Édition du 27 septembre 2022

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Afrique

UNE PAGE SOMBRE DE L’HISTOIRE COLONIALE FRANCAISE

BEN M’HIDI : LE STRATEGE REVOLUTIONNAIRE ELIMINE PAR NŒUD COULANT

«  Jetez la Révolution dans la rue, le Peuple s’en emparera à bras le corps ! » L.Ben M’Hidi

De Paris, Omar HADDADOU
photos Omar Haddadou (Archives)

L’impact de l’engagement politique est au peuple, ce que la détermination de l’index au percuteur d’un fusil !
Parcimonieusement filmé dans la « Bataille d’Alger », l’un des fondateurs du Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action - futur FLN (Front de Libération Nationale), regroupant les 22 membres favorables à l’insurrection algérienne, duquel émergera le fameux groupe des 6 qui déclenchera la lutte armée du 1er novembre, avait donné(tardivement)matière à des réalisations cinématographiques, des documentaires et des débats circonstanciés.

Au-delà de l’éclairage sur le conflit du leadership, l’abjecte exécution sommaire du chef du FLN de la zone d’Alger, Larbi Ben M’hidi (34 ans), par pendaison le 4 mars 1957 - faute d’obtention de quelque aveu, au cours d’un interrogatoire homicidaire exécrable - se révèle comme l’un des crimes les plus féroces de la colonisation française.
Crime accompli bestialement par le faucheur de la mort, Paul Aussaresses, alias « Commandant O » qui dirigeait les parachutistes dans la capitale. Ce dernier reconnaissait la pratique de la torture et des assassinats perpétrés par les escadrons de la mort.
Promoteur de la sale besogne, des corvées de bois, le bourreau, auteur des 45 décapitations dont 24 de ses mains, avoue avoir mené à bien son forfait, sans la moindre contrition : « J’ai tué Ben M’hidi sans état d’âme », ou encore « J’étais indifférent, il fallait les tuer (Algériens, nes), c’est tout. Et je l’ai fait… ».

A noter cette sordide jubilation du subordonné remettant chaque matin son compte-rendu au supérieur hiérarchique : « On a ramassé untel, demain, on le tuera ! ». La moue de Massu valant acquiescement, le bourreau continuait.

Si ma mémoire lexicale en langue allemande m’est toujours fidèle, on appelle ce genre de criminels « Massenmörder ».
Se faisant, le futur responsable militaire français de haut rang, rendra une grâce impérissable à la postérité et l’honneur du chef du FLN, pendu avec la bénédiction fardée de Bigeard et Massu peu après minuit et sans jugement, dans une ferme désaffectée d’un colon boutefeu, au cœur de la Mitidja.
La plaine exubérante du terroir algérien qui nourrissait la France, source d’inspiration des plumes pénétrantes de Maupassant, Roblès, Daudet, Camus et les pinceaux de Dinet, Delacroix et Renoir, devient le théâtre d’une inconcevable ignominie Conduit vers la mort, le détenu s’oppose vainement au port du bandeau autour de ses yeux. « C’est un ordre ! » feule le patenté des entreprises macabres. « Je suis moi-même Colonel de l’ALN, je sais ce que sont les ordres ! » s’insurge le militant nationaliste. Le nœud coulant censé achever Mohamed Larbi Ben M’hidi, accroché au tuyau du chauffage longeant le plafond, rompt brusquement.

Aussaresses, père des abominations portées aux nues et des offices charogneux salués, remet ça, après s’être délecté d’une simulation de trépas cocasse par l’un de ses parachutistes, provocant l’hilarité générale.
La deuxième tentative ôte la vie au valeureux combattant !

Accréditant son inclémence, le borgne bat sa coulpe dans ses funestes mémoires : « Le massacre relève de la routine » « Le meilleur indigène est un indigène mort » De l’argumentaire contextuel validant l’infâme impunité, la Justice et le Politique se chargeront consciencieusement, approuvant la gouvernance par le gibet. Aussi l’ancien garde des Sceaux français laissera-il passer à la guillotine, Ahmed Zabana et conduire au couloir de la mort des militants du Parti communiste algérien, Fernand Yveton et le jeune mathématicien Maurice Audin, Assistant à l’Université d’Alger. Dans un enregistrement audio, Aussaresses balbutie sur son lit de mort : «  On a tué Maurice Audin au couteau, pour faire croire que les Arabes l’ont achevé ! »
Du haut de son perchoir, René Coty ne fera pas dans la dentelle, en rejetant 45 fois la grâce présidentielle à Ben M’hidi.

Le temps passant, les porteurs de macules du legs « Nationalsozialismus » se découvrent une raison d’être, celle de la réédition d’une idéologie mortifère endurée. Face à l’épreuve, Ben M’hidi lui, fera montre d’impassibilité, de courage et de grandeur, forçant l’admiration du Secrétaire général de la police nationale française, Paul Teitgen et du capitaine J. Allaire. Les deux s’étaient abstenus de le torturer où de l’exécuter. Le second ira jusqu’à braver le Commandement en lui faisant présenter les armes : « J’aurais aimé avoir un patron comme ça ! J’aurais aimé avoir beaucoup d’hommes de cette valeur, de cette dimension, de notre côté. Ben M’hidi est un Seigneur ! Impressionnant de calme, de sérénité et de conviction ! » déclare-t-il, admiratif. Quant à sa bravoure, son face à face avec le colonel Marcel Bigeard, à la tête du régiment de parachutistes coloniaux (RPC), en dit long :
«  Je vous fais enlever les menottes et vos liens aux chevilles, si vous me donnez votre parole d’honneur de ne pas chercher à s’enfuir ». Et Ben M’hidi d’objecter : « N’en faites rien ! Si vous me détachez, je sauterai par la fenêtre pour aller rejoindre le combat  ».

Dans un témoignage poignant, Drifa, la sœur de Ben M’hidi, qui accuse la France de pillage et de génocide, fait part de la teneur de son échange avec le colonel Bigeard : «  Il m’a dit qu’il a livré mon frère aux services spéciaux, c’est-à-dire à Aussaress ! ». La puissance coloniale n’étant pas comptable de ses travers sanguinaires, aucun jugement ne sera prononcé à l’encontre des trois hommes. Si ! par l’Histoire, en les classant comme illustres auteurs du supplice de la baignoire et l’utilisation de la gégène (décharges électriques sur les parties génitales des militants et combattants algériens).

Homme de culture étendue et féconde, l’irréductible combattant de la première heure vouera toute son existence aux plus nobles causes ; celles de l’autodétermination de son pays et l’instruction de la femme algérienne, comme catalyseur pour le progrès.
De son vivant, il n’a eu de cesse d’exhorter sa sœur Drifa à être brillante dans ses études, soulignant l’importance du rôle de la gent féminine à faire avancer la société, auprès des hommes.
Rejetant l’offre de la délation, l’artisan du mouvement indépendantiste, l’éveilleur des consciences, succombera pendu, dans la dignité !

O.H

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