Édition du 6 décembre 2022

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Amérique latine

Chili : les étudiantEs de nouveau dans la rue

Avec les dirigeants de l’ANEF de la CUT, les étudiantEs des universités privées et publiques, les dirigeants de la Confédération des Étudiants du Chili (CONFECH) ont présenté les grandes lignes d’une proposition de réforme fiscale qui disent-ils, cherche à changer la logique du système actuel sous la devise « La vie ne doit pas être une entreprise. » La proposition conjointe de la plupart des étudiantEs et des secteurs syndicaux, cherchent à rejoindre toute la classe politique pour réclamer des réformes qui visent à mettre fin aux inégalités, à travers une répartition plus équitable des richesses.

(tiré de Punto final)

Les étudiantEs et les dirigeants sociaux qui les accompagnent, sont d’accords sur les questions fondamentales, telles que la récupération du contrôle étatique des revenus de l’exploitation des ressources naturelles de propriété publique – comme le cuivre – pour financer l’éducation et les autres besoins liés à la santé, au transport et à la décentralisation, ce qui est une nécessité urgente pour assurer un développement équilibré et équitable.

Changer le système

Le président de la FECH, Gabriel Boric, a présenté la proposition dans le contexte d’un ensemble de changements politiques, économiques et sociaux pour changer la face du pays, en concluant : ". Nous ne sommes pas ici pour réguler l’excès, mais de changer l’essence" Il a ajouté que le gouvernement prétendait limiter la discussion des modifications apportées aux initiatives qui visent à approfondir un modèle qui tend à la privatisation et minimise l’importance de l’éducation publique.

Le chef de la commission de réforme fiscale de la CONFECH, Aaron Nunez, a exigé un changement structurel du régime fiscal, en ajoutant que le modèle actuel "est régressif, car il aggrave la situation des pauvres, et donne des privilèges aux riches, qui peuvent éviter de payer des impôts. " Il a dit que le modèle d’imposition en cours génère des inégalités, que la plupart des recettes fiscales proviennent de strates économiques ayant des faibles revenus, et que la Loi sur le revenu actuel encourage les grandes entreprises qui sont exonérées d’impôt, par l’utilisation de différents mécanismes.

Les axes de la proposition des étudiantEs sont les suivants : une augmentation du revenu de l’exploitation des ressources naturelles détenues par l’ensemble du pays, une réforme de la loi sur l’impôt sur le revenu pour que les riches paient plus et qu’il y ait clairement une distinction entre plus-values et les revenus du travail, et des mesures visant à renforcer le contrôle du Service des impôts par l’intermédiaire du personnel dédié à accroître les efforts de fiscalisation.

Débat sur les impôts

L’initiative fiscale des étudiantEs et des autres secteurs sociaux se résume dans les deux cas déjà soulevés. Une, provenant du gouvernement, qui vise à lever entre 700 et 900 millions de dollars additionnels, et l’autre des forces de l’opposition, allant de la Démocratie chrétienne au Parti communiste, qui cherche à ajouter à la trésorerie environ sept milliards de dollars, soit dix fois plus que la proposition gouvernementale. Cette proposition se rapproche de la proposition des étudiantEs.

L’ économiste de CENDA, Manuel Riesco, partage la vision de la proposition des étudiantEs et estime que s’ouvre un débat intéressant. Nous considérons important l’idée d’éliminer le Fonds bénéfices imposables (FUT), un mécanisme qui permet aux employeurs d’éviter de payer de l’impôt en différant le moment du retour de leurs bénéfices. La proposition coïncide avec celle de l’opposition étudiante qui veut que le taux d’imposition soit calculé sur les bénéfices totaux gagnés, et pas seulement sur les bénéfices distribués comme à l’heure actuelle.

L’économiste Luis Sierra, professeur à l’Université de Santiago, partage l’avis de Riesco et a estimé que l’élimination de la FUT pourrait signifier pour le Trésor public un résultat annuel supplémentaire d’au moins cinq milliards de dollars.

Selon Luis Sierra, la proposition des étudiantEs diffère de celle proposée par les partis politiques opposés au gouvernement. Un système unique est proposé pour tenir compte de l’assiette fiscale, qui remplacerait les quatorze régimes existants, ce qui simplifie et rend transparent le système, et fournit plus de revenus au Trésor. Un autre aspect novateur de la proposition des étudiantEs est qu’il établit des objectifs de collecte de fonds associés à des gains marginaux de chaque secteur qui font l’extraction des ressources naturelles. Pour exploitation à grande échelle, l’objectif serait de huit milliards de dollars annuellement, 250 millions pour la pêche et d’un nouvel impôt pour compenser la pollution de l’air : entre un et deux milliards de dollars.

