Édition du 12 mai 2026

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Environnement

Savoir dire non aux Glencore de ce monde

La Fonderie Horne est revenue dans l’actualité ces dernières semaines, plus d’une centaine de médecins de région de l’Abitibi-Témiscamingue demandant à la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, de renoncer aux assouplissements consentis par François Legault. Sa société mère, Glencore, avait fait savoir, début février, qu’elle allait suspendre ses investissements pour réduire les émissions polluantes si elle n’obtenait pas une entente avec le gouvernement du Québec. Elle n’a pas hésité à menacer de fermer le site de Rouyn-Noranda quelques jours auparavant.

En 2023, la fonderie avait déjà obtenu une autorisation ministérielle de continuer de polluer au-delà du seuil fixé par la réglementation environnementale de 3 ng/m3. Elle devait également travailler sur un plan d’action afin d’atteindre la cible de 15 ng/m3 en 2027. Cédant à la pression, à la fin mars, le gouvernement Legault avait repoussé l’exigence d’atteindre cette cible à 2030 en plus de prolonger l’autorisation ministérielle jusqu’à 2033.

La position dans laquelle se trouve la population de Rouyn-Noranda n’a rien de simple ni d’anecdotique. Il s’agit en fait d’une illustration parfaite des déchirements et des iniquités qui accompagnent l’application des réglementations environnementales. Bien que nécessaires, les interventions étatiques placent forcément ceux qui sont déjà victimes d’injustices environnementales (par une exposition accrue à des polluants) dans une situation de précarité économique (compte tenu de la dépendance régionale à des industries polluantes).

Dans ce contexte, la stratégie de Glencore s’apparente à un chantage inique. Jouant sur la peur et la vulnérabilité de la Ville de Rouyn-Noranda et des ouvriers de la fonderie, la multinationale use du pouvoir quasi féodal que détiennent les grandes entreprises vis-à-vis des États, en pratiquant le chantage à la délocalisation. Comme tant d’autres, Glencore se sert de son rapport de force pour imposer sa volonté.

Qu’on ne s’y trompe pas, elle arrive à imposer sa vision du monde : elle a obtenu l’attention du gouvernement, qui s’est empressé de réagir ; elle a obtenu le droit de continuer de polluer ; elle a obtenu de ne pas investir l’argent pour moderniser ses installations afin d’atteindre une cible cinq fois plus élevée. À ces gains immédiats s’ajoutent certains plus anciens : la création d’une zone tampon à laquelle participe financièrement le gouvernement ; l’octroi régulier de subventions gouvernementales et de la Ville ; le non-respect du seuil de 3 ng/m3 imposé par la loi. Et ajoutons qu’à ce jour, les concessions de Glencore sont minimes.

On ne doit alors pas s’étonner du déchirement et du sentiment d’impuissance qui affligent la population de Rouyn-Noranda, qui doit finalement choisir entre la peste et le choléra.

Dans son communiqué du 5 février dernier, le gouvernement du Québec appelait la Ville de Rouyn-Noranda, « comme gouvernement de proximité », à « se prononce[r] sur l’acceptabilité sociale » d’une prolongation du seuil intermédiaire d’émission. Quelques jours plus tard, le conseil municipal s’est rangé en faveur de la proposition du gouvernement, accordant « sept années de prévisibilité réglementaire ». Or, cette décision, prise à huis clos, est décriée par plusieurs citoyens. Dans les circonstances, peut-on raisonnablement parler d’un quelconque compromis socialement acceptable ?

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La situation met en lumière, bien au contraire, le flou artistique entourant l’acceptabilité sociale dans les débats publics québécois. Même si elle est systématiquement présentée comme une norme décisionnelle, aucun seuil clair ne peut être établi tant par le gouvernement que par la littérature scientifique. En lui demandant de se prononcer sur l’acceptabilité sociale de sa mesure, le gouvernement du Québec n’a rien fait d’autre que lancer le conseil municipal dans une quête sans issue.

Comme le soulignait avec raison l’équipe des communications de la municipalité, « comment la Ville pouvait-elle de façon sérieuse mesurer l’acceptabilité sociale de la proposition qu’il avait mise sur la table ? » En effet, qui sonder et comment ? Quel poids accorder à chaque catégorie de personnes concernées ? Mais surtout, quel niveau d’adhésion viser ? Toutes ces zones d’ombre laissent l’évaluation de l’acceptabilité sociale à la pleine discrétion de certains acteurs, et maintiennent inchangés les rapports de force qui traversent les communautés.

Dans ce genre de dossiers, au lieu de tenter de « mesurer » l’acceptabilité sociale, il faut plutôt chercher à corriger ces rapports de force problématiques. Cela requiert la création de contre-pouvoirs, mais aussi l’aménagement d’un espace institutionnel où peuvent véritablement s’exprimer les résistances à l’égard de mesures aussi controversées. Il faut aussi trouver des solutions concrètes aux préoccupations, par ailleurs légitimes, des travailleurs de l’entreprise.

Dans son mémoire déposé en 2022, Émilise Lessard-Therrien appelait à la fin de la « complaisance envers Glencore », mais surtout à la « prise en main collective de notre devenir ». Dans son Livre vert sur l’acceptabilité sociale, le gouvernement du Québec rappelait qu’un processus de consultation doit pouvoir « se traduire par le refus d’une communauté ». À cet égard, l’ancienne députée de Québec solidaire dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue a raison : pour qu’une telle possibilité soit effective, il faut se donner collectivement les leviers et les ressources pour pouvoir dire non aux multinationales comme Glencore.

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Professeur et membre de l’Institut d’éthique appliquée (IDÉA).

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Professeur et membre de l’Institut d’éthique appliquée (IDÉA).

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