Édition du 15 septembre 2020

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Le Monde

Comment le bloc bourgeois socialise les coûts dans le sport et privatise les bénéfices ACTE 5

À peu de distance près, l’incendie de Notre-Dame de Paris et quelques mois plus tard la crise du coronavirus nous permet d’analyser comment le bloc bourgeois procède et place ses pions, son argent et ses intérêts à profit pour ses prédations et ses impostures.

Ainsi, pour l’incendie de Notre-Dame de Paris, une opération de récolte de fonds s’est vite mise en place et les mécènes du CAC 40 n’ont pas traîné à mettre la main au portefeuille.

En 24 heures, plus d’un milliard d’euros étaient amassés pour une action de prestige défiscalisée qui doit les mettre en valeur et si possible décrédibiliser l’action de l’état.

Mais pour les hôpitaux publics, les médecins et les infirmiers, après avoir subi une multitude de restrictions économiques et pendant la crise du coronavirus, pas un radis ni un kopeck de la part des phylanthrocapitalistes pour sauver des vies et soutenir l’action publique.

On a vu très clairement et in vivo où vont les priorités de ces prédateurs et les choix pour l’action lucrative ou le Téléthon du bloc bourgeois en période de crise, toujours à servir ses propres intérêts quitte à provoquer des morts. Ils tenteront toujours d’utiliser les chocs et les crises à leur avantage pour externaliser l’action de l’état, le décrédibiliser et l’affaiblir .

On a également vu comment ces phylanthrocapitalistes utilisent les services sociaux, quels que soient les secteurs, pour renflouer leurs comptes et affaiblir l’état social, très simplement avec l’aide des réformateurs politiques à leurs services.

Ils socialisent les pertes et privatisent les bénéfices ! Cette logique complètement insensée est parfaitement intégrée et banalisée par tous nos réformateurs politiques. Tous les secteurs sont touchés : l’eau, l’électricité, les routes, les aéroports etc. pas un secteur n’échappe à cette escroquerie y compris les grandes infrastructures dans le milieu du sport.

Avec l’appui d’un système bien rodé qu’on nous annonce être la clé qui doit améliorer nos services publics.

Les vautours au secours de nos installations sportives, qui peut le croire ? Avec leurs conventions mixtes, les fameux contrats « PPP » (Partenariats public-privé) pour des opérations hors normes et de prestige que les pouvoirs publics ne pourront assumer, nous dit-on faute de capacité économique. C’est donc le miracle du privé qui doit se produire.

Comment le privé dépossède l’état de sa souveraineté sur des bâtiments et infrastructures publiques qui coûterons in fine entre 20 à 25% plus cher pour les collectivités qui vont devoir assumer les coûts de location pendant des décennies ?

Le journaldemontreal.com démonte cette supercherie et dénonce qu’absolument tous ces PPP n’ont été que des échecs et une imposture pour détourner des fonds publics : « L’arnaque des PPP comment détourner l’argent public de la population, à qui on demande de payer pour les imprévus, les fraudes, les extras, la collusion et la corruption, les gouvernements doivent immédiatement mettre fin à ce vol institutionnalisé »

Sommes nous stupides à ce point d’appeler les pyromanes pour éteindre le feux ? Comment les réformateurs s’y sont-ils pris pour nous faire gober cette pratique absurde, malhonnête et tout à fait contre-productive ?

« Dangers et dérives des partenariats publics-privés, un outil dangereux pour les finances publiques » citait l’Obs 29-04-2013.

Des montages financiers phagocytés par le privé en plus d’ardoises colossales et d’endettements.

Le risque pour les finances publiques est réel. Ainsi, le Grand Stade de Lille a doublé l’endettement de la communauté urbaine de Lille. De même, le récent contrat entre la communauté urbaine de Dunkerque et Vinci, dans le cadre d’un palais des sports, prévoit six millions d’euros de loyer par an pendant 27 années.

Les malfaçons et les hausses des coûts ont des conséquences désastreuses sur les finances publiques et sur les services publics en eux-mêmes.

Autre exemple : le pentagone français dont le coût initial était de 745 millions d’euros et qui est désormais estimé à 3,5 milliards d’euros.

Dans ces partenariats, « Le coût est doublement supporté par l’usager qui va payer cet équipement dans ses impôts pendant de très nombreuses années et qui va payer l’accès aux équipements (qu’il soit patient d’un hôpital ou spectateur d’un événement sportif) souvent plus cher que si le service était directement contrôlé par la collectivité ».

Et la liste n’en finit pas de ces escroqueries des requins du privé avec l’aide des barons locaux sur les budgets publics.

Jean Gadrey dans « alternatives économiques » parle du dérapage stupéfiant au stade Pierre Mauroy de Lille pour qui découvre le dossier c’est-à-dire très peu de monde.

En 2003, Michel Seydoux revendiquait un stade de 50.000 places dont il chiffrait le coût à 100 millions, à l’arrivée on en est quelque part entre 350 et 400 millions d’euros à charge de la métropole sous la forme de redevances pendant plus de 31 ans.

