Édition du 19 mai 2026

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Planète

Vers la fin des énergies fossiles ?

La première réunion internationale sur la fin des énergies fossiles qui a eu lieu en Colombie en pleine crise énergétique, a remis la sortie des hydrocarbures au cœur du débat mondial et permis à près d’une vingtaine de pays d’annoncer leur intention de signer un traité international contraignant de non-prolifération de ces énergies.

Les 54 pays, qui représentaient près de 50 % de la population mondiale, réunis à Santa Marta du 24 au 29 avril, ont cherché une nouvelle dynamique dans un contexte de crise des énergies carbonées. C’était la première fois depuis le consensus à Dubaï, aux Émirats arabes unis, lors de la COP28, qu’était reprise la discussion sur la sortie d’ici 2050 des hydrocarbures. La ministre colombienne de l’environnement, Irene Velez Torres, a qualifié de nouvelle puissance ce regroupement de pays pour sortir des énergies fossiles.

Un important pas en avant

La ministre néerlandaise des politiques climatiques, Stientje Van Veldhoven, a affirmé à ce sujet que tous les pays devaient abandonner progressivement les énergies fossiles, non seulement parce que c’est une bonne chose pour le climat, mais aussi parce que cela renforce l’indépendance et la sécurité énergétique. Elle considère aussi que l’investissement dans les énergies propres jette les bases d’une économie durable et compétitive.

Le directeur Europe, du traité de non-prolifération des combustibles fossiles, Alexandre Naulot, qui était présent à la rencontre, affirme que l’on est actuellement entré dans un véritable moment historique et surtout dans un nouvel espace qui s’organise à l’extérieur des COP.

Selon le secrétaire exécutif de l’ONU pour les changements climatiques, Simon Stiell, l’énergie propre est un antidote au chaos des coûts des combustibles fossiles. Elle est moins chère, plus rapide à commercialiser et plus sûre.

Pour le directeur de l’institut de Potsdam sur l’impact climatique de la recherche, Dr. Johan Rockstrom, nous faisons réellement face à une situation d’urgence et une crise planétaire.

Une guerre révélatrice

La crise énergétique causée par la guerre au Moyen-Orient a fortement impacté la réunion de Santa Marta. L’envolée des prix de l’essence et du kérosène a été vivement critiquée. Au lieu de parler des changements climatiques, de nombreux ministres présents ont plutôt pointé du doigt cette guerre comme un exemple des risques de la dépendance aux énergies fossiles.

Nick Robins, de l’institut des ressources mondiales, a affirmé que la guerre en Iran montrait que la dépendance aux énergies fossiles est une source majeure d’instabilité économique.

La représentante spéciale du Royaume-Uni pour le Climat, Rachel Kyte, a déclaré que le blocage du détroit d’Ormuz avait forcé les pays du monde entier à se tourner vers les énergies propres, affirmant que son pays était désireux de soutenir ceux qui souhaitent faire avancer cette transition.

Le commissaire européen, Wopke Hoekstra, a affirmé à ce sujet que l’Europe perd un demi-milliard d’euros chaque jour que dure cette guerre. Nous avions déjà une très bonne raison d’agir pour le climat en opérant cette transition. Nous en avons désormais une autre, pour des raisons commerciales et d’indépendance, a-t-il commenté.
Les énergies fossiles mènent, à la mort affirme, le président colombien, Gustavo Petro. Même argument de la part de la ministre colombienne de l’Environnement, Irene Velez Torres, qui considère que le pétrole reste un facteur de déstabilisation des économies à l’échelle mondiale.

Quels résultats concrets ?

En plus de nombreux États insulaires, qui subissent déjà les effets catastrophiques du réchauffement planétaire, ont participé, entre autres, à cette rencontre l’Australie, le Royaume-Uni, le Mexique, l’Union européenne, le Sénégal, le Vietnam, la Turquie et le Sri Lanka. La France a profité de cette réunion pour présenter sa propre feuille de route, un document de 18 pages, pour mettre fin à l’utilisation du charbon avant 2030, du pétrole d’ici à 2045 et du gaz d’ici 2050. Selon la chargée de campagne climat et énergies fossiles à Greenpeace France, Lorelei Limousin, ce serait un premier pas, mais largement insuffisant face à l’urgence climatique.

Afin de donner l’exemple et ce qui peut se faire dans le domaine de la transition énergétique, 18 pays ont annoncé leur intention de signer un traité international contraignant de non-prolifération des énergies fossiles. Ils enclenchent donc concrètement une dynamique de transition remettant sous les projecteurs durant cette rencontre une initiative qui existe depuis six ans.

Des scientifiques ont aussi publié des mesures pour guider concrètement les États présents. Ils ont demandé d’arrêter tout nouveau projet d’extraction ou d’infrastructures pour les énergies fossiles. Ils veulent aussi que de nouveaux équipements électriques remplacent les usines à gaz, le chauffage au fioul et les véhicules à essence.
Le monde devrait mettre fin aux nouveaux forages de combustibles fossiles, a aussi demandé le commissaire européen chargé de l’action pour le climat, Wopke Hoekstra, ajoutant que la sécurité énergétique mondiale dépendait de la réduction de la dépendance au pétrole et au gaz. Il veut aussi faire doubler l’efficacité énergétique et tripler les énergies renouvelables d’ici 2030. Il faudrait aussi renforcer l’électrification pour être moins vulnérable aux chocs d’approvisionnement et de prix sur les marchés mondiaux.

Cet événement a finalement permis le lancement du premier groupe d’experts scientifiques dédié à la transition énergétique. Il doit conseiller les pays, régions, villes, et organismes pour leur permettre de se créer des feuilles de route pour leurs transitions énergétiques.

Une synthèse des contributions de la société civile, du secteur privé, gouvernements, syndicats et autres participants devrait être faite et soumise aux présidences des COP30 et 31.
 
Michel Gourd

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