Édition du 9 juin 2026

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Afrique

Sombres nuages sur l’Ethiopie

De nouveau, une menace de guerre civile plane sur l’Éthiopie, opposant différentes factions au détriment des populations déjà durement meurtries.

En 2020 éclatait une guerre meurtrière en Éthiopie entre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF en anglais), qui a gouverné le pays pendant des décennies, et le gouvernement fédéral dirigé par Abiy Ahmed. Un conflit qui se terminera deux années plus tard avec les accords de Pretoria, dont les deux parties s’accusent mutuellement de violer les dispositions.

La guerre de 2020

Abiy Ahmed est arrivé au pouvoir en avril 2018 sur fond de mobilisation populaire contestant le pouvoir du TPLF, notamment sa faible représentativité, les Tigréens ne représentant que 10 % de la population. Depuis, les tensions entre le gouvernement fédéral et le TPLF n’ont fait qu’augmenter, débouchant sur la guerre de 2020. Dans ce conflit, les forces fédérales se sont liguées avec les milices communautaires amhara et afar, et surtout avec l’armée érythréenne, avec laquelle elles étaient en guerre six ans auparavant.

Défait militairement, le TPLF dut se résoudre à signer les accords de Pretoria, stipulant entre autres la mise en place au Tigré d’un gouvernement régional consensuel entre les deux parties. Les tensions actuelles s’exacerbent autour de cette question.

Nouvelles alliances

Juste après la paix, des oppositions ont vu le jour entre l’Éthiopie et l’Érythrée qui s’est approfondie avec les déclarations d’Abiy Ahmed. Il considère que son pays doit avoir accès à la mer par tous les moyens, ressuscitant le différend historique autour du port d’Assab, situé en territoire érythréen.

Au Tigré, l’aile radicale du TPLF a mené un coup de force contre le gouverneur régional Tadesse Werede, accusé d’être trop conciliant avec Abiy Ahmed.

Le TPLF reproche également l’occupation par les milices amhara d’une partie de son territoire et l’impossibilité, pour les réfugiés tigréens, de revenir sur leurs terres. Le gouvernement fédéral, considère que le coup de force contre Tadesse équivaut à la fin de l’accord de paix. Il tente aussi de saper l’activité du TPLF en promouvant des forces politiques et militaires favorables à sa politique. À cela s’ajoute un retournement de situation dont le pays est coutumier : les ennemis d’hier deviennent les alliés d’aujourd’hui à travers une alliance entre le TPLF et les forces érythréennes.
Les enjeux de ces luttes entre les différentes factions éthiopiennes ne sont que des enjeux de pouvoir, car toutes ces forces sont libérales, avec pour objectif d’intégrer le pays dans la mondialisation capitaliste en imposant les contraintes sociales à leur population.

La paix en sursis

Le risque d’une nouvelle guerre existe, mais il n’est pas certain. Des élections doivent se tenir en juin et Abiy Ahmed n’a peut-être pas envie de gâcher un scrutin dont il sait qu’il sortira vainqueur faute d’opposition. L’Éthiopie, comme la plupart des pays africains, connaît des pénuries de carburant liées au blocage du détroit d’Ormuz, ce qui poserait des problèmes logistiques à l’armée fédérale en cas d’offensive. Enfin, une guerre ouverte constituerait une opportunité pour d’autres pays que l’Érythrée de soutenir le Tigré, comme l’Égypte, qui entretient un fort contentieux avec l’Éthiopie sur la gestion du Nil, ou encore les Forces armées soudanaises.

Abiy Ahmed pourrait donc choisir une autre option : celle d’un renforcement du blocus économique. Dans tous les cas, ce seraient les populations civiles, déjà sévèrement touchées, qui en feraient les frais. Dès lors, beaucoup de jeunes hommes tentent de fuir la région pour éviter d’être impliqués dans un éventuel conflit.
Paul Martial

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