Édition du 30 novembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Sorcières

Le Comité des femmes de Qs Capitale nationale a tenu le 30 octobre sur zoom un Cabaret féministe spécial Sorcières. Voici le texte que la Commission nationale des femmes que Qs a soumis à l’auditoire.

« Le féminisme encourage les femmes à quitter leurs maris, à tuer leurs enfants, à pratiquer la sorcellerie, à détruire le capitalisme et à devenir lesbiennes. » Pendant longtemps, j’ai peu compris ce qu’avait à voir la sorcellerie dans cette boutade de Pat Robertson, un télévangéliste américain, disons-le, un peu… conservateur. Mais c’était l’insulte la plus belle que j’avais vue et je l’ai revendiquée avec joie et hardiesse.

Depuis, la sorcellerie est devenue une figure prépondérante dans le mouvement féministe contemporain, notamment grâce au best-seller de Mona Chollet, « Sorcières ». Si ça se trouve, vous l’avez peut-être même déjà lu. Aujourd’hui, j’avais envie de m’inspirer de cet essai, en nous rappelant ce qui fait des femmes des sorcières et ce qui fait des sorcières, des femmes.

Guérisseuse, soignante, ramancheuse, la sorcière est d’abord une sage… femme. Au Moyen âge, alors que la médecine, très masculine, se pratiquait à coup de théologie, de saignées et de sangsues, la sorcière du village employait des plantes dont les vertus curatives sont maintenant éprouvées. Ses savoirs étaient développés suite aux expériences concrètes qu’elle avait du monde, un peu comme la recherche-action des centres de femmes qui s’opposent parfois aux analyses, trop éthérées, des auteurices universitaires dont le cadre théorique est à mille lieux de la réalité quotidienne. Car on peut discuter pendant des siècles des humeurs, de bile noire ou jaune, de tempérament flegmatique, sanguin ou mélancolique… Ou bien, à QS, on peut s’enfarger dans les fleurs des virgules, des sous-amendements, des comités consultatifs ou des acronymes : CNA, CNF, CCN, Coco, CP, CT… Mais au jour le jour, ce sont les femmes qui soutiennent la vie quotidienne des associations, c’est encore elles qui « carent ».

La sorcière est probablement une des premières figures de femmes indépendantes, affranchies. Vivant seule, vieille et vieille fille sans enfant, pratiquant l’avortement, elle avait le culot de changer l’ordre du monde et c’est plausiblement pourquoi on la redoutait autant. On sait toutes que le ressac patriarcal fut d’une violence inouïe. On rapporte qu’en Suisse, au XVIe siècle, pendant la chasse aux sorcières, il ne restait plus qu’une femme en vie dans deux villages. 368 avaient péri sur le bûcher. Toute femme qui dépassait du rang était suspecte : si elle était trop exubérante ou trop timide, si elle avait trop d’amies ou pas assez, si elle fréquentait trop souvent la messe ou la manquait régulièrement… Ce qui me fait croire que de nos jours, toute femme est encore une sorcière, puisque nous sommes toujours coupables : trop sexy ou trop prudes, trop ridées ou trop botoxées... les femmes parlent fort et tout le temps, mais restent silencieuses quand vient le temps d’aller directement à la police quand elles se font violer. Aucune porte de sortie : une femme à l’eau qui coulait était innocente, une femme qui flottait pratiquait la sorcellerie et méritait d’être immolée. Notre destin était et est irrémédiablement lié à notre genre et la victime est continuellement blâmée.

Finalement, la sorcière représente un autre rapport à notre planète. Elle fait un usage journalier de sel, de fleurs des champs, d’écorces, de coquilles d’œufs, de plumes, de quenouilles, de cristaux dans ses diverses potions. Dans ses rituels, elle appelle la force des quatre éléments : terre, air, feu, eau. Ses pratiques spirituelles suivent les saisons et les cycles naturels, de la nouvelle à la pleine lune, des solstices aux équinoxes. La sorcière est écologiste avant l’heure. Elle n’est pas extractiviste, elle n’est pas colonialiste, elle est botaniste et elle est... écoféministe.

De nos jours, la sorcellerie et l’activisme font bon ménage. Des sorcières américaines ont jeté des sorts sur Donald Trump. Les sorcières noires invoquent la puissance de leurs ancêtres pour combattre le racisme. De nombreuses sorcières youtubeuses sont queers et déconstruisent les rôles du genre sur Internet. Nous pouvons donner le point à Pat Robertson, féminisme et sorcellerie sont faits pour bien s’entendre.

Et ce soir, justement, j’ai envie que nous sortions encens, branches de cèdres, feuilles de laurier et que nous purifions l’espace social de toute la négativité que nous a amené le patriarcat. (En passant, la sauge blanche est dénoncée pour des raisons écologiques et … colonialistes, c’est de l’appropriation culturelle des traditions autochtones, j’en ai acheté, je le savais pas, faites pas ça.) L’heure est à la sororité, au cercle, au « coven », à la force collective qui nous habite toutes. C’est le temps d’agir avec intention, d’écrire nos pétitions, de faire nos incantations à l’Assemblée nationale. L’oracle me dit que si QS est élu au pouvoir, il y aura plus de places en CPE, de financement en santé et en éducation, de services en CHSLD, de droits du travail pour les femmes migrantes, d’ascenseurs pour les femmes à mobilité réduite. Je dessine sceaux et talismans sur le champ !

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