Édition du 24 janvier 2023

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Amérique latine

Venezuela infos : médias et terrorisme 2e partie

L’appui des médias étrangers au terrorisme

Deuxième partie d’un texte sur le rôle des médias étrangers dans la crise actuelle au Venezuela. La première partie est disponible à l’adresse suivante : http://www.pressegauche.org/spip.php?article17311

"Vous m’entendez Fernando ?" En direct du Vénézuela avec les "jeunes étudiants contestataires" : Fernando Rincon de CNN.

Jamais au monde, aucun mouvement de la « jeunesse » n’aura bénéficié d’un soutien aussi empressé, suspect et systématique, que celui qui émane de la Sociedad Interamericana de Prensa (SIP) (laquelle avait déjà été trés active dans la campagne internationale contre le gouvernement Allende peu avant le coup d’État de Pinochet en 1973). La SIP a demandé à ses patrons de médias affiliés qu’ils consacrent quotidiennement au moins une page pour dénigrer le gouvernement du Venezuela. L’immense majorité des medias privés n’est pas en reste, qui met au pinacle les actions délictuelles de l’opposition, et passe sous silence les massives et convergentes manifestations pour la paix qui mobilisent l’immense majorité du peuple « bolivarien ».

Jamais au monde, aucun mouvement de la « jeunesse » n’aura bénéficié d’un soutien aussi assidu des 3 groupes de presse dominants d’Amérique latine : GDA (Grupo de Diarios de las Americas), ANDIARIOS (Asociacion de Editores de Diarios et Medios Informativos), PAL (Grupo Periodicos Asociados Latinoamericanos), qui regroupent à eux seuls, 82 journaux qui publient jour après jour leur page sur le Venezuela.

Bien évidemment, aucun mouvement étudiant ou de la jeunesse digne de ce nom, n’accepterait le patronage d’hommes tels que l’ex président colombien Uribe, intimement lié au secteur paramilitaire et responsable de crimes massifs contre l’humanité, qui s’emploie aujourd’hui à réunir un million de signatures en faveur du renversement du gouvernement légitime du Venezuela ; d’individus tels que le président en exercice de l’OEA, qui s’est immiscé dans les affaires intérieures du Venezuela en tentant de dépêcher sur place une commission d’enquête ; de personnes telle que le Haut Commissaire pour les Droits de l’Homme de l’ONU, qui attend du Venezuela que soient déférés devant la justice, les responsables des attaques contre les manifestants anti-gouvernementaux ; de responsables tels que le Secrétaire d’Etat états-unien, ou d’institutions telles que la Chambre des Représentants de ce même pays, qui déplore quant à elle « l’inexcusable violence exercée contre les dirigeants et les manifestants de l’opposition vénézuéliens ».

Il est frappant qu’aucun de ces groupes de presse, aucune de ces structures institutionnelles ne se soit prononcée en faveur de jeunes et d’étudiants tels que ceux qui au Chili -et ailleurs- réclament la gratuité de l’enseignement supérieur et subissent la répression de gouvernements néo-libéraux. Ni n’ont appuyé les mouvements des travailleurs colombiens en lutte contre le Traité de Libre Commerce. En revanche, ces corporations médiatiques ont toujours manifesté leur sympathie envers des interventions impériales contre des gouvernements démocratiques

Parallèlement aux actes de violence que les médias encensent d’une manière disproportionnée, ce sont uniquement les terroristes cagoulés qui s’attellent à justifier le recours à un coup d’Etat, qui en appellent à une intervention étrangère, ou qui soutiennent l’établissement d’un « territoire libéré » qui légitimerait la sécession des riches états (vénézuéliens) frontaliers.

A Valencia, dans le centre du pays, des militants de droite "pendent" des effigies de militants bolivariens, dans le plus pur style de la terreur du paramilitarisme colombien ou des cartels de la drogue mexicains.

Sous l’effigie d’un chaviste pendu haut et court, la dirigeante de droite María Corina Machado tient un discours dans l’État de Tachira (région sous influence des paramilitaires colombiens et des mafias de la contrebande, où ont débuté les violences de février 2014).

