Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Résistances ouvrières

Rio Tinto Alcan

Un autre coup dur pour les travailleurs et travailleuses du Québec

Ce lock-out est très représentatif des derniers conflits de travail, le droit de grève ou d’action syndicale est carrément remis en question. Les employés de Poste Canada se sont vus refuser le droit de grève, les travailleurs du Journal de Montréal ont dû faire avec les briseurs de grève qui faisaient parvenir leurs articles grâce à internet, les travailleurs de Couche-tard ont perdu leur emploi à cause de leur volonté de se syndicaliser et maintenant, les travailleurs et travailleuses chez Rio Tinto Alcan subissent une injonction qui leur enlève le droit de contrôler les entrés et sorties des cadres de l’usine.

L’année 2011 aura été une année particulièrement difficile pour des milliers de travailleurs et travailleuses québécois. Les lois de retour au travail, les fermetures d’usines et les défaites syndicales ont été abondantes. Nous pouvons penser aux travailleurs de Poste Canada qui par une loi antisyndicale et antidémocratique se sont faits enlever le droit de défendre leurs intérêts. Le personnel d’Air Canada s’est aussi fait menacer par une pareille loi. Après deux ans de lock-out, les employés du Journal de Montréal ont dû accepter la signature d’une piètre convention collective.

Des travailleurs chez Couche-tard qui s’étaient syndiqués ont perdu leur emploi ou ont été menacés de fermeture. Plus récemment, en décembre, les ouvriers et ouvrières des pâtes et papiers de la White Birch ont vu leur usine fermer temporairement à Masson-Anger, à Québec et à Rivière-du-Loup en raison d’un conflit de travail. La compagnie demande aux employés de céder vingt pourcent de leur salaire et vingt-cinq à quarante pourcent de leur fond de retraite. Il en va de même pour les travailleurs et travailleuses du reste du Canada, nous pouvons citer l’exemple de l’Electro-Motive Diesel qui a mis en lock-out 400 employés à London, Ontario.

À la veille du Jour de l’An, les dirigeants de la compagnie Rio Tinto Alcan se rencontrent pour discuter du rejet de la proposition de convention collective des trois unités syndicales dans leur usine d’Alma. Pendant la nuit du 31 décembre au 1e janvier, les patrons envoient des gardes de sécurité dans l’usine pour faire sortir les travailleurs : le lock-out est décrété. L’usine emploie près de 800 travailleurs et travailleuses et elle est l’une des plus grandes productrices d’aluminium en Amérique du Nord. Depuis le 4 octobre, les parties patronale et syndicale sont entrés en négociation en vue de la prochaine convention collective.

Le point de division est l’usage accru de sous-traitance dans la production. En 2011, Rio Tinto Alcan dit avoir fait travailler pour 125 000 heures des employés issus de la sous-traitance et la compagnie tient à doubler ce nombre d’heures passant à 305 000 heures. Les travailleurs de l’usine tiennent à ce que l’aluminerie mette un planché d’emploi dans le but restreindre la sous-traitance pour que la collectivité d’Alma puisse préserver des emplois à salaires décents.

La sous-traitance est utilisée par les compagnies pour diminuer le coup de production en employant des travailleurs et des travailleuses moins payés et non protégés par la même convention collective que la majorité des employés à temps pleins d’une usine. Les employés de la sous-traitance acquièrent moins de compétences de travail et ils pourraient être qualifiés de « cheap Labor » moderne. Les lock-outés à Alma veulent des conditions de travail acceptables pour l’ensemble des travailleurs et travailleuses de l’usine et non pour eux seulement.

Il est aberrant qu’une compagnie qui génère des millions de dollars se refuse à donner des conditions de vie acceptables à l’ensemble des travailleurs et travailleuses qu’elle emploie dans le but de faire encore plus d’argent ; il faut que tout ça arrête ! La compagnie affirme, comme plusieurs autres multinationales, qu’ici en Amérique du Nord si l’on veut être compétitif avec d’autres usines de même production, il faut baisser les coups de production ce qui veut dire moins payer les employés.

Rio Tinto Alcan possède ici au Québec un grand avantage comparatif par rapport aux autres endroits où l’on produit de l’aluminium. Ici, le gouvernement québécois fournit gratuitement de l’électricité verte à la compagnie. Malgré l’aide de l’État, donc de nous tous, Rio Tinto Alcan tente d’augmenter le niveau de faibles salariés dans le but d’augmenter son profit déjà faramineux.

Ce lock-out est très représentatif des derniers conflits de travail, le droit de grève ou d’action syndicale est carrément remis en question. Les employés de Poste Canada se sont vus refuser le droit de grève, les travailleurs du Journal de Montréal ont dû faire avec les briseurs de grève qui faisaient parvenir leurs articles grâce à internet, les travailleurs de Couche-tard ont perdu leur emploi à cause de leur volonté de se syndicaliser et maintenant, les travailleurs et travailleuses chez Rio Tinto Alcan subissent une injonction qui leur enlève le droit de contrôler les entrés et sorties des cadres de l’usine.

Cette injonction facilite l’arrivée de « scabes » pour continuer la production à l’aluminerie. Les dirigeants de Rio Tinto Alcan disent vouloir continuer la production avec leurs 200 cadres, mais selon les travailleurs, il est inimaginable qu’ils réussissent à faire fonctionner l’usine sans briseurs de grève. Le but d’une grève est de démontrer que la production est faite par les travailleurs et travailleuses et que sans ces derniers, la compagnie ne peut pas fonctionner. Grâce à cette manœuvre patronale cautionnée par notre système judiciaire, Rio Tinto Alcan tente de briser ce rapport de force.

Il est plus clair que jamais que les gouvernements québécois et canadien marchent main dans la main avec le patronat. Il est temps que les travailleurs et travailleuses réalisent que ce sont eux qui produisent la richesse. Les travailleurs et travailleuses de chez Rio Tinto Alcan, des usines de la White Birch, du Couche-Tard et j’en passe, ceux qui se voient refuser le droit de travailler ou de se défendre devraient s’inspirer de leurs confrères et consoeurs d’Amérique du Sud et occuper leur milieu de travail.

Il n’y a pas beaucoup à espérer de nos dirigeants politiques. Le syndicalisme n’a pas toujours été légal, nos pères et nos mères se sont battus pour ce droit. Aujourd’hui, cet organe de défense est remis en question par l’État et par les patrons. Seule la lutte peut nous permettre d’avoir des conditions de vie descentes, nous n’avons plus rien à attendre de notre système économique, CHANGEONS-LE !

Nichola Gendreau Richer
Membre de la Tendance Marxiste Internationale

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