Édition du 10 décembre 2019

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Résistances ouvrières

- Entrevue avec Marc Maltais, président, Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma -

Les travailleurs en lockout de Rio Tinto Alma en tournée internationale

« Pour l’organisation, l’unité et le combat ! »

La délégation du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma (STAA) et du Syndicat des Métallos est en Australie depuis le 25 février, après une visite réussie en Californie et en Utah. La délégation est composée du président du STAA Marc Maltais et de l’adjoint au directeur québécois des Métallos Guy Farrell.

(tiré du journal Le Marxiste-Léniniste du Numéro 22 - 5 mars 2012)

Les deux représentants ont d’abord rencontré le Comité organisateur de la convention nationale du Syndicat maritime de l’Australie (MUA) qui s’est tenue du 26 février au 2 mars sous le thème « Pour l’organisation, l’unité et le combat ! ». Le MUA représente environ 14 000 débardeurs, marins, plongeurs, travailleurs portuaires et de bureau.

Marc Maltais a dit au LML qu’un des points saillants de la visite en Australie jusqu’à maintenant a été l’appui que les travailleurs d’Alma ont reçu quand la délégation a été invitée à faire une présentation aux participants de la convention le 1er mars.

« Nous faisions partie des panélistes internationaux. Nous avons présenté les enjeux de la lutte à Alma et le besoin de bâtir la solidarité internationale. Nous avons dit que tout comme la solidarité internationale en faveur des mineurs de Boron en Californie a joué un rôle clé en 2010 pour mettre fin au lockout d’une façon qui était acceptable pour les travailleurs, il en va de même aujourd’hui pour la lutte à Alma. Nous avons reçu de l’appui financier et des engagements à envoyer une délégation représentant ces travailleurs aux actions qui se tiendront à Alma à la fin mars. Nous avons reçu une ovation debout et nous allons utiliser la vidéo de notre intervention à la convention sur notre page Facebook afin que nos travailleurs sur les lignes de piquetage voient bien quel appui formidable nous avons reçu. »

Suite à leur présentation à la convention du MUA, les deux travailleurs d’Alma ont eu un échange avec des représentants syndicaux de l’aciérie de Blue Scope Steel de Port Kembla. La délégation a eu une rencontre très émouvante avec un représentant des travailleurs de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Des résidents de l’île de Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée accusent Rio Tinto d’avoir participé à la répression violente du soulèvement populaire des années 1980 par les gouvernements australien et de Papouasie-Nouvelle-Guinée alors que Rio Tinto opérait une des plus grandes mines de cuivre à ciel ouvert dans le monde. Des résidents de Bougainville ont lancé un recours collectif contre Rio Tinto en 2000 pour exiger des réparations pour atteintes à l’environnement et crimes de guerre.

« Notre confrère de Papouasie va amener notre bannière là-bas et la faire signer par les gens de Bougainville en appui à la lutte à Alma », a dit Maltais.

La délégation a eu un itinéraire bien rempli entre le 26 février et le 1er mars. Elle a rencontré les travailleurs des deux ports de Sydney réunis en assemblée générale et a eu de bons échanges avec eux. Elle a ensuite rencontré des représentants des travailleurs de deux alumineries Rio Tinto, soit ceux de l’aluminerie de Bell Bay en Tasmanie et de Tomago près de Newcastle. L’usine de Tomago a d’abord été Pechiney et Marc a confié au LML que les travailleurs de la place ont eux aussi fait l’expérience de l’offensive lancée après l’acquisition, comme l’ont vécu les travailleurs d’Alma quand Rio Tinto s’est emparé d’Alcan en 2007.

« Les travailleurs de Bell Bay en particulier ont connu les affres des actions de Rio Tinto, a dit Marc Maltais. Rio Tinto a utilisé des changements dans les lois pour désyndicaliser la place. Les travailleurs ont perdu leur syndicat et ils sont en train de combattre pour se resyndiquer mais Rio Tinto fait tout pour leur bloquer la voie. La réunion avec les travailleurs de Tomago a aussi été très intéressante car nous avons discuté de la crise du secteur manufacturier et nous avons pu établir plusieurs parallèles entre nos situations. Ces échanges ont été aussi informatifs pour eux que pour nous. »

Marc et Guy ont également rencontré des représentants du Syndicat de la construction, de la foresterie, des mines et de l’énergie, le CFMEU, un syndicat qui connaît bien Rio Tinto pour avoir mené de dures batailles contre lui.

« Nous avons rencontré le Comité exécutif international et des représentants de 3000 travailleurs dans trois mines de Rio Tinto. C’était frappant de voir à quel point notre situation est similaire, comment Rio Tinto essaie de prendre tout l’espace qu’il peut pour s’en prendre aux travailleurs, comment il essaie d’utiliser toutes les lois possibles, toute possibilité d’enfreindre les conventions collectives et comment il agit violemment dans les conflits de travail. La langue est différente, le produit que nous fabriquons est différent mais le reste est le même. Nous sommes allés au bureau chef du CFMEU où nous avons pu voir le Mur commémoratif à la mémoire des 1800 mineurs qui sont morts dans les mines du district depuis les années 1800. Ces 1800 noms représentent seulement les mineurs qui ont pu être comptés parce qu’on n’a pas le nom et le nombre des mineurs qui sont morts en premier. C’étaient des prisonniers qu’on envoyait dans les mines non seulement pour travailler mais pour y vivre et c’est là qu’ils sont morts. Ce Mur commémoratif est vraiment très impressionnant. »

La délégation a trouvé en Australie le même esprit d’unité combattante qu’elle a trouvée aux États-Unis.

« Notre message est le même partout, a-t-il expliqué. Nous ne sommes pas ici pour la charité mais pour la solidarité internationale. Nous sommes convaincus que la solidarité internationale entre travailleurs est cruciale pour ramener Rio Tinto à la table de négociations et l’amener à négocier avec nous une entente qui respecte nos revendications. Nous nous battons pour un juste retour pour notre travail et pour l’utilisation de nos ressources naturelles. Nous demandons à Rio Tinto de changer sa stratégie et de négocier de bonne foi avec nous. Nous sommes animés du même désir que tous les travailleurs que nous rencontrons, soit d’assurer le progrès et la prospérité de nos communautés et de nos familles. Malgré tout ce que peuvent dire les dirigeants de Rio Tinto Alcan à Alma, nous ne sommes pas ici pour salir la réputation de la compagnie mais pour apprendre de l’expérience des autres travailleurs de Rio Tinto et franchement ce qu’on voit ici c’est pire que ce que nous avions imaginé en ce qui concerne les agissements de Rio Tinto à l’échelle internationale. »

La délégation quitte l’Australie le 7 mars pour la Nouvelle-Guinée et sera de retour à Alma le 10 mars

LML

Le marxiste-léniniste

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