7 avril 2026 | tiré de reporterre.net | Photo : Des manifestants défilent sur le front de mer du port de Veracruz pour dénoncer les déversements d’hydrocarbures au Mexique, le 5 avril 2026. - © Rolando Ramos / Anadolu / Anadolu via AFP
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« Le golfe n’est pas une zone de sacrifice ! » Alors que le pétrole se déverse depuis plus d’un mois sur les plages du golfe du Mexique, les slogans d’un groupe de manifestants traduisent la colère de la population. Le 5 avril, une centaine d’activistes et habitants du port de Veracruz, dans le sud-est du pays, ont manifesté le long des plages remplies de touristes malgré la catastrophe en cours. « C’est la pire marée noire de l’histoire du Mexique », affirme Roberto Juarez, activiste environnemental venu spécialement de Mexico.
Début mars, de premiers signalements ont alerté sur des dépôts de pétrole le long de côtes du golfe et le phénomène s’est rapidement transformé en une marée noire inédite. Plus d’un mois après, même si le pire de la crise semble être passé, des restes d’hydrocarbures continuent de s’échouer sur certaines plages, et les craintes augmentent quant à l’étendue réelle des dégâts.
Les autorités affirment avoir nettoyé 700 tonnes de restes de pétrole dans un périmètre de 630 km de côte. Mais le regroupement d’organisations locales Red Corredor Arrecifal del Golfo affirme que ce sont 933 km de littoral, à cheval sur trois États du pays, qui sont affectés, selon leur carte collaborative.
933 km de littoral sont affectés, selon la carte collaborative de Red Corredor Arrecifal del Golfo. © Red Corredor Arrecifal del Golfo
Dommages irréversibles
En plus des plages infestées de taches noires, la faune marine comme terrestre est l’une des premières victimes. Si les données précises manquent, de nombreux spécimens de pélicans ont été vus coincés dans le pétrole alors que des tortues et des dauphins ont été retrouvés morts à cause des eaux polluées.
Les pêcheurs et activistes redoutent une contamination invisible et durable des eaux. Mais aussi une dégradation irréversible du grand récif de corail du golfe du Mexique, long de 600 km, déjà largement affaibli par l’activité pétrolière offshore et le dérèglement climatique.
Avec la marée noire, des membres de la Protection civile mexicaine recouvrent un dauphin mort trouvé sur une plage d’Alvarado, dans l’État de Veracruz, au Mexique, le 24 mars 2026. © Victoria Razo / AFP
« Les conséquences sont déjà là, constate Farid Susvilla, un étudiant de 22 ans, pancarte à la main. En plus de demander des comptes au gouvernement, on pousse les citoyens à se mobiliser et à faire la lumière sur ce qu’on veut nous cacher. » Depuis le début de cette crise, le Mexique fait face à une véritable crise de confiance envers les autorités.
L’extractivisme en cause
Au milieu de la marche, en face du port industriel de Veracruz, une porte-parole brandit son mégaphone : « Le peuple ne croit plus les discours officiels ! Ils n’ont toujours pas répondu à comment, quand et où a commencé la marée noire. »
Fin mars, après trois semaines de marée noire et une timide communication officielle, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a finalement attribué la catastrophe à une combinaison d’événements : le déversement illégal de carburant d’un navire non identifié et l’apparition naturelle de résidus de pétrole solidifié venant des fonds marins. Deux pistes fermement balayées par des images satellite publiées par des ONG, montrant une large nappe de pétrole ayant commencé à se former mi-février, probablement autour d’une plateforme en haute mer de la pétrolière nationale Pemex. En mars, le débordement de cuves de stockage d’hydrocarbures dans la raffinerie Olmeca de Dos Bocas (État de Tabasco) a également pu participer à la marée noire.
Le gouvernement réfute toute implication de Pemex, alors que l’entreprise semi-publique et ses sous-traitants extraient environ 1,5 million de barils de brut par jour dans le golfe du Mexique. Les incidents dans la région sont pourtant connus et le Mexique génère, notamment avec son industrie pétrolière, l’équivalent de 9 000 piscines olympiques d’eau contaminée par an, selon une récente étude.
L’absence avérée de protocoles clairs en cas de fuite inquiète tout autant que la dépendance du pays aux énergies fossiles. Malgré la crise en cours, le débat reste ouvert autour de l’autorisation de la fracture hydraulique, une technique controversée et polluante pour extraire du gaz et du pétrole de schiste.
En attendant, les militants comptent bien continuer leur lutte. « Certains disent qu’il n’y a pas de solution, mais le simple fait d’être là, de brandir une pancarte ou de chanter, cela aide à faire prendre conscience aux gens de ce qui se passe », assure Farid Susvilla.
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