Édition du 21 décembre 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

2021 : La lutte exemplaire des salariéEs syndiquéEs des centres de la petite enfance (CPE)

Pour la grande majorité de la population, l’année 2021 est une année à oublier à la vitesse grand V. Est-ce le cas pour tout le monde ? Pas nécessairement. 2021, c’est l’année durant laquelle les salariéEs syndiquéEs des CPE ont obtenu des gains salariaux importants : de 8 à 18% selon les catégories de salariéEs et ce pour un contrat de travail d’une durée de 3 ans. S’agit-il d’un résultat historique ?

La présidente du Conseil du trésor, madame Sonia Lebel, le prétend. Des personnes généralement bien informées de l’historique des échelles de traitement en vigueur dans les CPE nous invitent à étudier plus à fond le sujet avant d’y répondre de manière précipitée ou erronée.

Historique ou non, cette lutte a été exemplaire pour plusieurs raisons. Il y a d’abord eu, du côté des salariéEs syndiquéEs, le large mouvement d’adhésion à leurs revendications. Les organisations syndicales ont adopté un calendrier d’action qui débouchait, vers la fin, sur un mouvement de débrayage (ou d’annonce de débrayage) unitaire. Les syndiquéEs, malgré les tentatives de division du gouvernement, sont restéEs uniEs. Il y a aussi eu, tout au long de la négociation, les prises de position de plusieurs parents en appui aux revendications du personnel syndiqué qualifié des CPE. Que dire maintenant de ce vaste front commun politico-syndical qui s’est constitué autour des demandes du personnel des CPE durant la grève générale illimitée des salariéEs syndiquéEs affiliéEs à la FSSS-CSN ? L’intervention de cette coalition d’envergure a eu incontestablement un rôle très important à jouer dans le dénouement du conflit.

Conclusion

Il n’y a ni fatalité infaillible ni déterminisme implacable lors des négociations dans les secteurs public et parapublic ou dans les secteurs financés par l’État (comme les services de garde). Aucune recette magique ne peut avoir pour effet de garantir, de manière absolue, un résultat victorieux. Ici, comme dans toutes les négociations d’une convention collective, il est question du rapport de force, c’est-à-dire de ce rapport qu’on peut observer entre les forces en présence. Qui, autrement dit, parmi les protagonistes impliqués dans la négociation, profite de l’appui des forces et des groupes qui sont extérieurs à la négociation ?

Il est donc impératif que la voix des bénéficiaires des services lors de ces négociations dans les secteurs public et parapublic (ou les services péripublics) et également la voix des groupes sociaux et des partis politiques de l’opposition se fasse entendre. C’est minimalement de cette façon qu’il est possible d’influer réellement ou de manière décisive, sur les choix prioritaires du gouvernement. Autrement, quand les gens se replient dans le silence, le gouvernement se croit tout permis.

Rappelons-nous qu’un gouvernement s’intéresse prioritairement aux problèmes criants. C’est à travers le bruit et le conflit, jusqu’à nouvel ordre, que se font entendre les problèmes criants.

Yvan Perrier

20 décembre 2021

13 h.

yvan_perrier@hotmail.com

Ajout
21 décembre 2021
10h

Au sujet de la coalition politico-syndicale, un commentateur anonyme m’a fait parvenir la précision importante suivante :

« La coalition politico-syndicale a vu le jour à la suite d’un long processus. Je pense qu’il importe de préciser qu’elle n’est pas née au moment de la grève, mais dès le début de la négociation. Cette coalition a donc vu le jour grâce à deux mouvements non syndiqués : soit Ma place au travail (parents) et Valorisons ma profession (CPE non syndiqués qui voulaient s’impliquer). Ces 2 organisations ont permis aux partis politiques de s’associer à la lutte sans s’associer à une centrale syndicale. Notre travail quotidien avec ces groupes (les 2 groupes et les partis politiques) a été de les alimenter et de les diriger vers nos objectifs et nos revendications. Il aurait été facile de les ignorer, mais nous avons préféré travailler avec ces groupes en vue de nous permettre d’accroître notre rapport de force. Stratégie qui semble avoir bien fonctionné ».

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).
Vous pouvez m’écrire à l’adresse suivante : yvan_perrier@hotmail.com

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