Édition du 30 novembre 2021

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Arts culture et société

Basse-ville blues de Gilles Simard

Vivre dans la nuit

Basse-ville blues, le dernier livre de Gilles Simard, trace un portrait de la prostitution dans les années 1980 dans le quartier Saint-Roch, à Québec. Entre roman, essai et autofiction, ce road-trip nous entraîne dans les rues de la vieille capitale en basse-ville et dans le secteur dit « du Palais ».

Par Nathalie Côté

En cherchant un titre pour cet article, la chanson Vivre dans la nuit du groupe Nuance m’est venue en tête. Ce n’est pas si étonnant : « C’est une chanson que j’ai fredonnée en écrivant le livre, nous confie Gilles. Elle m’a marqué. Ça jouait continuellement au bar chez Richard, avec toutes les autres chansons de Marjo (Corbeau). Les filles de l’endroit mettaient aussi très souvent Vivre dans la nuit dans le juke-box. C’était comme une marque de commerce. De ralliement… Mon livre, c’est un portrait des années 1980 ; c’est (encore) le temps des juke-box, des cabines téléphoniques et des bouis-bouis de quartier. On se ramassait tellement souvent dans ce genre de bars et de clubs ... »

Ce récit atypique, raconte l’histoire d’un journaliste qui enquête sur la prostitution pour un reportage au journal Le Soleil : « C’est un gâteau à trois étages, résume l’auteur. Le premier étage, c’est l’histoire d’un journaliste alcoolique, pharmacodépendant et fraîchement séparé qui cherche un sens à sa vie ; le deuxième étage, c’est les femmes prostituées, leurs clients, la petite pègre, les chambreurs captifs dans Saint-Roch ; le troisième étage, c’est carrément la ville de Québec des années 80, ses mystères, ses endroits mythiques disparus avec en toile de fond les voiliers de Québec 84 et la visite du Pape Jean-Paul II. » Un portrait de vie anthropologique et géographique à la fois social et intimiste.

Du célèbre resto Le petit bedon en passant par des bars louches tels Chez Richard, le Croissant d’or, la Grande Hermine et autres troquets de l’époque, on y rencontre une faune qui se démène, qui survit, qui flâne dans le mail Saint-Roch aujourd’hui démoli. Le journaliste se liera d’amitié avec les prostituées et fréquentera les « zincs » jusqu’à une descente aux enfers pendant laquelle il sera drogué et se fera faire les poches.
« Je voulais montrer comment ces femmes-là étaient exposées à tous les dangers. Faire de la prostitution de rue, c’est un peu comme jouer à la roulette russe. » Prostituées assassinées, rixes entre gars souls et autres périls parsèment le récit. Et le journaliste n’en sera pas exclu. « 90% des faits racontés sont authentiques. Le fil conducteur c’est l’enquête journalistique. » Le prouvent, des reproductions de son reportage au Soleil publiées à la fin du livre.

Le langage est parfois très cru. Ce n’est pas un milieu de tout repos. « Ça jouait dur, les clients se faisaient appeler « les mottés ». Mais il n’y avait pas que ça. Il y avait de la beauté dans toute cette violence, ce bataclan … » Gilles Simard se défend d’avoir écrit un essai sur la prostitution. « C’est comme une peinture à la fois réaliste et naïve de ce milieu parallèle que j’ai voulu faire. Je voulais raconter tout ce monde aujourd’hui disparu en me rapprochant le plus possible de la vérité. »

Même s’il évoque les années 1980 et qu’il parle beaucoup de ses propres dérives d’âme en peine, parler de la prostitution n’est pas anodin. Et comment se situe l’homme par rapport aux débats qui préoccupent le milieu depuis des années entre les adeptes de la légalisation et les abolitionnistes ? Il n’a pas voulu prendre officiellement position sur ce sujet. Mais plutôt apporter une contribution en posant cette problématique, la petite prostitution de rue, à partir d’une époque révolue mais qui présente certains des mêmes paramètres qu’aujourd’hui. Ce sempiternel rapport de pouvoir entre les filles et les clients, par exemple.

Sa motivation profonde ? « Que ce livre soit vu un peu comme un legs social, anthropologique et historique, voire une peinture réaliste de ces années-là, au temps des juke-box et des gangs de quartiers ». Un temps où l’idée même des réseaux sociaux d’aujourd’hui, aurait fait sourire…

Nathalie Côté

Journaliste au journal Droit de parole (Québec).

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