Édition du 20 janvier 2026

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Afrique

Sahara occidental : la FETAFE dénonce une « trahison du droit international » après la résolution de l’ONU

En réaction à la résolution adoptée en octobre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations unies, la Fédération des Travailleurs Africains en France et en Europe (FETAFE) accuse l’organisation internationale d’avoir « piétiné le droit fondamental du peuple sahraoui à l’autodétermination  ». Son président, Saïd Ourabah, déplore une « dérive grave du multilatéralisme  ».

Par Mohamed AG Ahmedou, journaliste et analyste des dynamiques politiques sahélo-sahariennes

Un tournant diplomatique controversé

La résolution adoptée en octobre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations unies sur le Sahara occidental a suscité une vive émotion dans les milieux syndicaux et panafricanistes. En désignant le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme « base réaliste du processus politique », le texte semble, selon ses détracteurs, reléguer au second plan la perspective d’un référendum d’autodétermination, pourtant au cœur du mandat historique des Nations unies depuis 1965.

Dans une déclaration rendue publique le 3 novembre, la Fédération des Travailleurs Africains en France et en Europe (FETAFE) a dénoncé une décision qu’elle qualifie de « rupture morale et juridique majeure ». Son président, Saïd Ourabah, estime que « le Conseil de sécurité a tourné le dos à sa propre Charte », soulignant que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne saurait être soumis à des considérations politiques.

La FETAFE invoque le droit international

Dans sa déclaration, la FETAFE s’appuie sur plusieurs références juridiques précises pour étayer sa position. Elle rappelle les dispositions du Chapitre XI de la Charte des Nations unies, notamment les articles 73 et 74, qui garantissent aux territoires non autonomes la liberté de développer leurs propres institutions politiques. L’organisation évoque également la résolution 1514 (XV) de 1960, texte fondateur du processus de décolonisation, qui affirme le droit inaliénable des peuples à l’autodétermination.

« En présentant le plan d’autonomie marocain comme base du processus politique, cette décision piétine le droit fondamental du peuple sahraoui à l’autodétermination et tourne le dos aux principes essentiels de la Charte des Nations unies », peut-on lire dans la déclaration.

Pour Saïd Ourabah, le risque est celui d’une « légitimation implicite d’une occupation prolongée  », ce qui, selon lui, affaiblirait la crédibilité du système multilatéral et des normes internationales.

Un symbole d’un multilatéralisme en crise

La FETAFE estime que cette résolution illustre une crise plus large du multilatéralisme. Depuis plusieurs années, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) a vu ses ambitions initiales s’éroder, laissant le conflit dans une impasse prolongée.

Adopté sous l’impulsion de certaines puissances membres permanentes du Conseil, le texte d’octobre 2025 a été accueilli avec réserve par plusieurs États, qui ont souligné la nécessité de préserver l’équilibre entre les principes du droit international et les réalités politiques du terrain.

Pour les militants africains, cette orientation reflète une tension croissante entre le réalisme diplomatique et les idéaux fondateurs de la décolonisation. La FETAFE y voit «  un signal inquiétant » pour la défense des causes justes dans les enceintes internationales.
Une solidarité africaine réaffirmée

Fidèle à son engagement panafricain, la FETAFE appelle à une mobilisation des syndicats, des mouvements progressistes et des forces sociales du continent pour défendre le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même. L’organisation rappelle que le Front Polisario demeure reconnu par l’Union africaine comme le représentant légitime du peuple du Sahara occidental.

« Face à cette dérive grave, la FETAFE exprime sa solidarité totale et indéfectible avec le peuple sahraoui et son représentant légitime, le Front Polisario, dans leur lutte pour la liberté, la dignité et l’indépendance », affirme la déclaration.
Et d’ajouter :
« La justice, la liberté et la dignité des peuples ne se négocient pas. Elles se conquièrent, elles se défendent, elles se vivent. »

Un appel au sursaut des consciences africaines

Au-delà de la question sahraouie, la FETAFE déplore le silence de nombreux États africains face à une résolution qu’elle juge contraire à l’esprit du droit international. Pour Saïd Ourabah, cette attitude traduit une forme de renoncement collectif et interroge la place réelle de l’Afrique dans les processus décisionnels mondiaux.

« Cette résolution montre que la voix des peuples africains pèse encore trop peu face aux logiques institutionnelles », estime-t-il.

En réaffirmant son engagement aux côtés du peuple sahraoui, la FETAFE revendique une continuité historique : celle des luttes anticoloniales et syndicales africaines, fondées sur la justice et la dignité des peuples. À travers cet appel, elle invite à repenser le rôle des organisations internationales dans la défense des droits fondamentaux et à renouer avec l’idéal d’une décolonisation achevée et équitable.

PS : Monsieur Saïd OURABAH président de la fédération des travailleurs africains en France et en Europe - FETAFE

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