Le terrorisme mercenaire

A ce sombre tableau d’ensemble s’ajoute la conversation téléphonique entre le dirigeant de l’opposition Requesens et un complice. Cet échange porte sur l’abandon des activités subversives de certains terroristes, du fait qu’il aurait négligé de les dédommager totalement en retour de leurs actes de destruction (1000 bolivares par jour et 3000 bolivars/jour pour les motards). Nous n’approuvons pas particulièrement l’interception des communications privées, mais encore moins les mercenaires stipendiés pour assassiner des compatriotes.

Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur et de la Justice Miguel Rodriguez Torres a rendu publique la nouvelle selon laquelle parmi les détenus on compte des paramilitaires. Ces éléments d’information aident à tracer les contours de la nébuleuse qui est à l’origine des actes terroristes. Ils en restituent la véritable nature. Et ils explicitent la persistance de traits spécifiques, qui rendent ces procédés totalement étrangers aux étudiants. Nous songeons à des actes tels que les assassinats sélectifs (balles dans la tête), les actions de sabotage à grande échelle, et la destruction aveugle des biens publics et privés.

Ces dix dernières années, nous nous sommes souvent inquiétés face à la politique d’infiltration des para-militaires. Lesquels supervisent les agissements de la pègre créole, tout en dominant les secteurs du commerce informel et de la contrebande d’aliments de médicaments et de carburant vers la Colombie et les Caraïbes ; ils prélèvent également des impôts sur les ventes illicites, pratiquent le racket, et sont impliqués dans le trafic de personnes et de stupéfiants. Ils lavent des capitaux, régentent le secteur des casinos et des jeux d’argent, font l’acquisition d’entreprises de transport. Ils assassinent également des syndicalistes ou des leaders des comunes en construction, tant en milieu agraire, qu’en milieu urbain.

Bien qu’ils soient en tant que tels suffisamment préoccupants, il convient d’ajouter ce qui suit : les paramilitaires colombiens pénètrent d’une manière continuelle sur le territoire national. Selon des sources fiables, ces derniers prélèveraient également des impôts et des rançons. Cet état de fait concerne les états (vénézuéliens) frontaliers. En outre, feu le Président Hugo Chavez Frias avait annoncé que ces groupes auraient pris pied dans la capitale.

Les paramilitaires s’installent dans des zones populaires et recourent à l’argent du narcotrafic pour prendre la tête d’activités financières de type usuraire. Ils organisent le trafic de personnes, de drogue, des tueurs à gage. Ils s’intéressent de près au secteur illégal des jeux d’argent (loterie, casinos) et machines à sous installées dans les débits de boisson. Certains de ces groupes de para-militaires vont jusqu’à prendre le contrôle de lignes de transport. D’autres industries présentant un intérêt stratégique, ne sont pas délaissées.

En cas d’intervention, ces noyaux paramilitaires sont autant de têtes de pont potentielles. Ils en sont également la « cinquième colonne ». Ils pourraient être le détonateur qui déclencherait une guerre civile. Ils pourraient également être de ceux qui chercheraient à enrayer la mobilisation des secteurs populaires, s’il advenait qu’un conflit interne au Venezuela éclate. Une déstabilisation interne du type de celui qui a débouché sur le 13 avril 2002.

Il semble bien que nous nous trouvions confrontés à la concrétisation de ce scénario. Bénéficiant du soutien des polices municipales concernées, tout un réseau d’agents perturbateurs dont les principales municipalités gouvernées par l’opposition seraient autant de points d’appui, auraient la faculté de tenir sur pied durant un mois, forts de la présence d’un complexe maillage terroriste.

L’ex-président Uribe Alvaro Uribe, un des principaux soutiens financiers et paramilitaires, avec les États-Unis, de l’insurrection de l’extrême-droite au Venezuela.

La liberté sur Internet

L’Institut Presse et Societé soutient la thèse selon laquelle se serait l’exécutif national qui aurait fait appel à la capacité délibérative qu’accordent les réseaux sociaux à la population. Entre février et mars 2014, il a été affirmé que Twitter avait été bloqué partiellement. La société publique CANTV a nié toute responsabilité en la matière. De son côté l’entreprise twitter n’a jamais confirmé qu’un tel blocage ait jamais existé. En réalité le flux intense des deux parties n’a jamais cessé, le Venezuela étant un des pays du continent connaissant l’usage le plus élevé des réseaux sociaux, même si, en revancha, des miliers de compte de militants bolivariesn furent mystérieusement supprimés par Twitter durant 24 heures et une partie seulement rétablie aprés protestations des usagers.

