Édition du 26 janvier 2021

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Féminisme

Verdict de non-culpabilité pour Gilbert Rozon

Québec, le 16 décembre 2020 – Non coupable, le verdict est tombé pour Gilbert Rozon. Le CALACS de Charlevoix, Viol-Secours et le Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale dénoncent ce verdict. Les mots « manque de preuve », « présence d’un doute raisonnable » sonnent à nouveau pour justifier pareille décision. Il est inacceptable de constater que, selon le système de justice, la victime n’a pas livré ce qu’elle devait livrer.

Un système de justice inadéquat

Le système de justice est inadéquat pour traiter les dossiers d’agressions sexuelles. La majorité des agressions sexuelles ont lieu sans témoin, sans preuve matérielle alors que, pour une condamnation au criminel, une preuve hors de tout doute raisonnable est nécessaire. La preuve résidant uniquement dans le témoignage de la victime, le fardeau de prouver l’acte criminel repose sur ses épaules.

On pousse les victimes vers un système de justice qui n’est pas outillé pour les entendre et les comprendre. Dénoncer son agresseur, c’est s’engager dans un long processus de plusieurs mois, voire plusieurs années, c’est s’engager à revivre et à raconter son agression plusieurs fois, c’est tolérer d’être questionnée encore et encore et d’avoir ses moindres gestes scrutés, c’est la possibilité que sa vie intime devienne publique, c’est surtout accepter que le processus puisse se terminer à tout moment.

«  La façon dont on accueille un dévoilement d’agression sexuelle a une
importance capitale dans le processus de guérison d’une victime. Ce n’est
donc pas étonnant que le processus judiciaire soit vécu comme une expérience de revictimisation plutôt qu’une expérience de reprise de pouvoir sur sa vie. Il faut que ça cesse !
 », affirme Julie Tremblay de Viol-Secours.

Victime parfaite recherchée

Il est temps de reconnaître que les victimes sont des êtres humains, pas des robots qui peuvent mémoriser chaque détail d’une situation et programmer à l’avance leurs réactions. Actuellement, il est impossible de répondre entièrement aux exigences du système de justice pour les victimes. On leur reproche de ne pas avoir des souvenirs assez nets, de ne pas avoir agi d’une telle ou telle façon. Sans oublier que ce sont les femmes avec des facteurs de vulnérabilités, celles qui correspondent souvent moins à la vision de la « bonne victime », qui subissent le plus d’agressions.

En bref, il n’y a pas de « bonnes victimes » pour le système de justice. Surtout, il n’y a pas suffisamment de formation des personnes responsables de présenter les preuves et de les juger par rapport aux mécanismes de défense psychiques et physiques qui se mettent en place lors d’une situation traumatique. Lorsque celles-ci deviennent excédées et lancent de cris du cœur sur les réseaux sociaux, elles sont jugées de ne pas avoir dénoncé à la police. Encore une fois, elles ne sont pas des victimes adéquates.

« Pour moi, la plus grande hypocrisie c’est de demander aux victimes de devenir le moyen de prévention. On demande à celles qui ont vécu une injustice de la dénoncer afin d’éviter que l’agresseur fasse de nouvelles victimes. On utilise leur agression pour prendre soin de la société au lieu de juste respecter ce qu’elles ont vécu et d’en prendre soin. À mon sens, tant que l’ensemble de la société ne prendra pas la responsabilité de la prévention des agressions sexuelles, les victimes seront utilisées au lieu d’être aidées », dénonce Véronique Couillard du CALACS de Charlevoix.

Pour parvenir à des changements sociaux profonds, il faudra s’attaquer de front à la culture du viol et la dénoncer partout où elle se trouve : dans notre environnement social, culturel, médiatique, institutionnel et politique. Il faut que l’on aborde les violences sexuelles comme une problématique sociale, avec des mesures fortes et audacieuses les contrer. De plus, il faudra écouter attentivement les victimes d’agressions sexuelles et leur laisser une place pour s’exprimer sur les solutions dont elles ont réellement besoin.

Encore une fois, le système actuel a démontré son inefficacité à traiter adéquatement ces dossiers. Souhaitons que le rapport du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale dévoilé mardi instaure des changements rapides et majeurs dans le système actuel. Celui-ci formule 190 recommandations pour améliorer le traitement des plaintes, dont la création d’un tribunal spécialisé en la matière qui impérativement attendu !

CALACS de Charlevoix
Viol Secours
Regroupement des groupes de femmes de la région
de la Capitale-Nationale

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