutes les questions sociales, non pas à la question nationale, mais à la question internationale (entendre le libre-échange et la mondialisation néo-conservatrice).

L’article 1 du programme du PQ, ce n’est pas de faire un référendum, mais de réaliser la souveraineté politique du Québec. C’est la priorité du PQ, selon tous ses congrès depuis sa fondation.

La réalité est tout autre : il faut demander au PQ, à ses cadres, à ses députés de déposer devant le peuple du Québec le nombre d’heures de travail de ses militants et militantes sur la question de la souveraineté du Québec, le nombre de services logistiques et leurs coûts devant le peuple du Québec, les sommes prises dans son budget pour la cause de la souveraineté du Québec. Quand un parti politique fait d’un programme d’action une priorité, cela se traduit inévitablement par des engagements de ressources et de budget.

Au PQ, aucun doute là-dessus, la souveraineté n’a pas été une priorité et ne l’est pas encore aujourd’hui. Quand Québec solidaire fait de l’égalité des hommes et des femmes une priorité, en regardant ses statuts, sa constitution, les membres femmes élues et les ressources qui y sont rattachées, on comprend que cela n’est pas un voeu pieux mais un "engagement".

Au PQ, non seulement cela ne fut pas un engagement mais tout porte à croire qu’il n’agissait que pour le compte d’Ottawa, en gardant toute la gauche souverainiste sous sa coupole pour que, dans l’éventualité où le mouvement social aurait débordé les politiciens et leur parti, le PQ puisse assurer de façon autoritaire la prise de l’État. En attendant, assurons-nous que le mouvement social abandonne l’idée de la souveraineté en faisant porter sur les épaules du mouvement social toutes les mesures d’ajustement structurel liées à la question internationale... Québec lucide !!!

Reprenons : la gauche nationaliste abandonne la question sociale pour la question nationale... au PQ qui abandonne la question nationale pour la question internationale. C’est maintenant clair, le PQ ne fera jamais l’indépendance du Québec !

Pour la gauche, l’ensemble de la gauche, la question n’est pas résolue... il n’y a pas de véhicule collectif pour exprimer ses valeurs et ses convictions sur la question nationale, les questions sociales, la question des femmes, jusqu’à tout récemment, avec Québec solidaire !

Québec Solidaire, à ce que j’en sache, entend se développer sur sa propre base, sur ses propres valeurs et aspirations, sur ses propres convictions, ses propres idéaux, quoi qu’en disent et en pensent les autres partis politiques.

S’il devait y avoir une stratégie pour la gauche, d’une manière logique, elle devrait prendre sa source dans ses propres convictions, plutôt que dans les convictions des autres. Et, à cet égard, il n’y aura pas de stratégie politique pour la gauche en dehors de Québec solidaire.

Cela n’oblige pas la gauche à y adhérer. Cela n’en demeure pas moins le seul canal politique pour qu’elle puissse émerger de la marginalité qui l’a souvent caractérisée et qui laissait voir, laissait croire à l’ensemble de la société civile qu’elle était en marge avec elle, ce qui ne fut jamais le cas. Elle est la composante dynamique de la société civile, une des composantes de la société civile. La rupture est terminée entre les aspirations sociales de nos citoyens et citoyennes et les aspirations sociales de la gauche, comme ce que l’on retrouve en France ces temps-ci, comme en Amérique latine, etc.

Vers un Québec libre et Solidaire
Simon Brouillard

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