Stratégie : une nouvelle mobilisation

Pour le coup d’envoi de ses activités en 2012, le CONFECH a organisé en collaboration avec d’autres acteurs du secteur de l’éducation des d’événements nationaux visant à assurer la continuité des protestations formulées en 2011 sur les besoins éducatifs », qui n’ont pas encore trouvé une réponse ou au sein du gouvernement ou au Parlement », a déclaré le président de la Fédération des étudiants de l’université catholique (FEUC), Noam Titelman.

Le président de la FEUC a dit que "la majorité des Chiliens a appuyé la fin de l’année derrière la fin des profits pour l’enseignement supérieur, mais il n’y a pas eu de solution. Ni pour l’endettement des familles et des étudiantEs, ni pour les problèmes d’accès et qualité de l’éducation. Nous savons que si nous ne nous mobilisons pas le soutien public, nous ne serons pas entendus. « Il a fait valoir que le pays doit « passer d’un état qui a un rôle subsidiaire et qui a abdiqué sa responsabilité de garantir les droits fondamentaux, à un État qui considère l’éducation comme un droit et non comme une marchandise. »

Selon Titelman une fenêtre s’est ouverte pour effectuer des changements profonds « se serait une honte que les sénateurs ne fassent que de légères modifications, surtout quand on voit de plus en plus leurs propres rémunérations. Nous voudrions que ces ressources soient utilisées pour la réforme structurelle et non pour des changements de pure forme comme ceux qui ont été proposés jusqu’à présent. »

Un geste public familier se réalisé par la CONFECH le 21 avril au Parc Almagro à Santiago, s’inscrit dans la volonté de récupérer progressivement le caractère de masse atteint par le mouvement étudiant l’année dernière. L’activité a réuni plus de deux mille personnes et comptait parmi ses invités des musiciens exceptionnels comme Manuel Garcia et Villa Cariño. On a donné le bilan de 2011 et les projections pour 2012, en se concentrant sur des thèmes tels que la durée de l’emprunt pour financer l’éducation, la fin du profit dans l’enseignement supérieur et la démocratisation de la gouvernance universitaire.

Le samedi 21, à Place Victoria de Valparaiso il y a eu des activités entre midi et quatre heures de l’après-midi. Le public a apprécié un spectacle animé par des groupes musicaux. Cet après-midi-là, les élèves ont distribué de l’information sur les propositions étudiantes dans le centre commercial de Vina del Mar. Dans le parc Concepcion Equateur, il y a eu aussi un événement culturel animé par des groupes de la région. Les élèves ont échangé des informations sur leurs propositions pour 2012.

Toutes ces activités ont été précédées par une action qui a été faite par les élèves du secondaire de la Region Métropolitaine le 19 avril à la Plaza de Armas de Santiago, pour protester contre l’expulsion des d’élèves de lycées publics.

ÉtudiantEs universitaires et élèves des lycées ont organisé conjointement la première manifestation étudiante, le 25 avril, qui a eu comme point de départ la Plaza Italia.

Nouvelles stratégies

En 2012, les fédérations de sept universités privées ont adhéré à la CONFECH en plus de la Fédération des étudiants de l’Université centrale qui avaient rejoint la Confédération l’an dernier. Les fédérations étudiantEs des universités privées récemment ajoutées sont : Bernardo O’Higgins, De Las Americas Concepcion, Vina del Mar, Diego Portales, Pedro de Valdivia à Antofagasta, Santiago et Santo Tomás Adolfo Ibáñez. En parallèle, le CONFECH a renforcé ses relations avec l’Assemblée de coordination des élèves du secondaire (Aces) et le coordonnateur national des élèves du secondaire (Cones).

Les dirigeants de la CONFECH ont soumis au moins quatre sujets pour l’ordre du jour d’une conversation possible avec le ministre de l’Éducation, Harald Beyer. Le premier point est l’inconvénient subi par les élèves du secondaire dont les inscriptions ont été annulées, le second est la fin du harcèlement des élèves du secondaire réintégrés à condition de ne pas participer à leurs centres étudiants, et le troisième se rapporte à la clarification des modes de fonctionnement de la réduction de 5,6 à 2% au collège du crédit garanti et le quatrième concerne le retrait du projet sur l’ordre public, ce qui pénalise les marches et les manifestations.

Les élèves considèrent que la réforme fiscale et la suppression du projet qui pénalise les manifestations publiques, exigent l’engagement du gouvernement des deux chambres du Congrès. À partir de maintenant jusqu’à la prochaine élection, les deux candidats à La Moneda comme ceux qui aspirent au Sénat ou à la Chambre des députés devront intégrer dans leur répertoire d’arguments des propositions concrètes sur la façon de parvenir à une éducation publique de qualité. Où qu’on aille, les candidatEs seront confrontés aux étudiantEs, aux enseignantEs et aux parents.


Publié dans "Punto final, édition n ° 756, le 27 avril 2012

www.puntofinal.cl

traduction BR

Ruben Andino Maldonado

revue Punto Final, Chili

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