S’exprimant sur ce sujet, le Ministère du Pouvoir Populaire pour la Communication et l’Information, insiste sur le fait que « le Venezuela est à l’heure actuelle victime d’une stratégie relevant de la cyberguerre. En effet, toute une série d’attaques cybernétiques et informatiques cherche à pénétrer -pour la détruire- la plateforme des technologies de communication et d’information du gouvernement ». Durant ce laps de temps, « pas moins de 160 sites internet (hautement sensibes) du secteur public tels ceux de Pdvsa, des ministères de la Défense, des Finances, de la telefonica CANTV, et de la Commission Nationale des Télécommunications ont eu à subir des attaques systématiques visant à pénétrer leurs systèmes d’information respectifs. Et ce, afin de les rendre inutilisables ». Cette attaque a mis en péril 266 000 domaines publics et privés. Par ailleurs, certains des sites relevant du secteur public ont eu à subir pas moins de 10 millions d’attaques focalisées sur un temps restreint (quelques heures).

Au Venezuela, l’accès à Internet et aux réseaux sociaux est entièrement libre. Or, l’opposition use et abuse de ces technologies pour adresser au plus grand nombre des messages haineux et discriminatoires. Karen Rojas Mata écrira par exemple qu’il faut tuer tous ces maudits chavistes. Mayelis Colmenarez : Chaque fois que je croise des chavistes, j’ai envie d’avoir en ma possession un mitraillette et tatatatata, de les tuer. Oscary : je me sens mal à l’aise lorsque je vois un groupe de chavistes parlant de leur Président. Une seule envie me prend : sortir un fusil et les tuer tous.

A tout cela, se mêle la diffusion de rumeurs et de nouvelles infondées. Nous en voulons pour preuve les scènes de répression dont on a prétendu qu’elles se déroulaient au Venezuela alors qu’elles avaient été prises en Turquie, au Chili, en Egypte, en Espagne, au Brésil ou en Syrie ; les annonces ayant trait à de supposées ruptures d’approvisionnement ; les allégations prophétisant le collapsus de l’économie vénézuélienne ; les attaques médiatiques visant à déstabiliser la monnaie nationale ; la pure invention d’événements divers, mais aussi le recours à toute série de méthodes consistant à instrumentaliser l’outil Internet et les réseaux sociaux, et les associer par voie de conséquence, au terrorisme.

C’est dans ce contexte, qu’il faut interpréter l’émergence d’une xénophobie hystérique que dénoncera Eduardo Rothe dans son article « De la haine ». Partie prenante de l’actuel coup d’Etat prenant pour cible la démocratie vénézuélienne, la CIA (fidèle à elle-même) a intensifié -par le truchement des réseaux sociaux- sa campagne sur la ¨cubanisation¨ du Venezuela lancée il y a 10 ans. Elle a réussi à s’insinuer dans les cerveaux des opposants. Il en est ainsi du malsain Padre Palmar, mais aussi de la jeunesse dorée qui s’exprime sur twitter. Ils rapportent tous que des camions de transport de troupes cubains convergent sur Caracas ; ou que des officiers du G2 cubain seraint ceux qui donneraient les ordres à Fuerte Tiuna (complexe militaire et siège du Ministère vénézuélien de la Défense). La seule et unique preuve avancée, ce sont les photographies de soldats vénézuéliens, teintées de racisme. Car « Au Venezuela, nous n’avons pas de noirs aussi noirs que ceux-ci »…

Traduction : Jean-Marc del Percio

Original (espagnol) : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2014/04/venezuela-medios-de-comunicacion-y.html

Luis Britto García

Écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit “Rajatabla” (Prix "Casa de las Américas" 1970) et “Abrapalabra” (Prix "Casa de las Américas" 1969).
T.D., Caracas 13 avril 2014.

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