Inspirés de faits réels, ces films offrent un aperçu de ce que vivent les familles palestiniennes depuis des décennies, de la colonisation britannique à la vie sous l’apartheid et le génocide israéliens actuels.
Trois de ces films ont été soumis et pré-sélectionnés pour la 98eme édition des Oscars, comme l’a révélé l’Académie américaine du cinéma mardi soir. C’est une sélection historique, qui indique une reconnaissance des récits palestiniens, longtemps tenus à l’écart des grandes scènes mondiales.
Ces films sont les suivants :
« La voix de Hind Rajab » sort au cinéma le 26 novembre
“Je ne peux pas accepter un monde où un enfant appelle à l’aide et où personne ne vient. Cette douleur, cet échec, nous appartiennent à tous”, explique la réalisatrice Kaouther Ben Hania pour présenter son nouveau film, « The Voice of Hind Rajab ».
À l’origine de ce film, il y a la tristement célèbre histoire de Hind Rajab, une enfant de 6 ans qui tentait avec sa famille de fuir les affrontements en février 2024. Leur voiture a été attaquée par un char israélien, tuant 6 passagers, laissant Hind Rajab et sa cousine pour seules survivantes. Les deux enfants, encore piégées dans la voiture alors que des affrontements avaient lieu autour d’elles, ont appelé les secours. La cousine, qui tenait le téléphone, a été tuée à son tour, et Hind Rajab a repris le téléphone, pleurant et criant que les forces israéliennes leur tirent dessus au milieu du bruit des coups de feu avant d’être elle-même tuée.
L’enregistrement de l’appel de cette enfant et ses derniers mots, « j’ai tellement peur », ont fait le tour du monde et ont sensibilisé une grande audience au crimes commis par Israël à Gaza, encore largement silenciés par les médias occidentaux.
Le film de Kaouther Ben Hania a été tourné en Tunisie, et il est le fruit d’un travail documentaire rigoureux, réalisé en lien avec la famille de Hind et le Croissant-Rouge. En s’appuyant sur les témoignages et l’enregistrement de l’appel, la cinéaste a imaginé un récit tourné en huis clos, qui met en scène les secouristes ayant reçu l’appel, qui répondent à l’original de la voix enregistrée de Hind Rajab.
« Parce que les images violentes sont partout sur nos écrans, nos fils d’actualité, nos téléphones », explique la réalisatrice, « je voulais me concentrer sur l’invisible : l’attente, la peur, le silence insupportable quand l’aide n’arrive pas. Parfois, ce que l’on ne voit pas est plus dévastateur que ce que l’on voit. »
Récompensé du grand prix du jury à la Mostra de Venise et choisi pour représenter la Tunisie à la prochaine cérémonie des Oscars, le film sortira dans les salles françaises, sous le nom de « La voix de Hind Rajab », le 26 novembre prochain.
Une série d’avant-premières aura lieu dans plusieurs villes simultanément, qui retransmettront en direct un entretien avec la réalisatrice et l’équipe du film.
Le film « Ce qu’il reste de nous » en avant-première le 19 octobre à Montpellier
À l’occasion du festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier, qui se tiendra du 17 au 25 octobre prochain, un projection en avant-première du film « All that’s left of you », titré en français « Ce qu’il reste de nous », se tiendra le 19 octobre prochain au cinéma Diagonal à Montpellier.
Il s’agit du troisième long-métrage de Cherien Dabis, réalisatrice, scénariste et productrice états-unienne d’origine palestinienne. L’intrigue commence en 1988, alors qu’un jeune homme, Noor (Muhammad Abed Elrahman), est grièvement blessé lors une manifestation en Cisjordanie.
Pour faire comprendre qui il est, sa mère Hanan (Cherien Dabis) retrace son histoire sur trois générations, dans une saga familiale qui s’étend de 1948 aux années 2020, et retrace l’histoire de la colonisation de la Palestine par Israël à travers les yeux d’une famille palestinienne ordinaire.
