Édition du 7 avril 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique d’austérité

Quand l'austérité penche toujours du même bord

Dans les dernières semaines, nous avons eu la démonstration que les mesures d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard s’attaquent aux travailleuses et travailleurs pendant qu’elles laissent les riches tranquilles. Il devient de plus en plus évident que ce gouvernement ne veut pas s’attaquer aux réelles sources de gaspillage de fonds publics et qu’il entend bien plus venir piger sans cesse dans les poches de la classe moyenne.

L’auteur est président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN).

L’austérité rime avec une diminution du pouvoir d’achat des travailleuses et travailleurs. Elle prend aussi la forme d’une attaque directe aux services publics qui ont pourtant pour mission de réduire les inégalités sociales.

Nous subissons des hausses de tarifs dans les services de garde pouvant aller jusqu’à 790 $ par année. À cela s’ajoutent des hausses de tarifs d’électricité ainsi que des taxes municipales et scolaires. Et que dire des millions de dollars de compressions que subissent les universités, les commissions scolaires et le réseau de la santé et des services sociaux ?

Nous nous en rendons bien compte, l’austérité penche toujours du même bord.

Pourtant, il serait possible d’économiser des milliards pour mieux les investir dans nos services publics. Il serait aussi possible d’aller chercher de nouveaux revenus pour donner de l’oxygène à la classe moyenne. Voici deux exemples de solutions pour nos finances publiques :

1. Une assurance médicaments entièrement publique

Il serait possible d’économiser entre 800 millions et 3 milliards de dollars en instaurant un régime entièrement public d’assurance médicaments. En misant sur le pouvoir de négociation de l’État, nous pourrions ainsi mieux contrôler les coûts des médicaments et permettre d’économiser de l’argent des fonds publics. Ce serait aussi les familles québécoises qui en bénéficieraient en voyant leur facture de médicaments diminuer.

Pour cela, il suffit que la volonté politique s’affirme et qu’on décide de mettre au pas les compagnies pharmaceutiques. Selon plusieurs études, la question des médicaments est une des causes principales de la hausse des investissements en santé. Ce n’est pas surprenant, puisque le Québec est l’endroit où l’augmentation des coûts des médicaments a été la plus importante dans la dernière décennie.

Il est temps d’agir là-dessus. Quand nous pensons que ces économies permettraient d’éviter de faire des compressions dans le réseau, nous nous demandons sérieusement ce que le gouvernement Couillard attend pour agir !

2. Agir contre les paradis fiscaux

Le scandale du Swiss Leaks démontre que les riches ont de moins en moins de scrupules et qu’ils sont plusieurs à ne pas hésiter un instant à contourner les règles fiscales pour payer moins d’impôts. On évalue que plus de 34 milliards de dollars sont perdus chaque année dans les paradis fiscaux. Imaginez les services que nous pourrions nous donner si nous parvenions à ce que chacun paie sa juste part !

Le Canada et le Québec ne sont malheureusement pas connus pour être très proactifs sur la question des paradis fiscaux. Pendant qu’on demande aux travailleuses et travailleurs de se serrer la ceinture, nous voyons bien qu’aucun effort n’est demandé aux plus riches. Et ce n’est pas si étonnant. Comme le disait Alain Deneault, auteur de Paradis fiscaux : la filière canadienne, en entrevue récemment, si nos gouvernants ne s’attaquent pas aux paradis fiscaux, c’est parce qu’ils en profitent, soit directement, soit par le biais de leurs appuis dans de puissants lobbys.

Les paradis fiscaux sont d’autant plus préoccupants qu’il s’agit d’un cercle vicieux qui a pour conséquence que la pression de maintenir en « équilibre » les fonds publics reposent de plus en plus sur les travailleuses et travailleurs, pendant que les réelles sources de richesse nous échappent. Il n’est d’ailleurs pas exagéré de dire que sans paradis fiscaux, il n’y aurait pas d’austérité !

À terme, ce sont plusieurs membres de la classe moyenne qui commencent à en avoir assez de payer pour tous les services et qui trouvent de plus en plus qu’ils n’en ont pas pour leur argent. Et ils n’ont pas totalement tort. Mais plutôt que de s’en prendre à nos services publics et à celles et ceux qui y travaillent, ne devrions-nous pas nous en prendre à celles et ceux qui profitent de cette situation ? Ne devrions-nous pas exiger que la richesse contribue à réduire les inégalités sociales ?

L’austérité n’est pas la solution

Nous devons donc prendre conscience que derrière le programme d’austérité du gouvernement Couillard se cache une attaque aux travailleuses et travailleurs. Pourtant, de réelles solutions existent pour nous assurer de maintenir nos services publics et de lutter contre les inégalités sociales.

Pourquoi ne pas y travailler ?

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