Édition du 25 février 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Politique québécoise

Quand les profits passent avant la vie…

Suite à une visite chez mon médecin, pour un rendez-vous que j’attendais depuis plus d’un an, celui-ci m’a remis deux prescriptions pour l’achat de médicaments. Croyant que j’étais couvert par mon assurance-médicaments, qui me coûte quand même 593 $ par année, je me disais que finalement cette assurance allait me servir. Surprise !

Le pharmacien m’avise qu’il y a un déductible de 16.25 $. Je n’étais pas très content, pas seulement à cause du 195$ par année que ça va me coûter à vie, mais aussi pour la « passe » qu’ont réussi à faire les compagnies pharmaceutiques en faisant payer à tous et toutes une assurance obligatoire, se garantissant ainsi de juteux profits.
En cherchant sur internet, j’ai appris que l’industrie pharmaceutique mondiale réalise en moyenne des profits de 253 milliards $ par année, et ce, malgré que 50 % des médicaments soient inefficaces selon une récente étude française... Au Québec, 23.8 % de l’augmentation des dépenses en santé provient du prix des médicaments. J’ai aussi appris que le gouvernement de Nouvelle-Zélande a créé Pharmac, une agence unique d’achat de médicaments.

Le grand pouvoir de négociation de cette agence lui a permis d’offrir les médicaments efficaces à bien meilleur prix. Grâce à Pharmac, l’augmentation du coût des médicaments prescrits en Nouvelle-Zélande a été de 0,15 % par année entre 1993 et 2009, alors qu’au Québec cette augmentation était de 10,9 % par année pendant la même période. Imaginons les économies que nous pourrions réaliser ici en s’inspirant de cette formule …qui implique d’abord que nos dirigeants mettent leurs culottes.

Pourquoi ne le font-ils pas ? Est-ce encore le système des enveloppes brunes ou la possibilité d’un emploi fort bien rémunéré à la sortie de la vie politique ?

Certaines personnes, dont le PDG de la CAQ François Legault, nous disent que notre filet social a beau être important, nous n’avons tout simplement plus les moyens de nous le payer. Étonnant qu’elles ne voient pas qu’en remplaçant le régime hybride public-privé d’assurance-médicaments actuel par un régime universel entièrement public, le Québec pourrait réaliser près de 2,7 milliards $ (les affaires.com) d’économies par année. Plutôt étonnant que ceux et celles qui s’inquiètent de l’état des finances publiques laissent passer de tels moyens de réduire les coûts de santé !

Sûrement que tous les partis politiques préoccupés par la dette du Québec ou le maintien des services sociaux appuieront le nouveau gouvernement s’il reprenait le projet de loi de Québec solidaire déposé à l’Assemblée nationale en juin dernier pour la création de Pharma-Québec, un groupe d’achat des médicaments. À moins bien sûr qu’ils ne défendent d’autres intérêts que ceux de la population…
Finalement, après un léger traitement à l’hôpital je me suis rendu de nouveau à la pharmacie où paraît-il on trouve un ami. Cet « ami » pharmacien m’arrive avec un petit tube pas plus gros qu’un carton d’allumettes : « Ça va faire 317$ ». Et moi de lui dire naïvement « C’est couvert par mon assurance j’imagine ? ».

« Non, dans le cas de ce médicament, vous devez revoir votre médecin qui remplira un formulaire que le ministère de la Santé analysera pour savoir si vous êtes éligible, et si c’est le cas vous devrez quand même payer 32% de la facture. »

Je suis reparti plutôt frustré en espérant que ma santé ne se détériore pas trop avant que je puisse avoir un autre rendez-vous avec mon médecin. … dans un an peut-être !
pierrelavergne@hotmail.com

Pierre Lavergne

Pierre Lavergne, La Gazette de la Mauricie, Trois-Rivières, mai 2012

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