Son récit remonte à 1948, lorsque le grand-père de Noor, Sharif (Adam Bakri), refuse de quitter Jaffa pour protéger la maison et l’orangeraie. Mais la guerre, l’expulsion et l’emprisonnement déchirent la famille. Le fils de Sharif, Salim (Saleh Bakri), grandit dans l’ombre de son pays natal qu’il n’a jamais vraiment connu.
Lorsque, des décennies plus tard, Noor proteste contre les soldats israéliens, l’histoire semble se répéter. Mais au milieu de la crise, Hanan et Salim prennent une décision courageuse qui redonne espoir à la famille et promet un chemin vers la réconciliation.
Ce qu’il reste de nous a été présenté en avant-première au festival du film de Sundance fin janvier 2025 et sort dans les cinémas allemands le 20 novembre 2025. Le film est présenté par la Jordanie comme contribution à la cérémonie des Oscars 2026 dans la catégorie du meilleur film international.
Javier Bardem et Mark Ruffalo se sont associés en tant que producteurs exécutifs du film, lui conférant une portée à la fois artistique et politique, susceptible de toucher un public élargi.
S’il n’est pas prévu dans les salles françaises avant mars 2026, il sortira en Suisse dès le 15 octobre.
Palestine 36 : une fresque historique et politique au cinéma en janvier
Le film « Palestine 36 » retrace la naissance et l’échec de la révolte menée par les agriculteurs en 1936 contre la domination coloniale britannique en Palestine.
« En 1936, en Palestine sous mandat britannique, Yusuf, un jeune homme partagé entre l’attachement à son village natal et l’effervescence politique de Jérusalem, tente de trouver sa voie dans un contexte de tension politique croissante. Alors que les villages s’insurgent contre la domination coloniale, que l’immigration juive s’accélère en provenance d’Europe fuyant le fascisme, et que les Palestiniens appellent à l’indépendance, s’amorce une collision inévitable entre les forces en présence. »
Le film « Palestine 36 », célébré en septembre dernier au festival de Toronto, sortira en salles en France en janvier 2026. Réalisé par Annemarie Jacir, il propose une fresque historique et politique, chronique de la lutte contre l’empire, de dépossession de terres, d’opportunités perdues, d’idéaux trahis et d’aspirations de jeunesse anéanties.
Le film réunit une distribution internationale : l’acteur oscarisé Jeremy Irons, la star de Game of Thrones Liam Cunningham, l’acteur tunisien Dhafer L’Abidine, ainsi que les talents palestiniens Hiam Abbass, Yasmine Al-Massri, Kamel El Basha et Saleh Bakri.
Candidat pour la Palestine au prix du Meilleur film international, ‘Palestine 36’ promet de faire découvrir à un large public l’insurrection des paysans palestiniens contre l’empire britannique, apportant des clés de lecture historiques essentielles.
« C’est l’un des moments les plus marquants de notre histoire en tant que Palestiniens », explique la réalisatrice à Télérama. « Il pose les bases de tout, absolument tout ce qui suivra. On ne peut comprendre la Nakba, l’Intifada ou la situation actuelle sans comprendre comment le décor s’est installé à cette époque. Cette révolte est remarquable : une insurrection paysanne qui a pris le dessus face à un empire. Je voulais voir ce film, alors je me devais de le faire. »
Le film a été pensé avant le 7 octobre 2023, et son tournage a été retardé par la guerre génocidaire à Gaza et ses échos en Cisjordanie. En partie relocalisé en Jordanie, la production a néanmoins persisté, comme le raconte Annemarie Jacir :
« J’ai perdu le compte du nombre de fois où le tournage a commencé et s’est arrêté. Le scénario, l’histoire, le lieu tout a changé. Nous avons continué. Ce film a été l’aventure la plus éprouvante de ma vie. Que cette année de sang, de violence et de mort ait aussi donné naissance à une œuvre tissée de tant de mains et de cœurs est pour moi un acte d’amour et de défi. Comme Mahmoud Darwich, je suis convaincue que ‘chaque beau poème est un acte de résistance’. »
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