Édition du 27 février 2024

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

À Mme Françoise Boivin, députée de Gatineau,

"...je pense maintenant sérieusement m’abstenir lors de la prochaine élection en raison de votre positionnement face à l’offensive israélienne contre la population palestinienne à Gaza."

Je suis un électeur de votre circonscription et j’ai voté pour le NPD à toutes les élections fédérales depuis que j’ai le droit de vote (1984). J’hésitais déjà à vous accorder à nouveau mon vote en 2015 en raison de votre appui pour les projets d’oléoducs qui achemineraient le pétrole des sables bitumineux jusqu’au Québec. Ces projets visent à encourager l’expansion de l’industrie canadienne la plus dommageable pour l’environnement et je crois que votre parti devrait plutôt proposer un plan pour une transition équitable de l’économie albertaine vers un modèle durable et la réduction rapide de la dépendance de l’économie canadienne envers le pétrole.

Ceci étant dit, je pense maintenant sérieusement m’abstenir lors de la prochaine élection en raison de votre positionnement face à l’offensive israélienne contre la population palestinienne à Gaza. Chaque jour ou presque, on annonce un nouveau massacre de civils, incluant des enfants, dans ce territoire assiégé depuis des années. Je dis bien assiégé, comme on le faisait dans les guerres du Moyen-âge pour démoraliser un ennemi en privant toute une population de l’essentiel.

Ceci n’est pas une guerre. Les Palestiniens n’ont pas d’État, pas d’armée digne de ce nom, et dépendent de l’aide internationale pour survivre dans des territoires réduits de plus en plus au statut de camps de réfugiés ou de prisons à ciel ouvert. Les fameuses roquettes qui tombent au hasard sur la zone frontalière au nord de Gaza sont des armes de pauvres qui font heureusement très peu de victimes.

De l’autre côté, Israël dispose d’une des armées les plus puissantes de la planète et n’hésite pas à utiliser toute sa force de frappe contre une population prise au piège. C’est pourquoi les victimes civiles palestiniennes se comptent par centaines dans cette opération tandis qu’on fait toute une histoire avec la capture d’un seul soldat israélien.

Le fond de l’affaire est que le gouvernement israélien a raté la meilleure chance qu’on ait eue d’établir une paix durable dans ce coin du monde avec les accords d’Oslo de 1993. (D’ailleurs, le premier ministre actuel, M. Netanyahou, s’est vanté publiquement d’avoir saboté ces accords.) Souvenons-nous que dans les quelques années qui ont suivi la fameuse poignée de main entre Arafat et Rabin, il n’y a eu aucun attentat contre des cibles israéliennes. Mais au lieu de respecter sa signature et de préparer le terrain pour la création d’un État palestinien viable à ses côtés, Israël a continué l’expansion de sa colonisation dans la Cisjordanie et l’est de Jérusalem, s’entêtant à exiger des représentants palestiniens toujours un peu plus que ce qui aurait été acceptable.

Le résultat prévisible de cette politique israélienne a été le deuxième soulèvement palestinien (Intifada) en 2000 et la popularité grandissante du Hamas, qui avait rejeté les accords d’Oslo dès le début. En 2006, une coalition menée par le Hamas a remporté des élections palestiniennes irréprochables. Israël aurait dû réagir en ouvrant un dialogue avec ce nouveau gouvernement légitime palestinien. Après tout, on ne peut faire la paix qu’avec nos ennemis ! Le Canada et les autres alliés d’Israël auraient dû faire pression sur les deux parties pour l’ouverture d’une nouvelle négociation.

Au lieu de cela, le gouvernement Harper a été le premier après celui d’Israël à refuser de reconnaître le résultat de cette élection, et donc de nier le droit du peuple palestinien à choisir ses représentants. C’est suite à cette politique colonialiste que l’Autorité palestinienne a été divisée en deux, l’OLP contrôlant des morceaux de la Cisjordanie pendant que le Hamas s’installait à Gaza.

On connait la suite : alternance entre des périodes de trêve fragile et des offensives israéliennes de plus en plus meurtrières. En fait, ce qui se passe présentement en Palestine n’est rien de moins qu’un génocide à petit feu. La colonisation israélienne sur les territoires occupés depuis 1967 est illégale. Le Mur de séparation érigé depuis 2002 est illégal. Le siège de Gaza est illégal. Les attaques en cours contre la population de Gaza sont des crimes de guerre.

L’opposition officielle à la Chambre des communes doit cesser de produire des communiqués insipides qui sous-entendent que les deux parties dans ce conflit sont équivalentes et également responsables. Le NPD doit affirmer clairement son opposition à l’offensive criminelle israélienne et son appui pour l’autodétermination du peuple palestinien. Les platitudes au sujet du « droit d’Israël à se défendre » sont des insultes à l’intelligence des électeurs et électrices que vous représentez. Qu’en est-il du droit des Palestiniens à se défendre contre une politique qui vise à les faire disparaître comme peuple ?

C’est pourquoi j’appuie l’initiative du groupe Voters4Gaza qui a occupé les bureaux de votre collègue Paul Dewar, critique de l’opposition officielle en politique étrangère. C’est pourquoi je me réjouis également de la prise de position de l’aile jeunesse du NPD qui rappelle son parti à l’ordre en soulignant les résolutions adoptées par votre congrès en faveur du respect des droits humains et du droit international en Palestine.

Je serais heureux de pouvoir vous rencontrer pour discuter de cette question en personne à un moment qui vous conviendra.

Merci de l’attention que vous accordez à cette lettre.

Bien à vous,

Benoit Renaud

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