Édition du 19 mai 2026

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Le mouvement des femmes dans le monde

Torture, racisme et complicité culturelle : ce que l’industrie pornographique ne veut pas que vous nommiez

Je suis une survivante. Survivante de prostitution filmée. Survivante de racisme, de sexisme, de haine. Survivante d’actes de torture et de barbarie.

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/19/torture-racisme-et-complicite-culturelle-ce-que-lindustrie-pornographique-ne-veut-pas-que-vous-nommiez/?jetpack_skip_subscription_popup

Survivante de certains viols. Partie civile dans l’affaire «  French Bukkake », qui participe ce lundi 13 avril à un colloque à l’Assemblée, voici mon discours. Si celui-ci permet qu’une seule autre femme entende ces mots plus tôt, alors je n’aurai pas parlé pour rien.

Pendant des années, j’ai été soumise au silence par toute l’industrie pornographique, mais aussi par la société tout entière qu’elle a réussi à séduire et qui la protège comme si la pornographie était le privilège et le marché le plus précieux du monde et que la vie de femmes et d’enfants ne comptait pas face à elle.

Je suis une survivante. Survivante de prostitution filmée. Survivante de racisme, de sexisme, de haine. Survivante d’actes de torture et de barbarie. Survivante de certains viols…
Et je suis encore là, debout, parce que survivre est en soi un acte de résistance. Je suis fière.
La torture n’a pas besoin d’une cellule d’État pour exister.

On nous a appris que la torture, c’est ce que font les régimes autoritaires à leurs prisonniers politiques.
C’est pratique de penser ainsi.

C’est une définition taillée sur mesure pour une certaine vision du monde — une vision où les victimes sont des hommes.

Cette définition exclut délibérément ce qui m’est arrivé. Ce qui nous arrive, à nous, les centaines de milliers de femmes prisonnières de la pornographie.

La torture sexuelle vise de manière disproportionnée les femmes racisées.

Ce que j’ai vécu correspond point par point à la définition internationale de la torture : la douleur physique intense, une perte de contrôle totale de mon corps dans les mains de mes bourreaux, de la souffrance infligée délibérément, avec un objectif : me briser, me soumettre, me réduire à un objet, nier mon humanité. Du sadisme pur. La seule différence, c’est que mon bourreau est une réalisatrice. Il avait une caméra. Et derrière lui, une industrie entière prête à tirer profit de ma destruction.

Le racisme comme outil de torture supplémentaire
Je dois vous parler de quelque chose que beaucoup préfèrent taire : le racisme n’était pas là par hasard dans la pornographie et la prostitution. Il était une arme.

Les femmes racisées dans la prostitution filmée ne subissent pas simplement ce que subissent toutes les autres victimes. Nous subissons en plus la déshumanisation raciale, intégrée au produit, vendue comme une « catégorie », un « fantasme ».

Notre origine ethnique devient le vocabulaire de notre humiliation. Les termes utilisés pour nous décrire dans les titres des vidéos sont les mêmes que ceux que l’histoire a utilisés pour justifier l’esclavage, la colonisation, le viol de guerre.

Ce n’est pas un accident. C’est volontaire. C’est la fabrique de la culture du viol.

Le racisme dit : cette femme est moins qu’humaine. La pornographie dit : prouvons-le et violons-la, torturons-la devant tout le monde. Et la société dit : c’est de l’entertainment, c’est de l’art… c’est bien.
Cette réponse des médias et des politiques, c’est de la complicité.
Voici comment l’industrie s’est trouvée des alliés dans les meilleurs milieux.

Elle dit : c’est du désir, c’est de la liberté, c’est de l’art. Elle recrute des philosophes, des éditorialistes, des défenseurs des « libertés individuelles » pour construire un rempart intellectuel autour de son industrie de haine. Elle instrumentalise le féminisme libéral pour faire croire que chaque corps filmé en train d’être violenté a choisi de l’être, librement, joyeusement.

Mais moi je vous pose cette question : peut-on consentir à être torturé et victime de racisme ?

Dans quelle autre industrie la torture peut-elle être diffusée mondialement, gratuitement, accessible à des millions d’enfants, et appeler ça de la liberté d’expression ? La société fournit le public.
Et l’État regarde ailleurs.

Quand une scène de torture filmée entre des hommes adultes circule sur internet, on l’appelle snuff film et on la pourchasse. Quand la même violence est sexualisée et dirigée contre une femme — une femme racisée de surcroît —, on l’appelle pornographie et on la protège.

Ce deux poids deux mesures ne reflète pas une différence de nature. Il reflète une différence de statut accordé aux victimes qui sont des femmes.
Ce que je vous demande, c’est de vous lever contre la pornographie car nous en sommes toutes des victimes…
Premièrement, nommez ce que c’est. De la haine et de la torture. La pornographie tue.

Pour finir

Il y a des mots qu’on ne m’a jamais dit. Des mots qui m’auraient peut-être sauvé des années d’errance, de honte, de silence.

Ces mots, les voici : ce que tu as subi avait un nom. C’était de la torture. Tu n’étais pas consentante.

Car le consentement à être torturé et humilié n’existe pas. Tu n’avais pas le choix. Et ce n’était pas de ta faute. Mais la leur.

Si ce discours, aujourd’hui, permet qu’une seule autre femme entende ces mots plus tôt — alors je n’aurai pas parlé pour rien.

Je vous demande de ne pas rentrer chez vous ce soir sans avoir décidé, chacun et chacune d’entre vous, de quel côté de l’histoire vous voulez vous tenir.
Du côté du silence.
Ou du côté du nom qu’on donne enfin aux choses.

Amelia-Noellie

https://blogs.mediapart.fr/amelia-noellie/blog/130426/torture-racisme-et-complicite-culturelle-ce-que-l-industrie-pornographique-ne-veut-pas-que-vous

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