Jean-Cristophe Poirot quant à lui, dans son dossier Web « la lettre du cadre.fr », parle de couper le cordon entre le public et le privé. D’après lui : « Ce coup de ciseaux est une nécessité, tant le décalage s’accroît entre les moyens des acteurs du sport-spectacle et ceux, exsangues, des collectivités ».

La montée en puissance de l’industrie du sport professionnel remet en cause la légitimité même des aides publiques (157 M. d’euros pour la saison 2011-2012, soit 800 000 euros en moyenne par club pro), explique les sénateurs : « Il n’est plus acceptable de voir les clubs s’engager dans une inflation des dépenses salariales pour recruter les meilleurs joueurs alors que les collectivités assument seules les investissements dans les équipements sportifs sans bénéfices », via la masse salariale et une socialisation des pertes via le soutien financier des collectivité territoriales

Michel Caillat quant à lui, dans « Attac.org » du vendredi 23 mai 2014, met en garde contre les discours positifs sur les partenariats publics-privés. Le Grand Stade de Rugby de la FFR dont l’inauguration était prévue fin juin 2017 sur le site de RIS-Orangis-Evry (Essonne), évalué en juin 2012 à 118 millions d’euros, « constitue une opportunité économique unique de développement pour le territoire d’accueil ». Discours typique nous dit-il de défense des constructions colossales où la propagande pro-sportive vante, contre toute évidence, l’impact positif des méga-événements sur l’économie du pays.

Non seulement on connaît les dangers à terme des partenariats public-privé « PPP » mais l’histoire le montre. On feint d’ignorer les vraies retombées, une fois de plus on va privatiser les bénéfices et socialiser les pertes nous dit-elle.

On porte aux nues le volontariat et l’auto-entrepreneriat, on discrédite les fonctionnaires et les services sociaux et on privatise tout ce qui est possible. Voilà la bonne affaire pour les prédateurs de tous bords. Profiter de tout ce qui a été payé par le contribuable, au besoin le dépouiller par des OPA (Offres publiques d’acquisition), « PPP » pour les décennies à venir, « infrastructure, encadrement, formation » et revendre le tout avec un gros profit si possible au même contribuable escroqué la veille.

C’est exactement le marketing moderne qu’on nous propose, le meilleur des mondes néolibéral comme le dit Jean François Bourg, économiste et chercheur spécialiste de la question économique dans le sport. Dans le sport business, comme dans tous les autres secteurs d’utilité sociale, on ponctionne l’argent public. Le financement des stades par les collectivités locales n’a aucune légitimité économique, c’est un très mauvais coup porté au sport populaire.

Le volontariat sportif constitue une main d’œuvre très bon marché. Ce sont, comme nous le disions précédemment, des milliers d’heures et des millions d’euros non comptabilisés et non rémunérés qui n’iront pas à des agents de la fonction publique pour un travail social d’usage non lucratif c’est-à-dire utile à l’ensemble de la collectivité.

Pour ne pas le répéter cette manne publique sera détournée avec l’appui des réformateurs et des barons locaux à des fins d’usages lucratif par le privé.

Ce sont des millions d’euros des caisses publiques qui tous les ans sont gracieusement offerts à des entrepreneurs du privé pour des opérations de prestige sans impact social utile pour les collectivités ou un impact très limité et finalement plus cher pour le citoyen.

Ce petit détour sur les « PPP » dans le milieu du sport permet de mieux comprendre les enjeux et les déboires d’une profession marginalisée de façon intéressée. Cette opacité entretenue et parfaitement maîtrisée par nos réformistes a bien une direction politique :celle voulue par le capital.

Laissé entre les mains de volontaires et de bénévoles pour la partie sociale non lucrative, ce secteur devient bizarrement une profession lucrative et à haut potentiel économique entre les mains du privé pour les structures et infrastructures.

Mais cette manne de profit économique ne doit surtout pas préoccuper les volontaires ou les bénévoles des petits clubs qui se débrouillent comme ils peuvent avec des milliers d’enfants avec les moyens du bord, ils ont fait vœux de vendre gratuitement leur force de travaille.

Cette escroquerie peut malgré tout prendre fin avec une réelle prise de conscience collective : financer correctement les services publics et éviter les escroqueries « PPP » permettraient de transformer le volontariat et le bénévolat avec l’argent escroqué en salariat et fonctionnariat et mettre cet argent véritablement au service d’agents et d’infrastructures du public de façon professionnelle et protégée.

L’entraîneur, le cadre ou l’animateur sportif doit oser le regroupement et revendiquer des droits sur ses conditions de travail et son statut.

Les rapaces du privé ne le feront certainement pas pour lui, ils n’ont aucun intérêt à voir cette situation se transformer, leur motivation reste inchangée : se partager l’argent des aides publiques et faire du profit.

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